‹ Histoire de Béarn et du pays basqueChapitre 8 sur 20 · LES GALÈRES DU ROI DE SÉVILLE · texte numérisé non relu

LES GALÈRES DU ROI DE SÉVILLE

« Armées sont les galères, armées sont sur la mer; le noble roi de Séville est celui qui les fait marcher. ^

n Sept ans elles ont vogué sur Tonde, sans jamais prendre terre; mais quand est venue la huitième année ; les vivres leur ont manqué.

» Alors ils mangent les perroquets qui savent si bien jàser; ils mangent les coqs qui le matin savent si bien chanter.

« Armagnac , ça dit le pilote , c'est maintenant que nous allons >» te manger ; — Tu ne feras pas cela , sire mon maître , car de » moi tu auras pitié.

M J'ai monté sur les haubousacs, pour voir si la terre se montrait, » j'ai apperçu le rivage de Sévilie qui paraissait (1). »

Je terminerai par une petite pièce qui, sauf le raètre toujours fort négligé, rae produit l'effet d'un diamant, et ressemble à une ode du gracieux vieillard de Théos (2). C'est aussi un chant d'amour mais il est historique, il rappelle un frais souvenir de nos grands souverains, Henri d'Albret et . Marguerite de Valois (3). On n'a point oublié cette sœur de François L", muse française, et qui dût susciter autour d'^elle en Béarn les plus douces fleurs de la poésie romane^ comme celle-ci :

LKS TROIS COLOMBES DE CAUTERBTS.

Aûs Thermis de Toulouse Ue fontan clare y a; Bagnan s'y palouraette»

AU nombre soun de très.

(1) Sa vue était boone; Sévilie o'est rien nioint qu'au bord de la mer.

(3) Aoacr. Od. IX, sur une Colombe.

(3) Henri et Marguerite s'étaient rendus aux eaux de Cauterest. La reine racoQte k ce sujet les détails d'un orage violent qui la surprit et qui inonda tellement les maisons, que les baigneurs furent obligés de se disperser; il y en eût qui devinrent la proie des loups dans les bois. La reine de Navarre se réfugia avec sa suite à l'abaye de S.t-Savin. Là, elle trouva des cbevaux, des vivres, des capes béarnaises et s0* rendit à Notre-Dame de Sarrance.— Albnm des Py^rènées , par H. Fourcade, p* lo5.

Tan gi soun bagnadettcs »

Pcnden deui ou très mes , Qu^an près la bouladelte Taû haut de Cautères.

« Digat-me paloumettes » Qui y ey à Cautères?

» — Lou rey et la rcynette M Si bagnan dab nous très.

» Lou rey qu'a tie cabane » Coubertc qu^ey de flous; » La reyne que n^a gn'aiite » Couberte qu'ey d^amous (1). »

De ces divers fragmens des chants populaires d'Ossau, on peut conclure (Jue Despourrîns n'est pas la source unique de la poésie béarnaise, et que sans faire tort à la gloire de ce poète, il y aurait à retrouver des fontaines plus limpides, mieux résonnantes, plus sincères dans leur naïveté , plus nationales que ' les spirituelles inspirations du poète d'Accous (a).

(i) M Aax bains de Toulouse ^ il y a une fontaine^ là se baignent des columbes au nombre do truis.

» Tant elles s^y sont baignées pendant deux ou trois mois, qu'après cela elles se sont envol«$es sur les bautcurs de Cautcrets.

V Dites-moi» cQJpmbelli'S , qui se trouve à Gauterets? — Le Boi et la Reine » s*y baignent avec nous trois.

» Le Roi a une cabanne couverte de fleurs y la reine rn a une autre » couverte d'amours. »

{i) Une collection des cbants des Pjrénëes serait d*un haut infifrêt. Nous ne pouvons que répéter ici ce que nous avons dit à l'égard du vieux for , et ce que nous dirons sur les archives du pays. Il y a là à f^ire de belles publicalioos. Pes cbanis historiques existent dans tout le Midi; en voir un furt curieux, répand'u dans le Qucrcy et dans le Périgord^sur le maréchal da BiroD, mis à mort sous Henri IV; Mosaïque du Midi, t. i.

Depuis que Despourrins n'est plus , son école poétique ne s'est point fermée; les amis de la poésie nationale ont pu citer, dans le siècle précédent et dans celui-ci , une succession de poètes plus ou moins populaires qui ont cultivé Tidiome auquel appartint la jeunesse d'Henri IV. M. de Fondeville de Lescar, avocat au Parlement de Pau, en 1700, est celui qui a laissé le plus de souvenirs après notre Çyprien (i). Il y eût une

(i) Od cite surtout He M. de Fondtville sa Pastourale deii Paysha\ lia aussi laisse des Dialogues inédits, relatifs aux controverses tbéulogiques qui n'étaient pas encore éteintes alors en Béarn , et un Poème également inédit, composé au sujet de Térection de la st<ktue de Loais XTV, à Pau. On sait comment l'inscription qui fut gravée sur le socle de cette statue, ne contenant que Péloge du Béarnais, était une épigramme indirecte contre le conquérant ton petit-fils* La pièce de M. de Fondeville est une revue poétique des anciens princes Béarnais. Le célèbre médecin Bordeu , enfant du notre vallée d'Aspe ; Bitaubé, autre Béarnais, illustrés en France, ont laissé quelques pièces dont les amateurs se souviennent. M. É. Yignancour les a rucueiliies avec d'autres pièces contemporaines dans son cboix de Poésies Béarnaises , publiées en 1827. Cet Éditeur est lui-même auteur d'un charmant Poème sur l'enfance de Henri IV. J'en citerai quelques vers. Jeanne .d'Albret , au Gastet-Beaiat , se fait apporter chaque jour son enfant, en nourrice à Bilhère :

« Aqîiiii, touts lous matis , la Princesse es troubabe y

I» Qu*ejr ponrtabea Henkig ; que se Pamigaillabe j

» Qu'eii jrumpabe ait Dindoii , desempiich ta famous ,

11 El cade arrisoulet qu*eii balé cent poutous,

» Que boulé tout sabé , de tout e/ue s'enquéribe ,

* (Juoan lou hasen droumi , dab que lou hasen bibe \

» Et puch quoan fabé plà bestit , birouleyat ,

» (Tendres majfSf d*aquets soueins bous n*oub estoufierat \ J

M Yeannette Lassensàa , de soua neurii plâ f.ere ^

» Dinques aii leiulouma s'applegabe à Bilhere,

« Là , tous les malins , lu princesse se trouvait ; on lui apportait Henri \ » elle le dorlotait , l'endormait dans le berceau si fanieni dt^puis ; chaque » sourire du petit lui valait cent baisers. £lle voulait tout savoir, de tout

pléiade de poètes distingués dans le siècle dernier. La plus belle de leurs productions, la plus digne de vivre, est un simple sonnet, mais il est très-beap ; sa poésie est si élevée , sa forme grammaticale est si pure que l'on ma blâmerait , dans ce chapitre consacré à la poésie béarnaise, de ne pas rapporter les vers où l'idiome béarnais s'est élevé un seul jour au niveau des langues les plus parfaites.

Quoan lou Printemps , en raiibe pingourlade , A heyt passa l'escousoa deiis grands rets , Lou Cabiroû , per boums et garimbets , Sailteriqueye , aii mieytan de la prade.

» s^inrormaiti quand on le faisait dormir, de quoi on le faifcait vivre; et » puis , quand elle Pavait bien mailloté, tuurn^ et retourna, tendres Mères , I» de tels soins ne sauraient vous surprendre ! alors Jeannette Lessensàa re* » prenait le nourrisson , 'qui était son orgueil , et jusqu'au lendemain s*eD I» retournait à Bilhère. »

On ne pouvait mieux peindre tout le charme de Vamour matern: 1 ; c'est un tableau bien compris de toutes les mèrcs qui l'ont réalisé , de tons les |icre8 par qui celte réalité a été si souvent admirée.

Comme poésie populaire , il j a une chose qu'il ne faut pas oublier ; ce sont les Noëls. Toutes les provinces ont leurs NlcIs , contenant , en patois on autrement , des morceaui quelquefois très-remarquables pour l'expression poétique et pour la mélodie. Il j en a de fort originaux en Béarn ; tout Béarnais coonatt le dialogue de l'Ange et du Berger , qui chantent aUernativement dans les deux langues : Allons qu*oa ^vveille. . . . M.echemdroumifelc. Toutefois, nous connaissons des provinces où le Recueil des Noëls est plus remarquable que dans ce pays.

Enfin, nous ne saurions terminée cette longue note sans mentionner une traduction, en gascon de Bajonne, des Fables de Lafontaine, publiée en 1776 par M. Paul Duhart-Fauvet. C'est le plus beau volume imprimé en patois que j'aie rencontré. Ces fables sont d'ailleurs écrites d'une manière facile, spirituelle; l'exquise naïvelé du fabuliste s*jr retrouve» mais non pas exempte de trivialité. C'est enBn un monument précieux, pour l'histoire littéraire des idiomes romans , et comme objet d« comparaisoa Avec le Béarnais et les autres dialectes de ce genre.

AQ bèt esguit de Paiibe ensaCranide, Prenen la fresque au loung deâs arribets , Mi railla es ba debens Taygue aryenlade -, Puch seû tucoii , hé cent arricouquets.

DeQs eks courrens , craing cbic la clapiteye ; Elh se tien saub : mes en tan qui houleye, L'arquebuse lou dà lou cop mourtaû

Atati bibi , chens tristesse , ni niieye , Quoan û bet oueil m^ana hà per enbeye , Aâ miey de(i cA , bère plague leyati (1).

II n'y a rien de mieux dans Pétrarque comme élégance de poésie, de sentiment, et de langage.

Ce livre , consacré à Tbistoire et qui s'arrête au seuil du temps présent, ne saurait insister sur les contemporains. Il y a pourtant un poète dont vous entendrez répéter le nom au pays de Béarn. Disciple de Despourrins pour l'élégance , le chansonnier d'Oloron possède une verve plus malicieuse ; il s'est affranchi des bergeries languissantes qui sont le principal mérite des poètes romans (a). Qu'il chante ce poète

(i) « Quand le printemps, en robe émaUl^e, a fait passer la rigueur des grands froids, le cheTreuil , par sauts et par bonds ^ s'abat au milieu de la prairie.

» Au beau lever de l'aube dur^e, il prend le frais le long des ruissoaut ;; il s*aTaoce dans Ponde argente'e ; puis il fait cent gambades sur le pr^

» Des ebiens eourans il craint peu les aboiemens : il se cruit biensâr* mail pendant qu'il folâtre » le cbasseur lui donne un coup mortel.

• Ainsi , je vivais sans tristesse ni douleurs , quand un bel oiil s'en vint par jalousie me faire y au beau milieu du cœur, une profonde J>Iessure. >»

^s) Estrées Searnèset,\%'i^\ Dialogue entre motusu Matheù , Fêieo" tottfX Jean de Minge quan an «.r, i838, parX. Kavarrot; les stances i|ni le terminent : Bieil Joulourou , seitU f — Dans le genre cruel d«la saf jre , il ne faut pas oublier le Rebè de màiê^su Cabbé Pu^ooH , ouvrage ancien et inédit y recberché dans le pays»

d'aujourd'hui , et qu'avec lui se hâtent tous ceux qui ont appris à manier le luth d'une poésie héritière des troubadours ; que tous ensemble recueillent les dernières palmes de cette littérature, toujours jeune parce qu'elle est condamnée à ne pas mûrir, et qu'elle entrera dans le tombeau avec l'imperfection d'une jeunesse qui doit finir comme elle a commencé.

Nous sommes de ceux qui pensent que ces langues harmonieuses du midi n'ont point en elles le germe de la perpétuité; il faut qu'elles se retirent devant l'universalité de la langue, de la loi , de la pensée française. Ce sont des ruines qu'il faut entretenir, non pour l'usage, mais pour l'art. Vainement dans la cité d'Agen se montre un vrai poète, inspiré par la Muse romane à qui il fait chanter son chant du cygne ; en vain il la défend cette muse comme un soldat héroïque défend ses foyers maternels (i), il n'empêchera pas cette ruine. C'en est fait désornâais de toutes ces littératures du midi , et en particulier de celle qui appartient au dialecte du Réarn. Quand le monument qui doit s'élever à la mémoire de notre Cyprien sera dressé dans son village natal , il faudra recueillir les productions récentes de tous ces poètes

(i) Société acad^miqae d*Agcn , du 38 août i838 Le prësident exprime cet idées d*aae manière très-éleTee ; et le poète Jasmin , eombattant pro uris et focit , lui rëpoad par un morceau de poësic achevé ; Mosaîcfue du Alidi , t. I, p. 180.

afin qu'elles demeurent dans les mémoires reconnaissantes des Béarnais, parmi les chers souvenirs d'enfance qu'ils sont heureux d'évoquer dans leurs excursions les plus lointaines. Alors, nous traînerons le deuil de cette poésie , et nous jeterons au cénotaphe de son poète les espérances d'avenir qu'elle aurait pu former ; car l'avenir dans notre grande nation est promis au progrès de la pensée , mais à la condition de revêtir le beau langage de France (i).

(i) M, Charles Nodier, «tant ses Notions de Itoguistlqae, a dit arec raisoa . « Si 1rs patois étaient perdus , il faudrait créer une Académie spéciale pour r en retrouver la trace , pour rendre au jour ces inappréciables monumens » de Tart d'exprimer la pensée. »

O^tt pourquoi tout en réduisant à peu de cbose les destinées prochaines des patois y je crois qu*il j a de grands travaux à exécuter sur ers dialectes du roman moderne : il s'agirait d*un travail analogue à celui de Ilajnouard pour le roman ancien. On j recueillerait l'anthologie générale, lit plus belles fleurs poétiques dont chaque province fait sa plus chère parure. Un travail de haute linguistique s'attacherait à mettre k part , pour es trouver les origines historiques »- les mots qui ne sont pas romains ; et, quant à ceux<-ci qui sont le fonda de tojis ces. idiêmet t ^^ relèverait tant de charmantes expressions , qui brillent comme des perles précieuses parmi des eailloux iuformes; If langue française serait appelée à recueillir cet héritage afin des*enriehir et de se rajeunir mêmei dans Pige mùr où elle est arrivée.

Langue Basque (f).

N consacrant les deux chapitres qui précèdent à la langue béarnaise , nous avions à nous occuper de Tun de ces dialectes du midi qui présentent trop peu de problêmes à résoudre, sous le rapport de leur origine et de leur formation. Maintenant notre horison n'est plus le même ; il sera question d'une langue primitive , existant par soi ,

(i) Ce cbapitre se lie naturellement au cbapitre du livre a , dans lequel noas ayons cLerch^ l'origine de la race fiasque y à Paide d'inductions tirées des ëtjrmologies basques. Ici, en montrant la perfettion de l'idiome rscuara • nous confirmons notre opinion que la langue basque ^ a dû être Pidiome de Pancienne civilitation Ibero-Aquitanique.

n'ayant aucune relation directe avec les idiomes nombreux de la France et de l'Europe. Aussi |>eut*on affirmer que, pour celui qui s'occupe de recherches historiques littéraires sur le dé* parlement des Basses - Pyrénées , il n'existe rien qui spit d'un intérêt supérieur à celui de la lan« gue banque, telle qu'elle est parlée, indépendamment des provinces espagnoles, dans les districts historiques de Soûle , de Basse-Navarre et de Labourd.

J'ai dessein d'exposer sommairement le système grammatical de la langue basque ; de mon-» trer comment , par la perfection sans rivale de son mécanisme , la langue Escuara ( telle qu'elle est appelée par les nationaux), ne saurait ja* mais être prise pour une bizarre et fortuite cornbinaison , se rapportant à une époque assez rapprochée et méritant à peine le nom de lan« gue. Au contraire, l'escuara porte avec lui tous les signes d'une langue très -avancée, contemporaine des idiomes vénérables qui ont été l'instrument de la civilisation des plus anciens peuples. Ce chapitre aura quelque austérité, je prie le lecteur de consentir aux détails de pure grammaire , dans lesquels je ne saurais me dispenser d'entrer (i).

(i) Il conTient de rappeler ici , aa lectear « IVtat de la question snr U langue l»sque. — Je citerai plus loin les auteurs Espagnols qui ont con"* sacrrf lenre travaux aux recherches de cette nature , et qui en ont reçu leur célébrité; je parle seulement ici des Français. M. de la Bastide , dans sa Dissertation sur les Basques , établit beaucoup d'cxtraTagances sur l'uni-

Aperça grammaUcal de la lanirne Ba«qae.

Quand on veut étudier le mécanisme d'une langue, il faut remonter aux principes gram«maticaux, et vérifier sur ces principes vraiment universels les procédés qui appartiennent en particulier à Tidiome soumis à l'analyse. Or, voici la détermination des parties essentielles du discours , telle qu elle est rapportée par un célèbre grammairien anglais :

ce Platon, dans le Sophiste, ne compte que deux parties du discours, le nom et le verbe. Aristote n en compte pas davantage. Ce sont , en effet, les seuls naots dont la combinaison suffise pour former une proposition. Priscîen s'exprime ainsi : il n'y a, suivant les dialecti* ciens, que deux parti(>s de discours, le nom et le verbe, parce qu'il n'y a que ces deux parties qui, jointes ensemble, peuvent présenter un sens complet. Les autres parties sont accessoires. Apollonius, d'après les mêmes princi-

-versalité de la langue escuara , quHT regajnle comme phenlcienoe. Toate<.> fois f il la distingue de la langue celtique , et il s'attache k expliquer par elle les localités du pays Basque , art. 6, p. 386; sous ce rapport, il ne manque pas d'intérêt. Il suit, d'aillearsy, susses, généralement Oybenart..

L'ouvrage de l'abbé d'Ibnrre de Bidassouet y ajant pour titre : Histoire des Caniabres , porte au plus haut degré le vagabondage de la pensée et de l'expression, («a moitié de- sai\ livre, k partir de la page s55> est une grammaire basque , dont M. Lécluse montre l'inconséquence k chaque page de sa propre Grammaire. M. Balbi le résume dans son Atlas Ethnographique. Parmi les perfections que Tabbé d'Iharce aUribue k la langue es* cuara est Cf:11e-<i : m Bile prouve son naturalisme par sa conibrmiié k toutes les époques de la nature parlante, et parce qa*elle se fait entendre ci rom^

pes et par une expression grecque très-élégante 4 appelle le nom et le verbe les parties les plus animées du discours. » (i)

Une langue approche donc de la perfection sous ce rapport , reconnu par tous les métaphysiciens , quand elle fait rouler toute sa grammaire sur ce double pivot, le nom et le verbe. Ainsi fait la langue escuara ; il suffît pour le reconnaître , de la considérer , tour-à tour , dans

» pren<lre p^r le seul mouTemcnt labial , même à la nature muette »t P* i54> K<^anmoins ce livre est écrit avec bonne foi ; avec moins d'imagination , l'aateur prodairait dps travaux utiles.

Nous avons regretta que le savant et judicieux M. du Mègo , par suite d'une réaction exagérée contre ces faiblesses de l'esprit humain , ait méconnu la dignité originelle de la race et de l'idiome des Escualdnnac. L'article qu'il leur consacre, loc, cit., p, i3o et i85, n'est pas d'une gravité de recherche qui soit digne de cet illustre archéologue. H. Pierquin, dans un article de la France liltér.y outre-passe la doctrine du maître, et réduit le basque a l'état d'un jargon moderne et grossier.

In medio YitTUS. Nous avons suivi la prudente école de linguistique , dont M. de Humbold peut être regardé comme le chef, et qui se glorifie de noms illustres, tels que ceux de Kljproth , Mérian , Malte -Brun, F. Schlegel , Wiseman , Balbi , Eichhoff. Fondé sur les principes de cette école,* qui possède la vraie jihilosuphie delà Grammaire, nous avons pu nous-même, il J a quelque temps, publier un Abrégé de Grammaire générale et de Linguistique , à l'usage des études. Mais pour ne parler que dé la question basque , il jr a en français les ouvrages de M. Léelnse ( son Manuel et sa Grammaire). Surtout il existe un très4)èau livre, un chef-d'œuvre de philosophie grammaticale, appliquée a l'étude d'une langue ; je veux parler de la Dissertation sur la langue Basque , par M. Darrigol, à Bayonne , in-S* de i6a pages. L'ardeur de la science et plus encore celle des devoirs de son élat (voir les dernières lignes de son livre), a consumé, avant le temps, ce jeune et vertueux prêtre, peu de jours avant celui où l'Académie des Inscriptions couronnait son travail en iSag.

(1) Harris , dans son Hermès on recherches philosophiques sur la Grammaise Universelle , t* Sa de la trad. franc. ; il cite aussi un parag. de Bo«cc f fort curieux.

son double procédé par rapport à ces deux parties essentielles du langage.

Du NOM. Il y a dans la langue banque beau-r coup -de mots onomatopées, termes expressifs qui représentent l'idée par les sons. Ces termes expliquent, par une sorte d'imitation musicale^ beaucoup d'actes de la vie humaine, beaucoup d'objets de la nature matérielle. Toutes les langues sont pleines de mots de ce genre; tousser^ siffler, respirer, rire, etc.; mais dans les langues primitives, dans le basque en particulier, ces mots ont une vérité imitative, montrant assez qu'ils ont été empruntés immédiatement sur la nature vive, et qu'ils ne sont pas comme dans nos langues modernes de tristes dérivations , desquelles le sceau primitif est presqu entièrement effacé.

Un autre caractère plus remarquable que l'onomatopée, et qui établit la dignité d'une langue, c'est quand les mots se groupent par familles, de sorte que la ressemblance verbale est parfaitement expliquée par la ressemblance même ou la réciprocité des idées. Prenez, par exemple, les trois formes abrégées ekus^ eki^ egun , formes abrégées , mais reconnaîssables en basque : vous avez l'action de voir ou' /a vision , le soleil^ le jour ; ajoutez -y eguia qui signifie vrai. Évidemment ici la ressemblance verbale est une preuve de la logique primitive qui a dû présider à la formation de ces familles de mots.

£n 3.* lieu, on doit remarquer dans une langue Tintensité de la signification des mots, quand les noms donnés aux personnes et aux choses expriment, de la manière la plus complète, la nature et l'origine des personnes et des choses qu'ils représentent. Ce mérite se réfléchît surtout dans Fart des compositions, par la flexibilité, avec laquelle les mots se brisent et s'assortis* sent, et forment des mots qui récèlent un sens intégral. On peut prendre pour exemple le système sur lequel les Basques ont formé les noms de leurs mois; ils ont merveilleusement saisi le sens poétique et vraiment patriarcal du calendrier primitif. La syllabe radicale qui indi* que la lune, joue le principal rôle dans cette énùmération ; la lune du commencement de Tannée , la lune du froid , de la taille des arbres, de la moisson, des semailles, etc. (i). Un mois seul, Yabendo (Tavent), dans le celendrier basque est d'importation chrétienne. Ce même nom radical de la lune , combiné avec d'autres termes, donne lieu à de superbes expressions, pleines de pensée , et d'un caractère qui n'a pu être emprunté aux modernes. Ainsi, illarguia, ilkutcha , ilobia , ilerria , ïleguna , signifient le cercueil, la fosse , le cimetière , le jour des morts, tous termes composés dans lesquels le radical //,

(i) Pour le dire en passant, nous retrouxons ici le sjsième si bien composa da Calendrier républicain. Cbarlenaag^ne aTait aussi composé un Ga^ lendrier relatif aux cboses rurales.

signifiant la lune, emporte ridée de la mort (i). Là, on reconnaît ce qui a lieu chez les nations primitives; la lune envoie une clarté mystérieuse , dont la pâle apparition suscite dans les esprits des idées funèbres. Les jours de la semaine ont aussi une signification fort intense; par exemple, les trois derniers jours, vendredi, samedi, dimanche, veulent dire, dans leur dénomination basque, le souvenir de la mort( du Sauveur), le dernier jour du travail, le grand jour. Une nation fortement chrétienne a placé là son empreinte.

Cette plénitude de signification » caractère des noms de la langue basque, est surtout frappante dans les noms propres des personnes ou des localités. Pour ne parler que des noms de cette dernière classe, tous les noms de lieux sont des termes composés, reproduisant d'une manière accomplie les accidens géographiques particuliers à chaque région. Ainsi , non loin de Rayonne , sur la route de Hasparren , se trouve le village d'Hiriburu , la tête de la ville; plus loin Mouguerrej signifie un pays brûlé, aride; plus loin encore Hasba me ^ signifie la ville des forêts. D'autres endroits ont des significations très- compliquées; ainsi, Et-

{i) Voir les Dictionnaires de Larramcndi el de Léclusc , anx mofs iune et mort. Darrigcol , ioc. cit., pag. 36 et 99 ; ilarquia , mot complet de la lune , sigbifîc lumière «le la lune , cVst-à<-«1ire lumière funèbre d'après ]« seqs de la racine^ il ou Ai/a, selon Lccluse; Faurlcl , Ioc cit., t. %, p< 353.

themèndy^ noaison sur la montagne; Jrtetche^ maison dans le défilé ; Barnetche , maison dans renfoncement ; Elissalde , près de l'église ; Oihanart , au milieu des bois ; Larrart , dans les landes ; Ltirreburu , à l'extrémité des landes ; Harispe ^ sous le chêne, etc.; on pourrait ainsi interpréter les villages et les hameaux de tout le pays Basque (i). Le simple nom de tous ces pays en est la définition la plus claire.

Bien n'égale la souplesse de la déclinaison basque ; nous allons en donner une idée. On sait comme les substantifs à flexion , c'est-àdire, qui ont des cas, offrent bien plus davan* tages que ceux non flexibles qui suppléent au cas par des prépositions ; et cela , non-seulement en apportant au langage plus d'élégance et de rapidité, mais en se pliant avec plus de facilité à ce qu'il y a de plus mobile et de plus varié dans le sentiment. £n basque , la déclinaison est si complète que toutes les variétés de position, de direction, de causalité, de résistance, etc. , se rendent par la seule vertu de la déclinaison. 11 suffit de quelques affixes de plus que dans nos langues anciennes , et de l'addition de quelques particules inséparables tenant la place des prépositions. Ce mécanisme, émi-

(4) Voir un tableau cle ce genre dans Fauriel , Ilist. de la Gaule vai- Kidlonftle, t. a, à Tappend. ; et Darrigol, p. ao, pour Tart avec lequel à l'aide dfs plus légères modificalions , ud mot revêt des nuances diverses pour U sens y soit quHl reste isolé , soit qu'on l'associe à un autre mut.

nemment simple, est si complet que, selon le travail de M. Darrigol, une seule déclinaison régulière, composée de dix cas, suffit pour exprimer toutes les situations possibles dans lesquelles la pensée peut se trouver par rapport à un nom qui est dans Fesprit (i).

La distinction des genres, en basque, est tout à fait analogue à la réalité; il y a un genre indéfini pour les objets auxquels la nature n'a point assigné de genre. Ce système est beaucoup plus conforme à la logique naturelle que ce qui a lieu dans la plupart des langues (a). 11 y a aussi un nombre indéfini pour le cas où Ton parle des objets en général, sans déterminer leur singulier ou leur pluriel. Quand plusieurs noms ou adjectifs sont de suite et au pluriel, le dernier porte la marque distinctive du pluriel. Tous les noms dans leur thème sont indéfinis; on en fait des noms singuliers ou pluriels par laddition des finales a, ac, ou ec pour le régime pluriel , lesquelles finales sont les véritables ar* ticles de la langue escuara.

(i) Beaaui^e a expliqué fort clairem^ot ce mécanisme delà langue basque ; Gramm. gén. , liv. 3 « c. 4' ^^ travail de M. Darrigol est ici fort beau y il réduit les i8 cas des autres grammairiens à lo ; savoir : les 6 cas ordinaires, puis les 4 suivans^ positif, unitif ; destinatif, approximatif; ces cas marquent les diverses relations que les autres langues exprimeat parles prépositions dans» avec, pour; Dissert., p. 65, 83.

(3) Lj même distinction se trouve dans la langue anglaise , par rapport an Itrénom positif neutre ils , qui s'emploie exclnsi.vement pour les cbosea inanimées .

Ce qui rend cette déclinaison basque plus étonnante, c'est la souplesse qu'elle possède à reproduire les nuances les plus délicates par la juxta -position ou le retranchement de quelques affixes dans les verbes. Tous les modes des ver-* bes peuvent être convertis en de vrais noms, capables de recevoir l'aftixe , c'est-à-dire l'artîcle, et par conséquent de subir toutes les formes de la déclinaison. En français, vous dites : je suis, tu es, il est; vous le dites aussi en basque , niz , hiz , da ; mais de plus , si vous ajoutez une certaine modification au radical, vous aurez un nom, moi qui suis, de moi qui suis, etc.; toi qui es, de toi qui es, etc., et ainsi de suite pour tous les temps, tous les modes , toutes les personnes ; et toujours on retrouve les dix cas du paradigme Voici un autre exemple de l'étonnante richesse de la déclinaison : à un cas quelconque, ajoutez l'article ou le pronom démonstratif, et ce cas sera lui-même la racine d'une déclinaison. Au mot nausiareriy du maître, qui est le génitif de nausi^ ajoutez a, vous aurez nausiarena^ la chose' du maître, et ce sera un nouveau nominatif d'un nouveau nom, lequel aura aussi lui tous les cas. Nous ne saurions multiplier les exemples de cette nature (i); c'est assez pour faire saisir la

(t) Dissert, sur la lungne hasque , p. 84 et 85. — Court de Gebelin, ,Gramm. Univ. y liv. a y part, a, rh. 7, fait admirer cette iiropri^i^ des Ung;ues les mieui, faites qui déduisent tous les mots possibles d'uo petit

niferveîlleiise compréhension du système grammatical de la langue escuara, par rapport au substantif.

Enfin, à cette abondance déclinatîve qui fournit tant d'aliment à la fugitive expression de la pensée, joignez la facilité avec laquelle le substantif se trouve d'ailleurs modifié par quelques particules ; de sorte que par la simple apposition, en affixes, de ces particules, on peut multiplier des noms à volonté. Ainsi , pour reprendre le radical cité plus haut, ekus , voir; ajoutez à ce mot la finale kia qui exprime en basque l'idée d'un emploi, d'un service, vous aurez eguskia , le soleil , l'astre qui fait voir ; ajoutez duna^ qui signifie ayant et marque la propriété» vous aurez eguduna^ ce qui a le soleil, c'està-dire le jour (i).

Du VERBE. Personne n'ignore comment la plupart des langues sont surchargées de nomnombre iie racines, plutôt que d^imposer des noms difficiles à chaque objet, il chaque action , à chaque état. « Ce sont là proprement les trésors du langagre philosophique , c'est la plus parfaite imitation de la nature qui , avpc le plus petit nombre possible d'élémens , opère les effets les plus faites et les plus variée, n

(l) Nous avons dit que le nom et le verbe sont, en grrammaîre générale les deux seules parlivs essentielles àvi discours. Cela est parfaitement clair en basque ; p^ir exemple , les adverbes , termines en ki , ne sont autre chose que le cas unitif , cette finale Ai signifiant avec ^ et étant jointe comme affixe au substantif. S'il n'y a pas, à proprement parler ^ d'adverbes en basque, il n'y a pas non plus comme dans les autres langues, de prépositions distinctes de leur complément : la préposition étant, comme nons venons de le dire , suppléée par les affîxcs qui forment les divers cas des noms.

breuses classes de verbes , éternel tourment des étiidians avec peu de profit pour la pensée, verbes actifs, passifs, neutres^ déponents, impersonnels, sans parler de la série des verbes irréguliers, lesquels peuvent être regardés comme un tribut payé aux caprices de Fusage , dans les langues même les plus régulières. La philosophie sait qu'il n'y a réellement qu'un verbe, celui qui marque l'existence; tout le reste n'est qu'attribut joint au verbe. Eh bien ! la langue basque est peut-être la seule qui soit fidèle à ce principe logique de l'unité du verbe , et c'est par là qu'elle approche, plus qu'aucun autre idiome, de la perfection. Voici sa manière de procéder :

Elle part du principe, d'ailleurs admis dans toutes les langues, que l'infinitif est un vrai substantif. Cela est .très-bien ; pour concevoir que Paul joue, il faut que j'aie l'idée pins générale de ce que c'est que jouer; l'infinitif possède donc l'antériorité sur tous les modes du verbe. Or, le verbe basque est généralenàent le verbe elfre, accompagné d'un infinitif compliqué de son affixe servant de préposition; exemple : erortea^ signifie tomber ; erortean niz veut dire je tombe, cestà-dire, je suis dans le tomber (i). Il paraît qu'on trouve une 'forme

(i) Telles sont aussi toutes les combinaisons possibles relativement aux questions de lieu ou de temps y etc. , etc. Je vais me promener ; dites : Je vais au prQtnener, Le peu que nous venons de dire suffit pour donner une idée de l'ensemble.

analogue en hébreu; il y a bien aussi en grec une tournure assez semblable, mais ce n'est pas le fondement de la conjugaison. Le verbe être en basque n'est jamais confondu avec son attribut, comme en latin par exemple; il est toujours isolé, parce qu'il est le seul verbe, et que l'attribut-infinitif auquel il est joint n'est point un verbe, mais im vrai substantif. La forme compliquée qui vient d'être observée dans erortean niz ^ pour l'indicatif présent, se retrouve à tous les temps et à tous les modes. Le présent est invariable, et se reproduit partout; au futur et au prétérit, c'est toujours le verbe nizy précédé de l'infinitif modifié par l'affixe, qui marque ces deux, temps primitifs. Exemple , je viendrai ; dites : je suis pour venir; l'existence réelle est toujours présente. Rien n'est plus philosophie que et rien n'est plus beau en fait de gram-« maire, qu'un pareil système (i).

 ces observations sur la puissance grammaticale du verbe dans l'idiome escuara, joignez ce que. nous avons dit plus haut sur la réduc*

(i) Lr fonds de li conjugaison basque est bien le verbe qui marque Vesistence. Toutefois , cette forme de conjugaison nVst pa< exclusive. I|. ja d*tfbord le yet\ie dut , avoir, qui se combine avec rinfinitif-subslaniîr, à peu près comme le verbe m'a ; cela est d'une logique assos rigoureuse , car si Véire est la notion fondamentale y Vavoir est le mode le plus général qu'il soit possible d'imaginer. Toute expression Verbale se rencontre dans ces deux mots. — Il y a, enfin, quelques verbes appelés irréguliers , lesquels se composent d'une manière analogue à la conjugaiaun grecque oa latine y à l'aide d'un infinitif modifié dans son intérieur par les deux lettre* caractéristiques marquant être et avoir. Ainsi , les verbes réguliers J-aas nos langues sont irré^uliers en escuara. '

tion possible de tous les temps et de tous les modes du verbe à l'état de déclinaison. Tout cela produit une intensité de signification vrai<* ment sans pareille; mais voici mieux encore, voici le plus étrange point de vue de la conjugaison basque.

Il est possible en basque d'exprimer dans la teneur d'une même forme verbale, et par de simples modifications du thème, le sujet, le verbe, l'attribut d'action ou de passion, le régime direct et le régime indirect; une seule forme dira tous ces mots : je te Vai donnée je te le donnerai^ etc., avec toutes leurs variétés de nombres, de genres , de personnes*, et pour tous les temps et pour tous les modes. Ainsi , dans un simple énoncé verbal , vous épuiserez tous les rapports de la pensée, toutes les combinaisons qui peuvent exister entre le but , le terme et le point de départ de la parole. Aucune langue ne s'est donc autant rapprochée de la destination la plus générale de tout discours, qui est de suivre l'éclair de la pensée avec toute la promptitude qui peut être donnée au langage de l'homme (i).

(i) La langoe basqne n'eût-elle conserva de son antique splendeur qa« son sjstème de conjai^isoa y ce serait asaes pour que cette belle langue méril&t d'être étudiée. Il est varié à nn puiat extrême y et pourtant si l'on tait conjuj^er un sewU 'verbé actif et passif, on sait conjuguer tous les autres. Lécluse , Gramm. Basque, p< 4^* voir dans le même auteur > de combirn d'inextricables difficultés les précéJens grammairien» avaient cmbarrJsié le sjslcuc de la cuDjugaisoD basque.

Nous ferons une dernière observation relative à Tincomparable artifice du verbe basque. L'infinitif est très-souvent un simple monosyllabe; et en même . temps cet infinitif est un verbe complet. En latin, am est bien la racine diamare; mais cette syllabe n'est pas tout le mot, tout l'infinitif. En basque, ûr, sar^ sor^ ats ^ el, il, sont des verbes complets et signifient prendre , entrer, naître, nourrir, arriver, mourir. Ce radical ou plutôt ce verbe, qui est ici intégral, reçoit une flexion à l'aide de laquelle il exprime une différence , et détermine une signification spéciale, soit substantive, soit adjective. Ainsi, l'infinitif se trouve en entier dans tous les dérivés du même mot, lesquels forment ainsi un groupe très*philosophique,et comme une grappe de mots inséparables, dont on saurait ainsi méconnaître la subordination par familles.

. Syntaxe. Les règles de concordance et de dépendance dans la langue escuara, sont d'une admirable simplicité. Peu de choses à observer pour ce qui regarde la concordance ou règle d'accord. En général , quand le substantif porte la marque du nombre , l'adjectif ne le prend pas, il demeure indéfini, le sens étant assez éclairci par la forme du substantif. Une autre particularité, c'est que le verbe se met au singulier et au pluriel selon que le régime est singulier ou pluriel, s'accordant ainsi non avec le sujet , mais avec le régime. Ainsi , Dieu

créèrent le Ciel et la terre ; comme si Ton disait : Dieu èXdJiX.^ furent créés le Ciel, etc. Quant au rapport de dépendance , ou à la règle de régime, il est clair par ce qui précède qu'il n'y a pas de régime des prépositions o\> des adverbes*. Les pronoms, q-u'ils soient régime direct ou indirect, sont contenus dans l'intérieur du verbe. Pour les noms, on n'est pas embarrassé de savoir à quel cas il convient de les placer comme régime ; tout est d'avance préétabli par la particule inséparable qui les accompagne, et que le sens et la suite des idées déterminent suftlsamment. Par exemple, si vous dites en français , mangez du pain ; en latin , manducare panem , vous exprimez un verbe suivi de son régime; en basque, on voit, d'après ce qui a été dit plus haut , que le régime est toujours déterminé par l'affixe. Vous dites en basque , être dans le manger du pain ; ici , il n'y a pas de difficulté pour le régime, le nom est évidemment au génitif (i). Nous pourrions multiplier ces exemples , et toujours on verrait comme la langue escuara est sans rivale par sa marche régulière et par la simplicité de ses formes.

Enfin, ce qui achève de donner à la langue escuara son caractère de langue parfaite, par

(i) Cela vient de cette règle gënërale, toute logique , que ce nVst pas le verbe, mais le nom , l'infiDÏtif-nomioatif , l'être réel ou fictif , qui a la vertu de réjjir. Voir pour cette théorie développée y Darrigol y loc, cit., P* i4^î ^ pour les divers points qui précèdent, p. loS» 107, 109, 138^ 145, 117.

rapport à la plupart des autres idiomes, c'est qu'elle est éminemment transpositive (i); elle suit Tordre de logique , elle reproduit le mouvement , le cours sinueux de la pensée , et non pas , comme dans nos langues dérivées, le cours lent et monotone de la déduction grammaticale.

Conjecture* lil«toriq[ae« sor 1» laDf^e

BiMqae (9)«

Nous avons essayé de faire comprendre le génie de la langue basque, la beauté de ses com-

^l) Durrtfiruly p. i5o, et tous le» gniniiiameas sat les •▼aotag^et <)es Ijiigne» à inrersioa ; voir aosai noire Gramm. géaêr. , p. 59. La beauté' de la langue basque r&nlte de ce qui précède ; mais comme tableau d'ensem^ ble y YOjea toujours Darrîgol, p. isS, iSS* M. de la Bastide, loc. eit.^ p. 399 et 199, an milieu de ses saillies- ^tjmu>ngiques , comprend fort bien le système de la langue basque , il s^expvime ainsi qu*il suit : « La langue basque a des moyens sans nombre pour varier ses mots et ses tournures de phrases suÎTant des règles constantes p soit quelles aient besoin d'exprimer l'action , le repos , Tenvoi , l'état passif, la négation , le doute , etc.; soit qu'on cherche \ exprimer Paccvoissement » la diminution et tous les tftats intermédiaires, jusqu'à des nuances imperceptibles , 4^*'* ^* Lécluse, dans sa Grammaire Basque , loue l'antique splendeur de la langue basque ; «c Nulle n'obtient de plus grands résultats comparés k l'extrlroe simplicité des moyens qu*elle emploie »; il admire surtout sa conjugaison comme nn chefd'œuvre de philosophie, ioc. cit. , p. 47* d*os un article récent de la Mosaïque du Midi, 1. a , p. 197, par M. A. Chaho ) « Tons les mois de la langue , même ceux qui n'expriment que des. modifications prennent une forme active et subissent les lois de la conjugaison.» G'fst en effet , cette universelle activité de la langue basque qui fait soo plus étonnant caractère .

(3) Yoici un relevé des principaux ouvrages écrits en espagnol sur la langue basque, et en particulier sur les questions historiques qui peuvent être soalevées a l'égard de cet idiome :

binaisons , la force intérieure de ses racines , la simplicité puissante avec laquelle tout se ramène aux élémens primitifs. Une première réflexion d'un ordre très^élevé nous est suggérée à Taspect de ce mécanisme incomparable ; un pareil tra* vail ne saurait être l'œuvre de Thomme ; ce n'est pas ainsi que l'homme invente ; ce n'est pas lui qui a imaginé le secret d'exprimer tant de choses avec des moyens si simples. Il y a là une empreinte surhumaine; il y a la trace de la main divine, qui a donné à l'homme les linéaméns les plus accomplis de son langage , en même temps qu'il a placé l'énergie primitive de la pensée dans son esprit. Ne fallait-il pas que le don gratuit de l'expression vint couronner le don supérieur de l'intelligence ?

Mais de telles considérations, du ressort de la philosophie, n'appartiennent pas à l'histoire; et c'est l'histoire qui nous occupe dans ce livre. C'est pourquoi nous nous attacherons à observer que cet instrument si beau, si parfait, a du

Le plus célèbre des ouvrages sur la matière est le fameux dictionnaire

'de Larramendj : « Diccionario Iriitngtie dei Castellano , Bascuense y

' Latin, i vol. iD-4*'f St-Sébastien » tj^^. m Cet ouvrage est précéda d*une

latroducliou de 399 pages minutes, sur les perfectioos du Basque; voici

une analyse de ses cbapitres. Le busqué est une langue très^parfaife pour

la propriëlë des termes» pour l'barmonie , pour la richesse; elle est une

langue-mè^e et des plus anciennes , elle a fourni beaucoup de mots au

grec, au latin, au français, à l'italien. La beauté du basque, considéfe'e

dans la variété de ses dialectes, Navarfais , Labourtain , Souletain , Biscajcn,

'Guipuscoan. Livres écrits en basque; Nouveau Testament, p. i — Sy. Le

basque est la langue primitive , universelle de l'Espagne , 5; — |io; mime

sujet prouvé par les noms aocieni des provinces et des villes d*£spagQe »

avoir jadis une grande époque , disparue de la mémoire des hommes, mais que la science à force de labeur peut parvenir à retrouver à travers les siècles. N'est-ce pas une digne antiquité pour la langue basque, que celle qui en fait l'idiome de l'antique race Ibérienne , soit audelà , soit en deçà des monts Pyrénées ?

« La langue basque, apportée en Espagne par ses premiers habitans et conservée dans les montagnes par l'amour de la liberté, n'a éprouvé ni vicissitude , ni changement. Riche de son propre fonds, elle n'a rien empiunté que d'elleiBome; depuis plus de trois mille ans elle vit et se soutient dans les mêmes contrées avec la même énergie , la même force et la même abondance (i). Elle est encore ce qu'elle était lors-

llo->li8 (cVst \» qn«»tton traît<?e par M. àe Ram1)oMt.) ; calcuTcles noms castillans qui sont basques; discussion d*an teite de Strabon, Il8— iSSj Dans cne troisième partie sons le titre d*Apo1(^ie, l'auteur examine coinment la lat^ue primitive a pu se conserver en. Espagne » après l'introduction de nouvelles langues toutes diverses, et comment le basque a pu se maintenir ei» Ca-atabrie , »35— 307. Confusion des l'angues a ?» Tour de Babel et origine des Basques. On voit que l'ouvrage de Larramendi contient toute la question basque; il est rare,, ainsi que sa Grammaire , £/ impossible vincidfl. arte de la liftgiM BascongacUt ; in-i8, 1739,. Tout ce qui a élé écrit depuis en Espagne, n'a guère fait que reprendre Larramendi en sous*œuvre ; les ouvrages les plus remarquables sont : D. Pablo de Astavloa « j4poiogia de /« lengtta Baseongada \ Madrid , i8o3^. lâscx surtout le chapitre intitulé i Admirable Ji.los<^a de la lengu,t Bascotkgada en su verbo,^» 146 ; et cet autre : Jniiguedad de la lengna B.as^ coHgada , dfiducida de su perfeccion. D. Juan de Erro : Jlfabeto de (a lengua primiliva dfi Espagita, La plupart de ces ouvrages existent à la Bibliothèque de P«u ; ils soutiennent les paradoxes si connus sur les origines Canlabriques*

(1) l^otrc Gkibbi. géoér. ^ p* 170*. . '

que les auteurs grecs et latins se plaignaient de ne lui trouver aucun rapport, aucune analogie avec leurs idiomes. Seule enfin panni toutes les langues usitées en Europe , elle peut s'attribuer avec fondement le titre et les droits de languemère , et servir de preuve à la liberté toujours invariable et à l'antiquité des peuples qui la parlent, » (i).

Dans un chapitre précédent , nous fondant sur un certain nombre d'étymologies géographiques, nous avons établi que la race Aquitanique pouvait être la même que la race Basque , et que celle-ci à son tour pouvait se confondre avec les peuples aborigènes de ribérie. Ici , la beauté grammaticale de la langue escuara , objet de ce chapitre , peut nous servir à confirmer ce même point de vue. C'est ])ourquoi nous allons poursuivre ce problême historique; non content d'avoir établi que la langue basque avait

(i) Sftnaclon, Essai sur la noblesse des Basques » p. 9is ; plas bauf , p. 93, il expose les mêmes idées et cooclut ainsi : « La langue basqae n'est point celle <l*ttne borde isolée dans les montagnes de la Cantabrie, et plarée entre deux contrées aussi puissantes et aussi peuplées que TEspagne et les Gaules , mais celle d'un continent considérable » séparé de tous les autres et habité seulement par des peuples indigènes, conformément à ces paroles remarquables d'un bisforien de TEspagne : Cantahri cum anti^iid hbertate Itti-

giMm retiuueruui multum à reiiqiiis omnibus tUscrepantem , et totiiis !

oiim Hispaniœ commiuiet^ , Mariana , 1. 3 , c. 5. Voir aussi , p. ao, une induction tirée , par le même Sanadon , d'un texte de Sénèque extrait de la Coftsoi, ad Uelviam, — Sur Sanadon et sur l'origine de son Essai relatif k la noblesse des Basques, lise» l'intéressant article consacré à M. de Béla, bisturien inédit du peuple Basque y par M. Walckenaer , au supplément d» la Biographie Universelle.

dû être la langue Ibérietine, c^est une barrière que nous soulèverons pour mettre nos lecteurs au courant de la question relative aux origines des Ibériens eux-mêmes, origines considérées dans la langue escuara.

Une opinion qui fut toujours très répandue, confond les anciens habitans de Tlbérie avec les Phéniciens , et ferait ainsi de l'escuara une langue punique. Mais tous les savans sont d^accord que la langue punique , qui n'est qu'un dialecte de l'hébreu ( chose d'ailleurs claire pour l'histoire), n'a point d'affinité reconnue avec le basque. On. a coutume d'en juger par le texte des vers puniques qui se trouvent dans le Pœnulus^ de Plante, ancien fragment supérieurement restitué par Bocbart , et qui est de Thébreu et non pas du basque (i). Il en est de même de plusieurs inscriptions puniques trouvées sur le sol où fut

(i) Act. 5,8c. I. Voir la discussion a laquelle se lÎTre M. Lécluse ; Gramm. Basque, p. 5 et Sgg. — D'ailleurs, les Carlhaginois furent les possesseurs, non les premiers habitans de l'£spa;ne. Leur langue dut iafluer sur la langue ibérique ( ce qui explique les mots hébreux qui se reacontrent en basque ) ; mais elle ne put se l'assimiler entièrement. La question punique nVn est plus une aujourd'hui ; elle est claire comme le joar pour tout linguiste hébraîsaat.

Il ne faut pas s'arrêter, non plus, à certaines affinités qui existeraient entre le basque et quelques langues de PAmértque ( Balbi , Introd . à l'ail aa etbnog. , p. i63; d'Iharce, citant le capitaine Perron, loc. cit.,^. 4^5; le texte de Perron , t. a , p. ia6. ) Ce fuit , s'il est réel , prouverait seulement l'affinité primordiale de toutes les natisns , et non la parenté spéciale, l'immédiate filiation dont il s'agit ici. Ce sont deux questions entièrement différentes. Wiscman , sur les accords de la Science et de la Beligion , t. i ,p. io4 $ de la traduction française. Voir aussi d'autres rapproebemens ; F. Schlegel , langue et philosophie des Indiens, p. la et 88 4e U traduction que nous avons publiée de ce livre, en itO;.

Carthage ; rien pour notre langue dans ces ins« cri prions.

L'état de la question sur Forigine de la langue basque, question si intimement liée à celle de la race , est donc qu'il ne faut pas chercher dans le phénicien ou dans l'hébreu les origines du Basque-lbérien. Maintenant il est vrai de dire que, hors de ce point, la question est peu avancée. Tandis que les idiomes de l'antique Orient ont été retronvés dans les pagodes de l'Inde, dans les hypogées de Thèbes, sur les débris splendides de Persépolis, la langue des Basques, qui ne s*est jamais perdue, suscitera, à son tout , des révélations sur l'histoire et sur la plus ancienne filiation de races. On saura si l'idiome des Basques-Ibériens n'appartient pas , comme Ta supposé Malte-Brun, à la chaîne mystérieuse des langues illyriques, auxquelles se rattacherait l'ancien étrusque, toutes branches appartenant au grand rameau des langues slaves, et pouvant enfin se subordonner au tronc immense des langues indo- germaniques. On saura si ce ne serait pas une langue africaine, telle qu'on la retrouverait dans les montagnes de Kabyles, appartenant à des races gétuliennes et atlantiques, à ces Maures de .Massinissa, nations qui auraient peuplé l'Espagne et par suite l'Aquitaine, à des époques inconnues (i). Que de lu»

(i) Le basque, maigre son originalité <r/Vfr«f »«« laisse entrevoir ifueU ques Ireccs du contact des Crlfes et. des Romains. Eichboff» parallèle dea langues de l'£urope et de Tlade, p. 3a.

mîères réjaiUiraient sur Thistoire de Tancien moDde et sur le berceau des sociétés , si de semblables recherches arrivaient jamais à un résultat définitif ! Ci)

£t pour nous , descendus 'de ces aspérités, où nous entraîne quelque attrait pour les études linguistiques, bornons -nous à considérer le basque des fiasses-Pyrénées, et qu'il nous soit permis d'émettre ici un vœu pour la conservation de cet idiome dans cette région de notre France. S'il n'existe en ce pays aucun monument de pierre ou de bronze qui appartienne à l'âge des Ibériens, ces peuples ont du moins leur idiome, monument plus que granitique, n'ayant rien de fruste et révélant la parfaite individualité du peuple qui a su le maintenir.

(i) Un fait dif^ne de remarque > <^cst l'identité de la marcbe suivie entre 1rs reeherches celtiques et les recherches basques. Des deux parts » l'opinion vraie a clé dès long-temps reconnue : le bas-breton était Tancien gaulois , et le basque était l'ancien aquitain ou ibérien. Mais aussi il j a eu des deux parts, m^me extravagance dans le développement de cette double vérité. Aucun principe de critique ou d'analyse » toute hypothèse. Delà, le juste discrédit djns lequel a dû tomber cet ordre de spéculation , d'ailleurs si fertile en résultats lorsqu'il est bien conduit. Plus tard, lorsqu'enfin on en est venu à regarder l'analyse réelle et profonde comme le seul instrument d'élymologte. Poar le bas Breton par exemple on a fait la part des mots d'importation anglaise, française, latine, etc.; on a rapproche 1rs dialectes et vu les différentes radicales du kymri et du gaélique d'Ecosse et d'Irlande^. Alors on a pu reconnaître que ces langues étaieot celleslà même que les Celtes, nos aïeux, avaient parlées. On a pu les retrouver empreintes , ces langues , dans les termes géographiques et antres de notre sol et de nos langues plDS récentes; on a pu vérifier les assertions historiques qui placent des populations gauloises en tant de contrées de l'Italie septentrionale, du Latium , de l'Ëpire, de la Bohême, de la Celtibérie. . £h bien ! la même chose a lieu pour le basque ; les élymologistcs ont étë

Pour complaire à rimpérieuse loi de l'unité administrative , faudrait-il poursuivre à outrance ces vénérables débris d'une civilisation lointaine? Comme de beaux arbres que le maître a choisis pour tomber et dont la chute fera disparaître les pittoresques accidens d'une plaine qui ne sera plus que monotone ; ainsi arrivera-t-il quand l'idiome cantabrique cessera d'être entendu dans les plaines du Labourd , dans les vallées de la Soûle, dans les montagnes de Baygorry. Les choses humaines sont périssables; elles résistent, mais elles meurent. Il vient un jour où la conquête a raison ; les cultes, les lois, les moeurs, tout ce qui fait la personnalité d'une race s'évanouit à la fois sous l'infatigable marteau du vainqueur. Les idiomes n'ont pas le privilège d'une résistence invincible. Qu'il y a peu de langues primitives conservées dans ce vaste monde, sur le même sol qui les entendit pour la première fois/ Ne condam-

a)>sar(lcs. Ea voici uo exemple : Don Ziini;^ vous Ain ([ueVirlauda vieat de ira landa , pré de fougère , sans penser que ce n'est pat Irlauda , mais Erin le nom national , quM falUit expliquer II prend le mot Escocia , et il procède sur ce mot , comme sur le nom réel du pajs des Scots. Tellev sont aussi les absurdités débitées par M. de la Bastide, lequel trouve ingénieusement que Paphos , Pile de Véous , signifie Die des crapauds , parce i|ne Veau est basse autour de ce'Ie-«i , et qn*il y a quelque mot pins ou moins ressemblant e« basque. La Bastide, /oc. cit. ^ n. 381. Et ainsi de tout les étjmologistes anciens. Mjis aujourd'hui celte f.usse inétbode est re-> jetée; c'est en discernant les dialectes, en écartant les mots d'introduction moderne , que la science arrivera à confirmer bien des points reconnus pour vrais par ces avantureux devaaricrs qui ont mêlé tant de dér.iison au jtoste pressentiment qu'ils avaient de l'antiquité do leur idiome. Ainsi Mumbuldt et It^ linguistes de son école, ont pu confirmer , en les épurant , les travaux des Zuniga, des Ërro , des Limmeadi.

de les eDtretenir , la science leur communiqnerait son autre genre d^existence , digne encore et plein de grandeur, quoiqu'il ait perdu la sève et le charme vivant de la popularité.

I^lltératore Basiiii^

Je vais placer ici, il faut bien Tavouer, un paragraphe qui ne répondra pas k son titre. Cette langue basque , si achevée dans toutes les formes de sa composition , ne possède point de littérature; elle n'a point de livres, imprimés ou manuscrits, qui comptent plus de deux siècles d'antiquité. Malgré les prétendues perfections de l'Alphabet basque, si vanté par don Astarloa ^ don Erro, et l'abbé d'Iharce, cette langue n'a point d'alphabet propre; du moins, si elle possédait un alphabet au temps de sa splendeur, lorsqu'elle était la langue Ibérienne , elle a perdu cet instrument en traversant les siècles. De temps immémorial, le basque ne s'écrit pas du tout, ou il s'écrit en caractères latins; alors il n'a pas d'autres règles que celles que lui donne l'incertaine tradition, toujours si difficile à déterminer à travers la diversité des dialectes.

Or , comme dit avec raison M. de la Bastide ( Dissertation sur les Basques , pag. SqS ) , « La langue écrite d'un peuple vient-elle à se perdre par quelque événement imprévu , les suites d'un tel accident peuvent aller très -loin. Quoique

partis de la même source , les dialectes s'éloignent alors de piiis en plus; si le peuple se trouve épars, divisé, chaque partie de la masse générale possédera de nouveau une langue écrite, laquelle différera plus ou moins de la première. » Chez un tel peuple , il ne saurait y avoir de littérature (i).

Les anciens Ibérîens , en particulier les Turditans, peuple de la Bétique, possédaient, selon Strabon, une littérature abondante, des histoires, des poèmes , des lois en vers , qu'une tradition exagérée faisait remonter à six mille ans (a). Cette littérature a péri avec l'alphabet qui en était le vêtement , avec la grande civilisation du peuple Ibérien. L'idiome seul a survécu; tout porte à le penser , c'est 4a langue escuara. Il a survécu avec toute la perfection de ses formes extérieures ; mais, en perdant sa littérature séculaire, on a pu remarquer aussi qu'il s'était grandement appauvri du coté qui fait la meilleure

(t) On doDoe une autre raison à la «iifferenee des dialectes. L'auteur d'un article de la Mosaïque du Midi , cite' plus baut , en reconnaissant sept 'dialectes differens , correspondant aux sept familles ou sept provinces Basques , tant de France que d'Espagne , la Biscaye ^ l'AIava , le Guipuscua , les deui Navarres 9 la Soûle et le Labour , observe que chaque dialecte a son génie, ses désinences propres et comme une langue distincte. A cette marque , il faudrait reconnaître ]k langue d'un grand peuple répandu au loin dans li-8 plaines, tout-a-coup dispersé par quelque grande invasion, et dont les débris refoulés dans les vallées des Pyrénées , conservèrent avec l'idiomu national , les dialectes particuliers des provinces dont ils étaient repoussés.

(a) Géog. 1. III. Larramendi^ Lécluse^ loc. cit. f p. i5.

part des langues cultivées et savantes. On dit qu'il n'a plus cette force vive et spirituelle, cette lucidité de termes métaphysiques qui caractérisent Tidiome d'une époque avancée , et lui maintiennent son rang parmi les langues littéraires qui ont fait la gloire ou la fortune de l'esprit humain.

Aussi , depuis plus de deux mille ans , il règne une nuit profonde sur les anciens trésors de la littérature des Cantabres. Il n'y a pas de livre qui remonte au-delà du i6.® siècle. La langue, non écrite qu'elle est, passe de père en fils, de mémoire en mémoire; c'est assez pour ce peu-* pie que son généreux langage ait pu se transmettre, dépôt inviolable et primitif, comme toutes les tiaditions qui se rattachent au foyer domestique et à la religion du berceau (i).

(i) Depuis trois siècles seulement, un s*est arisë de faire scnrir cette noble langue y écrite en caractères latins y à Pimpression d «s quelques ou— ▼rages qui ne sont d'aucun intérêt, sous le rapport de Phistoire ancienne rtde Pidiome. Ce sont généralement des livres de dévotion , Catéchismes , Noëls , etc., dont les titres sont recueillis au nombre de dix dans la Grana— maire basque de M. Lécluse. J*ai sous les yeux , à )a Bibliothèque de Pan ^ un volume, fort in-ia , sur le délai de la pénitence par Axular, Bordeaux, 1643* selon M. Lécluse, le basque en est élégant, pur et abondant. Ua livre qui est dans la même Bibliothèque et que Pauteur de la Grammaire ne cite pas, c'est le Manuel de dévotion de J. Etcheberry, Bajonne , l63o. II est presque tout eu vers.—- Le plus ancien livre basque est ub Nouveau Testament complet, imprimé à la Rochelle , en iSji , et dédié à la reine Jeanne d'Albret, en dialecte de Basse-Navarre. Sur ce livre, in— 8.^ , beau papier et beau raractère , qui était rare du temps de Larrameudt , Toir une dissertation de M. Lécluse» p. 19; il a été réimprimé en i8a5> mais svec des altérations et eii dialecte labonrtaia.

Cependant, parmi le peuple Basque, aussi bien qu'en toute nation primitive , et chez tous les peuples doués de cette originalité qui tient à Tenfance sociale, on trouvera une littérature inédite, supérieure à celle des livres imprimés, une littérature naïve, de douce et virginale inspiration. Je veux parler des poésies locales , des chants populaires, reproduisant les souvenirs les plus vifs de la vie chasseresse ou postorale , sans oublier ces traditions confuses, ce trésor d'idées incertaines et de sentimens universels qui ne se rencontrent, dans leur pureté première, quau berceau de toute société.

Il existe dans la Cantabrie un chant national fort célèbre et non moins antique. Nous empruntons le détail qui suit à un illustre écrivain qui a consacré aux littératures étrangères de profondes études et un fertile enseignement. On a découvert dans ces derniers temps, et la découverte en est due à M. G. de Humboldt , un chant Cantabre qui, si Ton en juge par le fait sur lequel il roule ^remonterait à une époque antérieure à la domination romaine. Il se rapporte à la guerre de l'empereur Auguste contre les Cantabres. Ceux-ci , bloqués par l'armée Romaine sur une hauteur où ils mouraient de faim et de soif, forcèrent leurs ennemis à consentir à une glorieuse capitulation. « C'est vraiment un chaiît de montagnard, un vrai chant primitif, où l'art en est encore aux plus simples inspirations de la na-

— 5iG —

tiire »(i). Comme j'indique, en note, toutes les sources auxquelles on peut retrouver le texte biscayen, je me borne à en placer ici la traduction :

« Les étrangers de Rome veulent forcer la Biscaye ; et la Biscaye élève le chant de guerre. Octavien est le seigneur du Monde; Lecobidi est le seigneur des Biscayens.

» Du côté de la mer , du côté de la terre , Octavien nous assiège. Les plaines arides sont aux Romains; à nous, les bois de la montagne et les cavernes.

j> Postés dans un lieu favorable , chacun de nous a le courage ferme. Notre fiayeur est légère quand nous mesurons nos armes; mais, ô notre arche au pain, vous êtes mal pourvue.

» Si nos ennemis portent de dures cuirasses, nos corps, sans défense, sont agiles. Cinq ans entiers , de jour et de nuit , le siège dure sans aucun repos.

» Quand ils tuent un de nous, quinze d'entr'eux sont détruits ; Ils sont nombreux, et nous une petite troupe. — A la fin , nous avons fait amitié.

D La force des grands chênes s^]se au grimper

(i) Fauriely histoire de la Gaaie M^rid., ). a, p* 354» 534* Le fragment qui va suivre a été trouvé, en l5go, dans les archives de la Biscaje ; en 1817, celte copie a été retrouvée par M. de Humholdl, et insérée par ce savant dans les Mithridates d'Âdv'lung ( supplément à rarticle de la langue basque ).

perpétuel du pic. La ville du Tibre est sise au loin ; mais Uchain ( notre chef) est grand « (i).

Oyhénart , le fidèle historien des deux Vasconies,a publié un recueil très- précieux , composé de fragraens de chants et de traditions des peuples Basques ; mais ces fragraens paraissent tellement mutilés, qu'il serait difficile den faire sortir des résultats satisfaisans sur les traditions et sur Texi^tence antérieure de nos races Vasconnes (a).

La plupart des chansons basques sont des his^ toires, des complaintes, des événemens tragiques, sujets lamentables dans lesquels se réfléchit l'imagination vive, mobile et pourtant positive de ce peuple. C'est surtout dans les vallées de Soûle et de Baïgorry que ce tour d'imagination mélancolique et narratif du peuple Basque est remarquable; on le trouve plus particulièrement empreint dans les chants répandus parmi ces

(l) Cette pièce est appelée Le Chant de Lelo , parce qu'elle commence par ces mots : a Lelo , Lelo est mort; Zara a tué Lelo. » Ce souvenir de Lelo n*a ancnn rapport avec l'objet de ce chant national. Lelo était un brave Cantabre , sorte d'Agamemnon , tué lâchement par Zara , séducteur de son épouse. M. de Humbolt cite le refrain d'une vieille chanson en Thonneur de Lelo. — Quand à Tâge du morceau qui précède, M. Fauriel n'affirme pas qu*il suit contemporain du fait auquel il se rapporte ; seulement, il mentionne l'existence du premier couplet d'un chant historique, composé en i3aa , au sujet d'une victoire remportée sur les Navarrais par les Guipuscoans. Or, le chant Cantabre abonde en archaismes et en mots intraduisibles^ tandis que le Guipuscoan, de l3a3, diffère peu de la langue actuelle. C'est une induction de plus en faveur de la haute antiquité du cl»Hit que nous venons de reproduire.

(a) Proverbes et adages du pays Basque y in-8.* eu deux parties qui ont chacuae k part leur pagination, iGSy. Voir dans la Biographie Universelle ,

vallées (a). Cependant , il y a aussi des chansons d'un tout autre genre; cesontdes romances toutes pastorales, douces et gracieuses, affranchies des ardentes reproductions de la guerre , du crime et du sang versé, pour laisser l'âme aux simples émotions, aux images de Tamour, aux sentimens naturels qui se retrouvent chez tous peuples, à travers toutes les diversités de mœurs et de civilisation. Je ne citerai qu'une de ces romances, celle qui est la plus populaire, répandue surtout dans le beau dialecte de Labourd. On

art. OjhéaÀrtf une notice fort cl^aill^e tnr ce yolnine, qni est «l'one extrême rareté.

(3) J*8i enlendn une Jeune fille Soaletaine cbanter une cbanson fort expressive sur un roi Jean , blessa , priT^ de son royaume , employant mille subterfuges pour cacber à sa mère le malbeur (fui la menace , et recommandant à ses amis de dérober le lien où reposeront ses cendrifs. L'objet de celte complainte que fe n'ai pu retrouver paraît être une tradition populaire fort ancienne. — Dans quelques-unes de ces complaintes vous vojres intervenir "nominativement les diverses localités de la Soûle , en particulier des cantons de Mauléon et de T^rdets ; c'est là l'empreinte d'un peuple profondément attacbé au terroir , an sol qui l'a vu naître et qu'il ne quitte jamais. Je u*ai pas cru devoir citer» pour l'instant, plusieurs cbants de cette nature qui m'ont été remis y l'interprétation qui m'en a ét^ donnée n'étant rieq moins que littérale ; j*ai trouvé des docnmens à la florissante Ecole Normale des Basses^Pyrénées. — Sur le caractère des cban— sons basques, M. Fauriel s'exprime dans le même sens : « Le nom â*ereé^ siac dont les Basques se servent enccM'e pour caractériser les cbants populaires qui roulent sur quelque bistoire vieille ou antique » a l'air d'être fort ancien dans la langue , bien que les pièces de poésie auxquelles il pent convenir soient toutes asses modernes. » Gaule Méridi , loc. cit. , p. 354- Du reste , le savant auteur nHi point appris qu'il y eût des cbants de cette naturs dignes d'être cités. Le goût du cbant si prononcé dans le pays Basque , l'existence d'une profession d*improvisaleurs k qui ou demande des rhaasons pour tontes les circonstances de la vie domestique , doivent rendre le cboix fort difficile f parmi un si grand nombre de productions qui prétendent plus ou moins à la poésie.

peut la regarder, dans le pays Basque, comme le pendant de la Chanson béarnaise , La haut sus las Mountagnes ; la voici : ( i )

Tchorittoua , nourat houa Bt hegalez , aïrian ?

Espagûalat jouaïteko , EIhurra duk bortian :

Algarreki jouanen gutuk EIhurra hourUen denian.

Où vas-tu, petit oiseau, En Tair avec tes allés ?

Pour aller en Espagne , La neige est sur les ports :

Ensemble nous irons Quand la neige fondra.

San Josefen ermitba , Desertian gorada.

Espagnalat jouaïteko Handa goure pattssada.

Guibelerat so-guin eta , Hasperenak ardura.

I/ermitage de Saint-Joseph Est élevé dans le désert.

Pour aller en Espagne Là se trouve le lieu de notre halte.

Regardant en arrière , Fréquens sont nos soupirs.

Hasperena , habilona , Maïtiaren borthala Bihotzian sarakio , Houra eni bezala :

Eta guero eran izok Nik igorten haïdala.

Soupir , va-t'en Jusqu'à la porte de ma bien-almée.

Pénètre dans son cieur Comme elle dans le mien.

Puis tu lui diras Que moi je t'envoie.

Dans ce domaine inexploré de la poésie des Basques , il y a encore à faire d'intéressantes explorations, comme nous le disions précédemment au sujet de la poésie béarnaise. La vraie littérature basque se trouve dans les chants nationaux ; il faut les recueillir avec les mélodies expressives

(i) Pour le texte et la tradactioD de ce murcoau , qae nous avoos plut d^une fois entendu chanter y nous empruntons un article de M. A. Ghaho ^ Fr. littér. de i835.

nez pas à s'éteindre, au profit de la latigiie frat)çaise, les généreux restes d'une langue que Jules- César et les trois siècles impériaux qui l'ont suivi , n'ont pu convertir à la langue des Romains ; une langue qui a résisté aux Goths , aux Sarrazins , à tous les patois environnans, durant dix siècles (i). Je veux dire que l'administration doit exercer des ménagemens vis-à-vis l'ancienne langue des Cantabres. Il faut appliquer ici les sollicitudes si louables dont on entoure depuis plusieurs années la conservation des monumens historiques. L'idiome antique est vraiment la plus chère antiquité d'un pays; à lui l'enfant du peuple est attaché du fond des entrailles comme au ciel qui l'environne, au sol qu'il foule, aux neiges de ses montagnes , au fleuve accoutumé , comme à 1 église du village qui reçut ses premiers vœux, comme au champ des tombeaux où le villageois a marqué sa place pour y dormir près de ses aïeux; enfin , comme à ces mille liens mystérieux qui unissent le cœur aux choses de la patrie, dont on ignore l'origine, mais dont l'empire ne saurait être méconnu. Mais, enfin, puisque le char ad* ministratif ne saurait dévier de sa route, que le fatal niveau de la centralisation ne doit pas fléchir, je ferai ici une proposition conservatrice;

(i) Une ligne p;irraifenient traochée S4$pare la race Basque de la race Béarnaise. Sur toute cette ligne» les Wllages ont bea|i se toucher, ils sont Basques ou Béarnais, les deux idiomes ne ée péuè'rent pas; nous déterminerions cette ligne » si, au lieu d^écrire une histoire » nous avions a tracer «ne statistique.

si en pays Basque , comme en pays Breton , le notaire, le percepteur, le juge de paix, l'officier de Tétat civil., surtout instituteur établi pour arracher les racines de Tidiome subjugué, si tant de Français redoutables doivent finir par rompre la chaîne qui joint les races antiques h leur antique idiome; si les nations celtiques et vasconnes voient peu à peu s'effacer les traditions de leurs langues qu'ils ont pu s'accoutumer à croire immortelles, le Gouvernement recueillera, nous n'en doutons pas, ces débris prêts à mourir, il les recueillera pour les confier aux glorieux cénotaphes de la science. Une chaire publique devra être instituée à Bayonne, comme une autre à Rennes; là, un Breton et un Basque, ou, pour mieux parler, un Armoricain et un Vascon , un Celte et un Aquitain , seraient chargés d'entretenir, dans leur plus haute culture, ces deux langues qui furent parlées jadis par deux grands peuples Gaulois. £t là se trouvent en effet les vrais titres de la noblesse primitive de ce pays des Gaules, si justement fier de sa race française, mais qui ne saurait répudier les premiers aïeux que l'histoire lui révèle aux temps les plus reculés. Comme les fleurs renfermées dans l'herbier du naturaliste, comme les monnaies antiques dans le cabinet du curieux, ces langues seraient ainsi perpétuées pour l'avenir; elles vivraient , alors même qu'elles seraient appelées mortes, parce que si l'usage avait cessé

Conp-d'ail sur let Moduidcds d'art et d'biMoJre diiu tel BaiMt-Pjrénéei.

A E chapitre contient une revue des mo- I numens que possède le pays en divers ■3 genres d'architecture. Plus haut, nous ih avons établi la distinction entre l'archéologie historique, n'ayant point de rapport direct avec l'art, et l'archéologie artistique qni s'attache plus aux monumens debout qu'aux débris, et qui n'emprunte les secours de l'érudition qu'afin de résoudre les questions d'art suscitées par ces monumeits. Une telle distinction explique la rapidité de ce coup-d'œil monumen-

tal , dans un livre purement consacré à Thistoire du pays.

Catliédrales.

Trois basiliques existent dans le département des Basses-Pyrénées. Avant de les décrire , il convient de rappeler le double caractère que l'architecture chrétienne a revêtu dans tout le moyen-âge. Nous avons deux basiliques roma<' nés et une autre gothique; dans un précédent ouvrage, j'ai mis en rapport ces deux styles ainsi qu'il suit :

a Dans un temps où la peinture et la sculp^ ture , débris abâtardis de l'art byzantin , n'étaient pas dignes de ce nom d'art , il existe dans l'Europe romane une architecture à laquelle préside un art régulier et complet. D'abord purement romane ou bysantine elle a laissé d'imposans débris, et se fait encore admirer par la sainte austérité de ses cryptes, par la grandeur de ses croix latines, par la hauteur de ses voûtes, par l'énergie de ses pleins-cintres , par ses colon* nades de piliers , enfin , par tout ce qui décèle l'héritage de Rome, de la ville étemelle dont l'art, après avoir disparu sous le marteau des barbares , s'était soudainement relevé , encore agrandi , au souffle de la Religion à laquelle il était désormais consacré.

» Plus tard, au 12.* siècle, cette architecture

se transforme; elle a conservé son âme toute chrétienne , mais elle a accepté la régénération qui lui est venue de l'Orient. La basilique se fait orientale , bien qu'elle soit appelée gothique. Son plein-ceintre se développe, s'allonge en voûtes ogivales, flamboie en rosaces pourprées. L'art nouveau recule la nef , l'abside et les deux bras de la croix ; il égalise le sol et fiiit disparaître les cryptes, prodigue les piliers avec les faisceaux de colonnes légères, qui montent et vont s'épanouir, comme le feuillage d'un chêne touffu sous les voûtes exhaussées ; enfin , prolongeant les bas côtés de la nef, il isole le choeur de l'autel comme une île de salut au milieu des flots du peuple qui s'écoule et qui prie. Telle est cette double architecture qui, dans les vieilles cités de l'Europe , perpétue l'admiration de ceux qui sont nés pour sentir et comprendre la destination de l'arc. » (i)

Notre plus ancienne église romane est celle de Lescar. Si cette antique cité du Béarn n'est pas située sur l'antique cité aquitano-romaine de Beneharnum , comme c'est une opinion répandue mais contestée, Lescar a du moins, vers la tin du lo.* siècle, hérité du siège épiscopal de notre cité béarnaise (2). Il serait difficile de

(i) Philosophie dcS arts «lu dessin , p. ago.

(2) Eq 1789^ un incendie consuma rhûlel-de-ville de Lescar el détruisit les archives de cette vieille cité*, là périt le fameux caitulaire de la cathédrale ^ monument d^une haute importance pour les origines hearuaiscs^ et qui est le principal iastrumcat de Thisiorieu Marca.

rencontrer un monument purement roman qui fût plus beau et plus entier dans sa conservation que la cathédrale de Lescar. Elle a trois nefs spacieuses ; six piliers de chaque côté marquent l'étendue de la nef centrale; des colonnes engagées dans ces piliers montent aux voûtes avec une grande légèreté ; les arceaux , surbaissés dans les nefs latérales , décrivent dans la principale nef une courbe large et hardie que Ton dirait plutôt romaine que romane. C'est une véritable fiasilique que l'église de Lescar ; et si ce n'était son transepts, la croix latine qui la partage , elle donnerait une juste idée du genre de monumens romains connus sous ce nom , lorsqu'en effet le christianisme consacra les basiliques de Rome au premier exercice public de ses saints mystères.

Des ornemens d'une date plus récente paraissent se rattacher à la venue de Louis Xlll en Béarn; tels sont les ornemens en bois du chœur, les belles statues sculptées en relief représentant les apôtres et les évangélistes. Remarquez aussi la porte principale, d'ordre dorique, avec un très-bel entablement composé de plusieurs arceaux concentriques imitant à merveille, et selon le goût le plus sévère , le style roman primitif du siècle auquel appartient la cathédrale. Cela est un fait remarquable au 17/ siècle. Alors, pour la restauration des églises romanes ou gothiques, on s'inquiétait fort peu de l'accord des styles..

Combien xle fois un entablement classique, à fronton triangulaire, à figures correctes, mais lourdes et sans beauté intime , vient frapper disgracieusement vos regards en tête des plus vénérables églises, dont le portail gothique ou roman avait paru exiger cette malheureuse restauration !

Une circonstance assez rare dans les basiliques m'a frappé en entrant dans l'église de Lescar; elle a conservé, dans une grande partie de sa surface, son vénérable pavé en dalles mortuaires. C'est un avantage que les chefs de fabrique ne comprennent guères en général. Outre que rien n'est plus confortable comme maçonnerie que ces vastes pierres de granit, si peu pénétrables à l'humidité et si solidement établies ; il était beau dans les églises ce pavé composé de tombeaux , qui rappelait au priant le souvenir de ses fins suprêmes » et disait aux générations que ces morts , maintenant muets et glacés sous les pas de la foule, avaient respiré , souffert et prié dans cette même enceinte qui garde maintenant leur dépouille ^our l'éternité (i). Mais si Lescar a conservé une partie de son pavé tumulaire , ces tombes généralement récentes , et appartenant aux deux derniers siècles, ne sont pas de celles qu'un fidèle souvenir historique se plairait à retrouver dans la basi-

(i) Philosophie des arts du dessin , p. 3oo.

lique des Centulles et des Gastons. Où sont les vénérables restes de nos anciens princes ? Où dorment-ils ces princes et princesses de Béarn qui , vivans , ont prié sous ses voûtes vénérables , et , morts, ont habité les souterrains de la basilique ? Les vicomtes des premières dynasties ont ouvert cette sépulture féodale; puis, après plusieurs siècles d'interruption , des rois vinrent y rejoindre leurs aïeux antiques. Le jeune François-Phœbus y reposa en 1482 ; le triste époux de Catherine , Jean d'Albret , fut obligé de se contenter d'une tombe à Lescar, en i5i49 quand son orgueilleuse épouse et lui avaient si long-temps soupiré après la sépulture royale des caveaux de Pampelune (i). Trois célèbres reines se sont succédé sous les caveaux funèbres de Lescar ; Catherine , reine intrépide et dépossédée de la Navarre ; Marguerite , la charmante muse de

(i) Pourquoi cette belle cathëdrale a-t-elle subi un outrage récent dans le badigeon jaune et blanc dont elle est revêtue y non moins que dans les fresques bicarrés dont précédemment on avait prétendu l*cmbcllir. Encore si l'outrage se bornait à cette malheureuse bariolure sur les murailles antiques ; mais ce qu'il faut déplorer , c'est de voir le soin avec lequel les destracteurs comblent d'un mortier sacrilège les ciselures des cbapiteaux romans , poursuivant à- outrance les vénérés trésors du sjmbolisme et de Part des aïeux. La glu des badigeonneurs , opérant par couches épaisses, enlève tout le fini des détails , égalise les formes , remplit toutes les cavités, absorbe les jeux, etc. Voir Philosophie du dessin, loc. cit., p. 5a8

— 535, nos justes invectives contre le vandalisme dans Part chrétien

Il ne faut pas quitter cet article sur Lescar , tans rappeler ce que j'ai dit plus haut de la tombe jierdue et retrouvée de Guj, évoque, au 1 3.* siècle. On a plus récemment découvert , à Lescar, une mosaïque qui accuse une époque antique, ainsi qu'une antre mosaïque trouvée chcs le général Larriu, prés Pau , morceau si curieuk déposé dans le vestibule , au rea-de-chaussée dé la préfecture, a Pau.

France; et Jeanne, qui dort aussi elle dans les caveaux de la même cathédrale dont elle avait fermé le sanctuaire.

Entre les premiers seigneurs de Béarn qui durent être ensevelis à Lescar , et les rois de Navarre qui furent plus récens, la sépulture des seigneurs de Béarn , avait lieu dans l'église des Jacobins d'Ortbez. Là , reposent les plus illustres Seigneurs de Moncade et de Foix. Détruite au i6.' siècle sous le fer de Montgommery, cette église n'était plus qu'une ruine au temps de Marca. Antiquaires , qui recherchez sous les débris morts les vestiges de ce qui fut grand sur la terre, demandez à Orthez cette église, ce Saint- Denis du valeureux Béarn ; vous ne trouverez pas même sa dernière ruine, à peine le souvenir en est demeuré. La mémoire des rois morts ne protège pas plus leurs monumens tumulaires que les souvenirs de leur noble vie ne sont la sauvegarde des châteaux , témoins de leur magnificence. Cherchez donc a Orthez l'église des sépultures, cherchez le château de Moncade, interrogez le peuple sur Gaston à la main ouverte , sur Gaston-Phœbus !

Après avoir visité Lescar, la pensée du voyageur qui s'est accoutumé à nos vieilles annales, le porte à Morlàas, seconde capitale du Béarn, ou plutôt la première résidence de nos princes dont Lescar fut la première nécropole ; car ce premier changement de résidence des vicomtes

de nos origines (i). La petite ville de Morlàas, si chère au souvenir des gens de Béarn , à perdu le siège de sa justice^ et jusqu'au der-' nier vestige de cette Hourquie d'où sortirent les monnaies de Morlaas qui avaient un cours si sûr^ et jouissaient d'une si digne célébrité dans toute la Gascogne. Mais la ville de Morlaas con» serve son église de Sainte-Foi. A la considérer en elle-méfne comrne monument dfe l'art chrétien^ Sainte Foi serait une église assez peu remarquable. On y voit un cht^eur roman fort régu*lier , et qui ne manque pas d'élégance dans sa coupe, en y comprenant les duux arceaux de ses chapelles latérales. Ses fenêtres à cintres ren^ très seraient un modèle de la forme romane, si le travail récent du plâtrier n'était survenu pour dissimuler la vertu des siècles, en ravissant à ces beaux cintres leur puissance grani«tique. Tout le pourtour de l'église est roman; les arceaux intérieurs qui forment la nef centrale sont des ogives pesantes et de la première époque. Il y avait dans cette église un admirable portail du roman le plus avancé, formé de six arcs concentriques et décroissants, artifice de l'ornementation romane pour simuler les fuites de la perspective. Chacun de ces arcs est orné d'une frise variée , dont une seule est bien

■ (i^ La calhëdrvlc de I<cscar parait avoir cté fondée, «n 980 , par Sdoclie^ duc de Gascogne ; l*église* de Murlàat date de 1078 , j*ea ai rapporté les circunstaDces.

conservée, et reproduit, en forme de guirlande, des volatiles de basse-cour, dans ce style assez agréable , que la roideur de Fart roman permettait quelquefois à ses omemens sculpturaux. Le tympan s'élargit au milieu , et repose sur un double cintre donnant naissance à deux portes séparées par un pilastre ciselé. La pierre , rouge et calcinée , est peut-être une terre cuite plaquée sur le granit; peut-être est-ce par suite d'un incendie, comme cela est fondé sur une tradition. Malheureusement ce superbe portail, que le seul regard de l'artiste peut restituer, est fruste ; il est presqu'entièrement détaché du reste de la façade et va tomber. Il faut le dire, l'église de Morlàas , classée parmi les monumens historiques de première classe, et qui reçoit à ce titre des secours annuels de l'Etat, perdra avec son portail ce qui fait sa beauté, et ce qui lui mérite comme objet d'art sa spéciale intervention dans les fonds de l'Etat.

C'est , toutefois, un monument historique d'un haut intérêt que l'église de S.^®-Foi, à Morlàas* Elle fait la glpire de la patrie Béarnaise; elle 5'associe à tous les souvenirs de liberté qui con* sacrent cette vieille terre à la mémoire contemporaiue. C'est là , sur le saint autel , que tous les vicomtes de Béarn venaient s'engager par serment à observer les lois du peuple, les vénérables fors, qui fondaient leur souveraineté; ils juraient de rendre justice au pauvre comme au

riche , de gouverner en bons barons , de respec*^ ter les droits des seigneurs leurs vassaux, et ceux non moins chers des communautés. C'est là, à l'autel de Sainte-Foi , que le grand Gaston IV, de retour de Jérusalem dont il avait été l'un des premiers conquérans, et avant d'aller mourir en combattant les Maures dans les plaines de l'Aragon , vint octroyer et jurer le for de Morlàas 9 admirable législation que j'ai exposée plus haut et qui fut la plus belle et l'une des plus anciennes de tout le moyen-âge.

La seconde basilique du Béarn , Sainte^Mario d'Oloron , est une église de transition. Son portail, analogue à celui de Morlàas, a le mérite de la plus heureuse conservation. L'église intérieure est gothique, mais le portail appartient au type le plus parfait de ce roman qui , s'il n'eut point les magnificences du genre qui lui succéda , possède encore dans la solennité de son plein-cintre, je ne sais quoi de plus intime et de plus puissant à-la- fois, une sévère énergie dans laqu'elle se réfléchit toute la vertu du symbolisme chrétien. Ce portail, merveilleusement historié , et dont nous donnons la re-^ présentation , est l'efflorescence de cette architecture avec sa grandeur et son mystère.

L'époque de la construction de Sainte- Marie d'Oloron est bien connue ; on sait qu'elle fut bâtie dans le lo.® siècle, vers 1080, par le vicomte Gentulle IV, lorsqu'à près la déposition de

Baymond^-le^ Vieux tous les évécbés de Gascogne cessèrent d*être réunis dans une seule main , et reprirent la série de leurs propres évéqucs. Cest en efiet la plus célèbre époque de Thistoire béarnaise ; c'est celle où la ville d'Oloron fut rétablie avec son éveché. Alors aussi , comme à Morlàas, fut promulguée par Centulh IV la généreuse cbarte d'Oloron, plus ancienne, plus belle encore que celle de Morlàas; c était un vrai joyau parmi les chartes d'affranchissement si répandues au moyen •âge. Dès cette époque lointaine, c'était déjà l'alliance de la religion et de la liberté.

Cathédrale de Batonne. — Nous passons du roman au gothique.

La cathédrale de Bayonne , fondée vers le milieu du la.^ siècle, fut achevée au i5.^, sous les monarques anglais , comme on le voit par les léopards placés aux clefs des voûtes » et dont la griffe impérieuse atteste le long séjour du peuple qui a laissé sur notre sol ce grand monument de sa longue domination. Sous le double rapport de lextérieur et de l!intérieur,elle le cède à plusieurs basiliques dont la célébrité est sans rivale ; mais elle est belle néanmoins l'église de Bayonne. Sa nef est haute et spacieuse ; ses bas côtés ne manquent pas de grandeur et d'une noble proportion. Hardiesse merveilleuse des voûtes, puissance des piliers qui les soutiennent, frêles colonnes engagées for-

mant un indissoluble faisceau qui court et s'élance à la voûte pour s'épanouir au sommet, comme les doits de la feuille du palmier ; tels sont les caractères généraux de la cathédrale de Rayonne;. elle est un des plus beaux modèles de cette architecture gothique, appelée intermédiaire, telle qu'elle s*est manifestée entre les premières luttes de son début et son plus complet développement (i).

Puis, si l*on étudie l'église de Bayonne dans ses détails , on voit naître une foule d'accidens qui peuvent être admirés. Ne parlons pas de l'extérieur, de la principale façade, qu'il faut abandonner avec les deux fuseaux qui la surmontent. Mais en dedans voyez l'église elle-même se développant dans ses trois nefs , avec sa belle galerie ornée de trèfles et de légères colonnes qui environnent la nef générale et le chœur. Dans le chœur, vous vous arrêterez volontiers auprès des arbres et des fleurs sculptées en bois dont les stalles sont décorées. Le long des galeries, sous les porches, sur les chapitaux, partout on voit jaillir les trésors symboliques qui rendent si intelligente la sculpture chrétienne dans les monumens gothiques ; il y a là

(i) Scr les di£ferens caractères du symbolisme chrétien dans les églises gothiques ; sur le rôle que jouent dans ces mêmes églises la statuaire et la peintuj^e; et sur d'autres points généraux relatifs k la théorie de Part an mujren-âge^ nous rappelerons encore ici notre Philosophie des Arts du Dessin y ch. VU, p. a86-34Ô.

ries ornemens fantastiques, des figurines charjnantes de naïveté.

Les chapelles qui entourent la nef de gauche et tout le chevet de l'église méritent la principale attention de l'observateur ; elles ont été la sépulture des évéques de Bayonne. Chacune de ces niches possédait son prélat , ciselé en pierre, et dormant de ce long sommeil que la trompette suprême devait seule interrompre. Mais le vandalisme a brisé , avant le temps , ces vieux gardiens du sanctuaire ; les évéques n'y sont plus , couchés sur leurs tombes de granit. Une seule statue a persisté ; encore le prélat estil cruellement offensé, soit par le temps, soit par la main des hommes, plus ennemie et phis hâtive que le temps hii-méme à l'œuvre de la destruction. Les autres tombeaux demeurent privés de leurs évéques, et nous donnons l'esquisse de Tune de ces chapelles mortuaires, remarquable par l'élégance de sa dentelure, par le fini parfait de ce travail gothique dont le secret s'est trouvé perdu , quand des époques plus récentes entreprirent de retremper l'art chrétien aux sources antiques , et de substituer à l'esprit original et vivant du moyen-âge la discipline équivoque de la Renaissance.

Il faut surtout contempler le cloître delà cathédrale, à droite de l'église, son carré régulier, ses beaux arceaux moresques , sa parfaite hannonie avec la paisible majesté du monument. Là étaient

autrefois ensevelis les chanoines de la cathédrale; ' ils dormaient aussi eux pour l'Éternité, formant la garde extérieure de leurs vénérés prélats. Mais à leur tour , leurs tombes ont été brisées , leurs cendres jetées au vent. Le vieux cloître entend chaque jour quelque pierre de ses beaux trèfles tomber et troubler sa solitude. Toutefois, une croix de mission , non loin d'un saule pleureur, s'élève encore, symbole de la religion qui pleure sur sa fécondité passée; mais la croix est immortelle, elle unit le passé à l'avenir, elle perpétue la mémoire des races éteintes qui ont prié et qui ont dormi une partie de leur sommeil de la tombe dans cette enceinte réservée.

Que manque-t-îl à l'église de Saint-Léon pour être admirée aussi bien que d'autres cathédrales en France, comme l'église d'Auch, sa sœur pontificale, diadème métropolitain de la vieille Gascogne ? Outre qu'elle ne possède pas l'absolue beauté de ces vaisseaux chrétiens, elle a perdu aussi la meilleure part de ce qui fait la première sple.ndeur des basiliques. Vous savez ces grandes verrières, dont rien n'égale la beauté solennelle, quand nul rayon du ciel ne descend au sanctuaire qu'après avoir été décomposé en reflets magiques , après avoir revêtu l'azur et la pourpre des vitreaux. De beaux débris de ce genre subsistent encore,jà Bayonne, au-dessus de l'élégante galerie qui entoure la nef; mais ceux du chœur ont disparu, et c'est là surtout que leur ab-

sence doit être regrettée. C'est surtout dans le choeur des basiliques, situé au soleil levant, que les flots de cette lumière étbérée s'infiltrant plus splendides, se projettent aux yeux des fidèles, et s'harmonisent plu$ merveilleusement avec les mystères sacrés que récèle et voile le sanctuaire (i).

(i) Ajoutoni k ce tableau d'ensemble «le la eatbtfdrale de Baronne qaeW qaes détails paJticuliect. L'église a i8o pieds de ]ong sur 60 de large. Je n'ai gnères vu d'église gotbique qui fui d'un plus grand mérite pour la perfection de ses fenêtcea ogivales. Les galeries et les fenêtres supérieures sont agencées de telle sorte qu'elles oc brisent pas, mais au contraire complètent la forme entière de chaque ogive, avec son aissortiment de rosaces y de trèfles , de colonnettesfadmirables. J'ai dit que les vitreanx n'existaient ni A l'abside, ni au transeps, ni aux fenêtres basses du côté gauche ; il 7 a pourtant du c^té de la porte de ce m^iue câ^é gauche ua superbe vitrail isolé et du temps de la Renaissance. La plus jolie des chapelles, adossée au chœur, est vis-à-vis ce vitrail près du crucifix, et du Vif me côté.. Le cloître eit incompariible ; m sis il faut se garder d*ottbIicr deux fonds de chapelles, aujourd'hui sapi objet, a la sortie de l'église au cloître k gauche. C'est un monument de scul^«lure dn i5.* siècle , et dvi plus h<iut intérêt. On y voit de beaux Anges, disposés en auréoles > agenouillés on débont , îouant des insfrumens ou portant des flambeaux. Bemarquea surtout avec leur robe flottaote , leurs longs cheveux , leur cou penché dans le genre mystiqne et touchant de 1^ peinture ehrétienne avant Bapbaël , remarques le joueur de tambour basque et le joueur de violoncelle. ( Ce type de l'effigie angélique dont je purle a un beau modèle dans Varcbivoltc du^portail de Saint-André , a Bordea^ux , j'observe ce fait ici en passant )• Quatre évangélistes de haut-relief, dont deux asses beaux, •ont débout à chaque extrémité de ces deux fbnds de chapelles. Des rinceaux et d'autres orneiiVeos analogues environnent ce travail , tont entier d'un beau caractère et a qui il nç manque qu'une destination.

Ces chapelles ont subi l'outrage du badigeon , contre lequel non-seulement les archéologues , mais tous les gens de goût ne cessent de réclamer. Les Anges et Jes Evangélistes sont plus on moins, aveuglés par le plâtre. 11 en est de m^me de ïa chapelle mortuaire qui a gardé l'elBgie de son évêqne; le pauvre prélat n'a plus guère forme )\uipaio« sous le linceul blanc dont on l'a revêtu. La grande porte latérale, du côte du marché, ouvre sa large ogive blanche et bariolée de jaune de la façon la plus disgracieuse. Gardes donc votre plâtre et votre chaux pour les jolies maisons de Biar-

Maisons et anciennes Habitations*

Il y a trois ordres de monument dans lesquels se manifeste le génie de l'architectiire moderne, les églises, les habitations privées, les palais. Entre les basiliques et les palais, ces deux classes isupérieures de l'architecture, l'archéologie doit assigner une place aux simples maisons, objet fragile, moins admiré, mais en qui surtout se révèle cet esprit national des époques, que l'architecture et les autres arts sont habiles à personnifier. Les maisons sont

rits , pour revêtir les Tillag'es ^teraellemrnt neufs <)n pajrs de Labonrd ; mats grâce pour lés vrais moDutoços , grâce au nom du goût , du boa sens y de la Beligion aolique et sainte. Mii^r. l'Evoque de Bayoone , dont on vante IVsprit distingué comme un ornement digne de ses vertus épis* copales > protégera sa vieille église contre cette hideuse manie du blanchissage , sous prétexte' de rajeunissement ; une église gothique , blanchie et jaunie , me produit l'effet d'un saint vieillard qui vient de tomber en eD<^ fance. Ne touches pas à Parche saiùte y à Part chrétien , artistes qui ne savez pas vous élever k sa hauteur, et qui n'apportez à cette grande œuvre que des vues mesquines , éphémères y qu*un fatal système de maladroites restaurations ! ^

Comme il est facile de le voir par les dimensions de ce volume y nous ne pouvons pas compléter cette revue des églises de 'notre département. Il y en a de très-remarquables, et d*abord sous le point de vue historique * l'église gothique d'Orthez fondée par Gaston lY , vers 1107, lorsqu'uprès la défaite de Navarrus , vicomte d'Acqs y par ce grand capitaine de Béaro y Orthes fut détaché de l'évéché d'Acqs et réunie à Lescar. La petite ville de Lembeye possède une fort belle église gothique ; les ogives sont ornementées ; on y remarque des écussons aux armes de Béarn , ainsi que des figures de princes et de princes^ analogues à celles du Château de Pau. La vallée d'Ossau possède plusieurs églises que l'on doit visiter • Arndy , Bielle et d'autres lieux. A Bielle , sont les coluuncs de granit rouge sur lesquelles il y a un récit bien connu. D'Augusse , Not. sur Ossauy p'. 19. Uans le pays Basquç , on visite celles d'UstaritSy de Biarrits , de Sainl^Jeau«de-Luz , etc.

aux églises et aux palais dans la même proportion que le tiers-état vis-à-vis des deux ordres supérieurs de l'ancienne société. Mais le tiers , maintenant devenu la nation , a laissé des traces profondes dans l'histoire, tandis que les simples habitations , considérées comme monuraens , n'ont point de bases durables. Trop vite elles disparaissent du sol qui les a portées; c'est pourquoi ce sont des nu>numens pleins d'intérêt pour l'étude, lorsqu'on les rencontre à la surface d'un pays.

Il y a dans le vieux Béarn , dans les fertiles vallées d'Aspe et d'Ossau, des habitations qui ont résisté aux attaques du temps et des circonstances ennemies. Le corps granitique des anciennes constructions d'Ossaii , est très-favorable au maintien de ces demeures séculaires. Je citerai le bourg de Bielle où l'on trouve des maisons portant des écussons aux acmes de Béarn , du plus ancien caractère , avec des inscriptions sous le millésime de ii i5 et de iiaS, maisons aux fenêtres carrées, anté-ogiviques , aux toits analogues; antérieurs aux toits aigus introduits par l'art gothique. Le pays Basque et même celui de Béarn offrent des châteaux très-bien conservés dont l'origine est fort ancienne et qui pourraient donner une parfaite intelligence de la vie intérieure du châtelain , seigneur ou vassal, au moyen-âge (i).

(i) Tel est eu particulier l'! beau château de Navailles | dans le Pont- Long, et d^autres que les voyageurs doivent explorer.

Quant aux habitations appartenant à la brillante époque appelée du nom de renaissance, remarquables encore par leur luxe chevaleresque, et servant d'intermédiaire entre de plus humbles constructions et la magnificence des palais, j'indiquerai deux monumens qu'il ne faut pas manquer de visiter. Le premier est l'hôtel de l'honorable M. d'Ândurain , à Mauléon en Soûle. !Nous. plaçons ici un dessin de sa belle façade , construite dans le goût le plus pur du temps qui suivit la renaissance ; elle donne une idée parfaite de cette architecture à-la*fois ingénieuse et si confortable, dont nos cités se peuplèrent au i6.« siècle. Deux cheminées du plus grand goût décorent les appartemens du rez-de-chaussée et du premier étage. Ce n'est plus, il est vrai , cette finesse d'exécution qui signale l'art au temps de François I." ; c'est déjà ce caractère moins primitif, mais plus sévère, qui annonce la venue du siècle de Louis XIV (i). Un souvenir historique et relatif à nos troubles de religion s'attache à cette maison ; elle fut bâtie par l'illustre prélat Maytie , premier évêque d'Oloron, après le rétablissement de l'orthodoxie sous Henri IV ; Arnaud MayJLie concourut à ce rétablissement par un zèle infatigable qui lui fit entreprehdre dix-sept voyages à Paris (a).

(i) Philosophie des arts du dcssio ; loc. cit. , p. 334 •

(3^ Noos avons rapporlë pins haat la circonstance relative à Maytie brisant h chaire d« calviniste Roussel, évê<|ae d*01oron. Les Maytie donne-

^ L'autre maison n'est qu'un débris ; elle est appelée la maison caiTée de Nay. C'est une façade sans intérieur, ayant trois étages formés par trois colonades superposées. L'élégance parfaite de sa triple galerie , le choix et la proportion de l'ordre entier, font de cette belle façade un objet digne d'étude. Son origine est fort incertaine. La tradition qui la désigne comme une maison de Gaston-Phœbus est erronnée ; Phœbus maçonnait des châteaux forts , et Marguerite de Navarre fut la première qui éleva des palais en Béarn. La brillante épouse de Henri II fut seule capable d'introduire dans ce pays l'ordre grec, cette ingénieuse architecture helleno-italique, que les artistes d'Italie avaient apportée et popularisée à la cour de son noble frère , le roi François I-**^

CliAleaa de Pau*

Gaston-Phœbus élevait des châteaux forts, Marguerite construisait des palais ; en disant ce mot, je viens de rappeler l'histoire du château de Pau. C'est un château , c'est un palais ; c'est un débris du moyen-âge, c'est une œuvre de la renaissance ; dans tous les cas , c'est un des

rent plutiecrs évèques au même siège , et I» famille basque si distinguée 90US tant de rapports , qui possède encore leur msùsoo à Mauléon , desceod de la même tige que ces prélats.

plus illustres monniiiens parmi ceux dont se glorifie le sol de France.

Vers le milieu du i o.® siècle , l'emplacement de la ville ile Pau n'était qu'un désert , un prolongement de cette lande du Pont^Long qui s'ouvre presque i\ la sortie nord de cette ville, s'étend jusqu!aux environs de Dax, et se joint aux landes de Bordeaux. Un des premiers princes de Béarn , voulant construire un château dans cette agréable position , acheta aux babi* tans de la vallée d'Ossau la portion dé terrain sur lequel Vd ville est située. Les gens d'Ossau consentirent à cette transaction moyennant certains droits honorifiques qu'ils se réservèrent à la cour des seigneurs de Béarn. Sur le terrain concédé on planta trois poteaux , en latin pâli » pour déterminer les limites de la concession. Le pi«u central désigna la forteresse qui fut élevée à sa place et appelée du nom de Châtoau du Pal , et plus tard Château de Pau. Cette origine a été conservée dans les armes de la ville, qui portent trois pals ; un paon , perché sur celui ,du milieu étale les couleurs changeantes de sa roue orgueilleuse , et désigne l'endroit où les seigneurs élevèrent leur premier château (i).

(i^ Sur toutes les circoDStances relaiives k cette traosaclion desOssalois, voir «n particulier la Notice publiée , en i838, par M. le comte d*Aa{|^osse sur la vallée d'Osaau , p. 39, 4< t 4^» 49 > ^^ * "^''^ ^* armes d*Osaaa ; époque à laquelle la vallée d'Ossau fut réuaie au Béarn ; droit de siéger au h«ut bout de la suite du Château, aux assemblées de la Cour majour; arrêt tolenael de i835 , par lequel la Coitr Royale de Pau règle défiaiti*

Laissons passer quatre siècles , la ville de Pau se former par diverses concessions des Ossalois , les vicomtes de Béam vivre et régner dans leur capitale, à Orthez, et remplir de leur gloire le noble château de Moncade; voici le i4** siècle et le véritable château de Pau qui s'élève par la puissante volonté de Gaston-Phœbus.

Cet illustre seigneur, vers l'année i35o, voulant, dit Froissart, construire un moult belchâtel^ choisit l'extrémité , à l'ouest , du côtead sur lequel la ville est située. Sa construction la plus extérieure consistait dans une escarpe revêtue de pierres de taille, et établie sur le coteau coupé à cet effet , excepté à l'est. Cette escarpe fut couronnée de créneaux et terminée par un mur d'appui. Un fossé , le ruisseau le Hédas et le canal du moulin , formaient une fortification naturelle sur les quatre côtés. Au-dessus de l'escarpe extérieure, Gaston établit une plate-forme, ou terre -plein, portant la base d'une seconde escarpe, et sur laquelle s'élevèrent les tours et les murailles du château* fort.

La forteresse se composait de quatre tours' et d'une cinquième adossée à l'escarpe inférieure , et dont le pied touche au ruisseau du

vement les droits de la va11é« sur le Pont-Long ; les Ossalois se faisaot justice contre un parc établi sur leur propriété par le rui de Navarre y Henri II ; ^t d'autres détails intéressans. L'auteur revient sur la mort du fundatenr du château, Gaston-Plitrbus , événement sur le<{uel il rapporte un récit latin de Bertraad £lie.

moulin. Un très-gros mur armé de mâchicoulis et de meurtrières courait de l'une k l'autre des quatre tours de l'enceinte ; c'était un rempart derrière lequel on pouvait combattre en assurance. Devant ce mur, un autre fut dressé jusqu'à la hauteur du premier étage, ménageant ainsi un chemin de ronde pour circuler à l'entour de la forteresse ; ce second mur subsiste encore et forme le balcon de la façade du sud. Une galerie resserrée entre deux murailles épaisses , armée de herses et de ponts-levis , a été détruite récemment pour préluder à la grande rénovation que le Château s'apprête à subir. Elle passait le long de la tour carrée , au sud , et joignait la porte Gassion ; c'était dans l'origine la porte unique de la forteresse.

Voilà une coirstruction vraiment modèle ; c'est l'architecture militaire du moyen -âge, du i3.« au 16* siècle, architecture à- la -fois simple et puissante , bien fille de ces temps où la chevalerie étendait sur toute contrée les mille mailles de fer de son inflexible réseau. Les tours sont inégales ; la plus grande , qui élève son front pittoresque et décotironné , est la tour carrée, en brique, et encore appelée du nom de Gaston ; elle était le donjon , la tour d'habitation , ordinairement placée au milieu de l'enceinte dont elle forme ici un angle méridional. Cette belle tour avait cinq étages , cinq chambres, sans cheminées, éclairées par six étroites

fenêtres découpées à trèfles et maintenant fermées. La cinquième tour , la tour de la Mon- ' naie, isolée au bas de Tescarpe extérieure, fut destinée, dès Torigine, à défendre le pont situé en face et dont il reste quelques débris. Les autres tours sei*vaient , sans ilul doute , aux emmagasinemens de siège et au service de la forteresse. Quelques traces ont manifesté dans celle de.Montauzet, au nord-est, le lieu où s'accomplissait la justice secrète et meurtrière des seigneurs, ce cachot des oubliettes, inévitable servitude qu'il faut toujours rencontrer dans un manoir féodal un peu complet.

Nous venons de décrire une forteresse redoutable ; un puissant chevalier lui a donné son empreinte, et elle semble porter sur chacun de ses bastions , la devise de Phœbus : Tocquojr si gaouzes. « Touches-y si lu l'oses. » C'est seulement sous Gaston XI, vers 1460, que la forteresse de Pau commença à devenir l'habitation du comte de Foix , alors roi désigné de Navarre.

L'intéressant ouvrage de Saget (i) expose comment Gaston de Grailly transporta son domicile à Pau. <K II en répara le château , il y comprit le beau Parc que nous y admirons encore

(1) Description du Château de Pau, par P. Saget, attaché au service de cette Maison royale ; Pau, i838 , s.* ëdit. Cette br. iir-S.* dé i5o p., est ce quM j a de plus exact et de plus complet sur la topographie du Château. £0 fSaa avait paru uae Notice historique sur la Ville et le Château de Fau > par Palfissou *, ce a'«st pas nae description.

et n'oublia rien pour rendre ce séjour digne de sa destination.» C'est lui qui construisit les parties nord et est de Tèdifice; ces constructions sont dénuées de beauté. D'une forteresse de guerre ) Gaston XI avait fait un château seigneu* rial ; Henri d'Albret en fit un palais de roi.

Ce dernier demeura fidèle au système de cons* traction de son devancier. Il ouvrit des fené'très dans le gros mur ; par derrière il plaça uu autre mur qui forme la façade du côté de la cour. Ainsi fut exécuté le pavillon de l'ouest, et surtout le remarquable bâtiment du midi. Les constructions de Henri II sont faciles à discerner; elles classent le château de Pau parmi les plus grands monumens de la renaissance. Du côté de la cour , les deux corps de logis élevés par ce roi se font admirer par la beauté de l'ornementation. Les artistes du i6.* siècle portèrent jusqu'au génie le talent d'exécuter les fiorissantes arabesques. A voir ces flots d'une capricieuse végétation , ces multitudes d'images fantastiques, ces traits délicats, fugitifs, cette grâce enchanteresse, habile à faire éclore les formes les plus variées au rapide contact du ciseau de l'artiste; devant ces merveilles légères d'un art renouvelé des anciens, on reconnaît l'école italienne introduite en France vers le temps de François I.*"*, et transportée en Béarn par la muse Marguerite, ingénieuse et noble sœur de cet illustre monarque. Aussi les arabesques et

les autres ornemens de cette partie du châtean ne le cèdent point à ce qui se voit sur d'autres constructions, souvent décrites, et dont l'histoire de l'art a consacré la célébrité (i).

I^ façade principale , que l'on peut appeler façade du balcon , n'est point illustrée par ce luxe d'ornemens; elle brille de sa propre beauté, si bien assise qu'elle est sur sa puissante escarpe, avec sa noble tour carrée, sa tour de Gaston , qui domine l'édifice et s'élève à l'angle gauche , ainsi qu'une aigrette chevaleresque , comme pour unir ensemble des époques si distinctes. L'art pittoresque aime ici à s-égarer entre le gothique et la renaissance , entre la chevalerie de Gaston-Phœbus et l'esprit moderne introduit par Marguerite de Navarre, propagé par Jeanne d'Albret , couronné par Henri IV , de France.

Puis, quelle admirable exposition que celle du château de Pau, lorsque la vaste ceinluie des montagnes resplendit aux feux du midi , oii bien, quand le soir mille accidens de lumière viennent diversifier, agrandir et quelquefois restreindre le paysage qui s'ouvre à vos regards ! Observez ce paysage un beau soir d'automne,

(i) l^ous aurions atiu^ a reproduire quelques arabesques parmi celles qui nous ont paru les plus exquises. Nous avons cboisi un fragment qnUl faut chercher pour le rencontrer ; c^est une très-petite frise d'environ deui pouces de largeur t (7 cent.) au-dessus de U a** porte a gauche; elle est malheureusement fort alte'rée.

tandis que le soleil, dans une majesté tempes* rée , se cache derrière les grands arbres dti Parc et sur la colline de Lescar. Des jets de lumière rouge se répandent sur les toits des villages , dorent les crêtes des feuilles, et semblent dor» mir sur les flots turbulens de ce beau Gave dont Tétincellant cordon divise la vallée pro* chaine. Â Thorison, les montagnes sont éclairées par de grands jets violacés qui , venus de Toccident, courent, se déplacent, se brisent, échan» gent avec caprice les accidens de la lumière et ceux de Tobscurité* Des vapeurs lumineuses en* vironnent le pic majestueux d'Ossau et semblent combler la creuse vallée qui conduit à la base verdoyante de ce géant des monts. Cependant, par un contraste qui saisit, les cimes des Hautes* Pyrénées, à Test, sont dans une obscurité douce; on dirait de beaux promontoires au-delà desquels commence la mer. Â leur pied , la vallée s'élargit et fuit devers Lourdes et la Bigorre^ De ce même côté , le fleuve sinueux se montre comme un serpent lointain , aux anneaux mo# biles et retentissans , à l'écaillé changeante d ar** gent et d'azur. Quelquefois , dans l'ardeur même du raidi , les montagnes d'Ossau paraissent reculer ; elles sont tellement baignées de moites vapeurs que leurs aspérités s'adoucissent ; les Pyrénées semblent alors comme un crystal tranSf* parent qu'un léger contact, émané d'une vo^ lonté surhumaine, pourrait briser. Il est des

soirs où Ton voit Fombre s'étendre sur le premier vallon des deux côtés du fleuve, et la lumière reste derrière et continue de dorer les crêtes lointaines. Soudain , un flux de clarté revient au premier plan; ce sont des nuages légers , blancs comme la neige et comme elle épars à flocons sur le bleu du Ciel. Alors les sommets plus rapprochés, les arbres, les villages et le fleuve se détachent et apparaissent sur le fonds obscurci. Les nuages déteignent sur les eau3t rapides du fleuve qui passe tour à tour par l'échelle des couleurs, rose, violet, bleu et jusqu'à l'argent mat, quand ce foyer intarissable de rayons a subi ses mille dégradations, pour se fondre et disparaître dans les ombres de la nuit.

Ce moment est l'heure d'une autre beauté. IjSl lune s'empare à son tour de l'horison désert; elle arrive sous le profond azur avec son cortège d'astres étincellans, et alors commencent de nouvelles scènes, des images plus pénétrantes, quand l'astre des nuits prodigue et nuance sa clarté sereine sur les quatre parties dont se compose toute la beauté terrestre , la verdure , les eaux , les montagnes et le Ciel.

Il y a aussi des aspects d'hiver dont le crayon du peintre, ou l'imagination de celui qui n'a pas reçu l'instrument de l'art , aiment à fixer le souvenir. Mais j'aime mieux qu'un souvenir historique achève ici pour nous cette fugitive con-

templation d'artiste. Qui n'aimerait à se représenter la mémorable journée du i3 décembre i553, quand le digne monarque Henri II parut au grand balcon du château , et présenta aux Béarnais le petit enfant que la lionne d'Albret^ sa fille, venait de lui donner? C'était peut-être par une de ces tièdes journées qui prolongent la saison d'automne sous le beau ciel méridional. Combien ce joyeux événement dut-il être salué par les acclamations d'un peuple généreux ! Tout le pays d'alentour prit sa part à la joie du peuple de Pau. Gelos, éparpillant sa ligne de chaumières le long du fleuve et sous les plus voisins coteaux; Jurançon, qui avait apporté son bon vin pour fortifier les lèvres et le cœur de l'enfant ; tous ces beaux villages de Béarn qui semblent rangés comme des satellites autour du Château national ; Aspe et Ossaii , ces deux populeuses vallées, pleines d'un ardent courage et d'un égal dévoûment; tous ensemble durent saluer l'enfant Béarnais, celui que le Ciel réservait pour être le père de la France et l'aïeul des Rois (i).

(i) Plus haut, en disant que Henri IV est n^daas la cbamhre àa second, l'ai suivi la tradition généralement reçue dans le pays, tradition déjà rapportée vers 1700, dans le Mémoire de M. Lebret. Cette même chambre y au second , fut toujours regardée comme la chambre de Jeanne d'Albret. C'est là qu'étaient les meubles k son usage particulier, ainsi que son portrait» qui furent brûlés devant le département^ en 1793* Cependanf , selon Favjrny lorsque Jeanue arriva pour faire ses couches , Henri II l'aurait fait placer au premier, et la elle serait accouchée. II y aurait à rappeler bien des choses intéressantes sur la coquille de tortue qui fui le berceau d'Henri IV. Tout le monde sait ici comment cet objet vénérable fut conservé par -le sèle et la prudence d« trois dignes Béarnais qui substituèrent une coquille

Quoiqu'il en soit de ce que nous venons de dire sur la beauté des édifices postérieurs à la première construction de Gaston -Phœbus; mal' gré les classiques élégances dont Marguerite de Navarre a festonné le beau palais de son époux Henri II , c'est encore le siècle de Phœbus que l'imagination préfère lorsqu'il est question du château de Pau. Là, dans cette œuvre impérieuse du plus grand souverain de ce pays , qui n'aime à retrouver la plus belle époque de la grandeur béarnaise ? C'est aussi pourquoi de toutes les parties du château, la grande tour carrée, la tour de Gaston apparaît comme le centre vivant de la construction toute entière*

Si y çn effet , de la tour de Gaston on prend un vol d'oiseau par deux routes opposées, on trouvera deux autres tours de même forme , qui représenteront de nouveaux débris de la puissance de nos vicomtes , et qui parleront encore de la gloire et des faits mémorables de Gaston- Phœbus*

parfaitement lemblable au berceau de Henri % réclamé pour la destruction comme un monument de la vieille tjrraonie. Voir Notice sur la conservation du berceau d*Henri IV, par le marquis de Cbesnel ; Pau 1818. Ces détails se trouvent aussi reproduits dans la brocbure de Saget, p> 96* Nous aurions aimtf à les redire; mais sur ce point 9 comme sur beaucoup d*autr«s y les bornes de ce livre nous captivenL Dans un ouvrage spécial nous pourrons donner plus tard beaucoup de détails que nous devons nous interdire ici , sur des faits qui ont eu plus ou moins de retentissement local, nuis qui n*ont pas tous été recueillis par l'histoire.

Le premier de ces deux monumens se rencontre à Montaner, aux limites du Yic-Bilh ; c'est une tour carrée , en briques , et qui domine toute la contrée. La tour de Montaner est Tunique débris, d'un château jadis célèbre et fondé par Gaston-Phœbus. Long-temps ce château fut le boulevard du Béarii avec celui de Pau ; il a été témoin de beaucoup d'événemens que l'histoire de ce pays n'a point oubliés.

D'un autre côté , à Orthez , sur la colline qui règne sur la cité , au nord-ouest, vous avez le châ^ teau si bien appelé le château noble , construit par Gaston YII de Moncade, en i^Lfi. Durant trois siècles, le château de Moncade fut la résidence de nos souverains ; il vit les pompes , les crimes et la mort de Phœbus ; il reçut Froîssard et étala devant lui les fêtes merveilleuses décrites par l'incomparable chroniqueur. Eh bien ! ^e qui reste du château de Moncade , c'est aussi une tour carrée , moins spacieuse , mais plus ancienne que celle de Pau ; elle est là debout sur la colline, comme un lien vénérable entre le passé et l'avenir; elle rappelle que cette ville active, industrieuse et toute moderne, cheflieu du 3.^ arrondissement des Basses-Pyrénées , est encofe l'antique cité qui fut le centre et la capitale du Béarn (i).

(i) En citant ici la tour de Moncade d'Orthes, il ne faut pas oublier le pont atec ses quatre arches, dont trois sont de très-hautes ogives. Au milieu de ce pont s'élève | à une baatear de la mètres , une tour de forme

Pourquoi faut-il qu^un monument comme la tour de Moncade ait été si long-temps l'objet de renaissantes dévastations ? Pour satisfaire aux exigences de la maçonnerie, la vieille tour, la couronne d'Orthez , voit chaque jour arracher quelqu'un de ses fleurons ; déjà elle a perdu près d'un tiers de sa hauteur. Une ville entière ne saurait-elle intervenir pour la conservation du monument qui fait sa gloire? Ne pourrait-on pas laisser faire au temps , lui qui s'acquitte si bien du pouvoir destructeur qu'il a reçu de la nature , le temps qui brise chaque jour quelqu'un des anneaux par lesquels le présent se convertit en postérité?

a Oh ! disais-je quelque part et je puis bien le redire ici , veillez sur vos monumens , ils sont la propriété des générations; veillez sur eux, car ils sont les vrais titres de vos cités et la tradition patriotique de vos aïeux; respectez ces nobles ruines qui parlent si éloquemment dans leur abandon » (i). £t en particulier puisqu'il s'agit ici du château de Moncade , qui a disparu comme l'église des jacobins dont nous pariions dans ce même chapitre ; puisque le palais des

assex irr^galière ^ doojb un parait ignover rorigine » maU sur laquelle il y a une tradition historique dont il a été questioo au sujet de la prise de la ville par Moatgommery. Le pont et la tour sont antërteurs à IVglise de Saint-Pierre, d'Ovtbca. On en ]uge par un relief sculpté à la clef de Toiite de cette église , et qui représente le pont d*Orlhei , tel qu'il e:iListe encore avec ses arches et sa tour.

(i) Philosophie des arts du dessin y p. 390.

seigneurs est allé avec leur sépulture, conservez du moins la tour solitaire qui a survécu à tant de ruines. S'il y a là peu de chose pour la pratique de Tart, il y a beaucoup pour le souvenir. Une grande histoire est écrite sur ce monument ; ses pierres sont mortes , mais elles vivent par l'intérêt qu'elles éveillent; elles rappellent les- longues races des aïeux qui ont senti, palpité , aimé , qui ont vécu, qui ont disparu sous leur ombre.

Dans les plus antiques civilisations, il y avait toujours un palladium , je ne sais quel objet sacré auquel était attaché l'espoir de la patrie, et qui était regardé comme inséparable de ses destinées. Ne pourrait-il pas exister aussi quelque chose de ce superstitieux respect pour les débris qui ont défié l'efFort du temps, et qui, même dans leur ruine, demeurent encore sur le sol pour instruire les générations présentes , et perpétuer la mémoire de celles qui ne sont plus? (i)

(i) Dans cette revue monamentale » j'aurais pu rappeler le château de MauléoQ dont plnsiQurs parties sont anciennes , et dont j'ai eu lieu d'admirer l'inaccessible position parmi des montag^nes riches et verdoyantes. Mais je n'ai guère trouvé que d'incertaines traditions sur les origines de celte cité basque. Mauléon en Soûle y comme Mauléon en Poitou, évidemment m«r<wais lion f doit receler quelque souvenir d'un méchant chevalier, intré» pide comme un lion y qui aurait désolé la contrée. Une montagne voisine, nommée Mataléon , est-elle le lieu où le félon aurait été vaincu et immolé, mactatus leo ; c*est ce qui ne saurait être affirmé malgré les suppositions locales et quelques vagues indications écrites. Toutes les recherches demeureot k faire sur cette ville et .sur ce château.

Monnaies Béarnaiset (l).

IT sait que la cité de Morlàas , après Lescar et avant Orthez , était la capitale du Béam et le séjour de ses premiers -vicomtes. Ils habitaient leur antique palais de la Hourquie ; là était fabriquée la célèbre monnaie de Morlàas. La souveraineté béarnaise se montre dans la perpétuité du droit de monnayage entre les mains des vicomtes. Sous le règne de Saint -Louis, les ba-

<!)«»«, Hiitoire du Ban, f. 3o6. Figtt de Emit, Eiul Biitniqu, p. 87.

rons des terres de France ne purent plus frap^ per que des monnaies au-dessous de l'argent. Vers le milieu du i/^S siècle, on ne connaît plus en France que la monnaie du monarque ; le Béarn conserva la sienne et put regarder comme étrangères celles des autres états dont il tolé-* rait seulement la circulation.

La monnaie de Morlàas est mentionnée pour la première fois dans la charte de fondation du monastère de S.^-Séver, donnée par Guillaume Sanche , duc de Gascogne , Fan 980. Ce duc octroyé cent sous d'argent de la deniers pièce ^ pour l'indemnité de ceux dont il achetait le fonds ; il ordonne aussi que l'abbaye paye annuellement cinq sous morlàas à Saint -Pierre de Rome. Sous CentuUe-le-Vieux , l'an 1000, on trouve dans les chartes de Fabbaye de Luc une fondation de vingt sous morlàas , en faveur de la dame Auxilia.

Parmi les nombreuses dotations que CentuUe IV et ses successeurs accordèrent à l'église S.**- Foi , on voit figurer la dixième partie des droits des vicomtes sur la fabrication de la monnaie qui se frappait à Morlàas, ce qui prouve que la monnaie de Morlàas était une possession do la maison de Béarn. On trouvait encore dans le cartulaire de S.^^-Foi un acte singulier qui montre l'antique origine des monnaies béarnaises , en même -temps qu'il jette un nouveau jour sur le régime d'inféodatiou universel à cette époque*

Geraud , le monnayeur , avait acheté de Centulle IV Toffice de graveur de la monnaie pour lui et sa race, à perpétuité. Après la mort du seigneur , son successeur Gaston conteste la vérité de l'acquisition; mais le monétaire l'ayant prouvé par l'expérience du fer, le vicomte lui confirme la possession perpétuelle de l'office, moyennant la somme de cent sols. Le possesseur consacre la dixième partie de ce fief au couvent de S}^- Foi.

La monnaie de Morlàas, durant tout le moyenâge, eut un cours régulier dans toute la Gascogne, et elle était généralement préférée à la Uvre tournois. Il existe une remontrance de l'évéque et de la ville de Bazas , en i aSg , adressée au roi d'Angleterre , duc d'Aquitaine , dans laquelle on demande le libre cours de la monnaie de Morlàas dans le pays de Bazas , attendu que cette monnaie était moins soumise que toute autre aux altérations trop ordinaires dans les autres pays, son titre ne pouvant être modifié sans la volonté des états, par la réunion des évéques, barons et communautés (ij.

Bien plus tard , François L®' , pour complaire à son beau - frère Henri d'Albret , permit d'introduire en France la monnaie de Béarn. Alors

(i) Licet moneta Morl. sit et fuerit priticipaliler nobilis vùri Dom. Gaslonis f vie. Benrn., et pradecessorum suorum 'pse ^ tameii , tue minuere nec augere sud volimtate , niai assensu pralatorum , baro' Hum , communitatum, Marca , p. 3ii.

on compara la livre de Morlàas k celle de Tours, et l'on trouva que la première avait une valeur triple au-dessus de la seconde; c'est pourquoi sous le même Henri 11 nos monnaies furent baissées au même titre que les monnaies françaises. Henri IV confondit les unes avec les autres alors qu'il absorba et France , Navarre et Béarn ( i ) .

Dès la seconde race des rois de France, l'usage du portrait royal disparaît sur les pièces françaises ; il persiste en Béarn , mais avec des traits vagues et peu caractérisés. Autour de la tête on lit : GasL Vie, et Dom. Bearn ; et au bas , à l'exergue : Honor furc. Morlan. (a) Au revers , une main était gravée tenant un glaive couronné dont elle sépare deux vaches , avec cette légende : Gratiâ Dei sum ici quod sum , rap-

(f) An l4** siècle, le soo Morlàas ^tait la vin^tiènie partie cle la livre morlanne. C'était la même division qu'eo France*, mais la livre morlanne valait trois tournoies. Le ardit correspondait au liard ^ et formait le quart du sou. Une dernière subdivision ^tait la baqnelte (petite vache), monnaie de bon alot, qui paraît être analogue aux anciens deniers tournois. Il j avait encore d'autres monnaies courantes. Si du reste on veut obtenir nn tarif complet des noms et de la valeur des monnaies en Béarn , de leur valeur en monnaie tournoisc , on en trouvera , sous la date de 14^9/ un état fort complet aui archives de Pau. Registre du dénomb ., n,* 200 ^ liasse 55.

(s) Furcinf Morlani, La Hourqnie on Fourquie de Morlàas. Il 7 a beaucoup d'obscurité sur Porigine de ce mot. Marca conjecture que c'était l'ancienne maison des seigneurs de Béarn. Dans un rescrit du pape Urbain Il , il est dit que l'église de Sainte-Foi est dans le comté de Béarn, dans la ville nommée Fitrcas. Le chitean de la Ilourquie était assis non pas. comme on le pense , à la place du marché qui porte encore ce nom , mais au lieu qui avait » au temps de Marca , retenu le nom de vieille Ilourquie. Ce château parait avoir été démoli vers ia4oylor8 du transport d« la maisoft vicomtale de Morlàas à Orthei.

pelant que les seigneurs de Béarn ne jelevaient que leur épée et de Dieu (i).

A quelle époque la monnaie de Morlàas cessât-elle d*avoir cours ? Sous le roi de Navarre Henri II , nous trouvons cette monnaie de Mo^ làas existant concurremment avec celle de Pau. Un acte de François I." ordonne que l'essayeur de Bayonne, dont l'atelier monétaire avait été institué en i488, fera divers essais dans trois hôtels des monnaies de Pau , de Morlàas , de Saint-Palais. I^ livre Morlàas fut trouvée avoir une valeur réelle triple de la valeur Toumoise, et , par suite de cette évaluation , Henri II de

(i) Il faat croire ({ae les ancieoiies pièces MurUnes étaient raret même an temps de Marco; car cet auteur y eu rapportant riadicalioD qui procède y ne se foade que sut « une pièce dWgent qui lui est tombée entre les mains. » J*at fait des efforts pour réunir les élémens d'une numismatique de Béarn et de Navarre ; mais les résultats m*ont peu satisfait. J'avais toutefois préparé une planche Uthographiée qui aurait été composée ainsi que je vais dire : i.° Trois pièces Ihéiiennes, que l*on m'assure avoir été recueillies dans le pajs , circonstance qui peut confirmer l'originelle identité de l'Aquitaine méridionnale et des nations Ibériennes. Ces pièces ne sont point éditées par don Erro ^ dans son curieut ouvrage sur l'alphabet Ibérien publié en 1806^ Mais don Erro, en interprétant par le basque et .par un alphabet primitif les monnaies Ibériennes, ne paraît point en avoir reconnu qui puissent se rapporter à notre région des Pjrénées. Les monnaies ibériennes très-belles et d'une parfaite conservation ne peuvent guère remonter h. des temps aussi reculés que le supposerait le savant espagnol, a." Une médaille sarrasine en or. Serait*ce un débris de la grande invasion du 7.** siècle ? Les compagnons d'Abdérame auraient-ils laissé sur notre sol > avec leurs ossemens consumés , ce souvenir plus durable de leur passage et de l'extermination qu'ils ont subie dans nos contrées ? 3.^ Quatre |>etites médailles d'argent , sans doute béarnaises. Les tètes sont bien conservées ; mais l'impossibilité de . lire la légende nous interdit toute con- |ecture pour l'interprétation de ces figures. Où trouver les véritables traits de nos anciens vicomtes ? Les empreintes qui se voient sur U façade

Jfavarre ordonna que lea espèces de Béaro seraient converties au titre de France.

L'admiiiîstration des monnaies exerça une haute importance en Béarn, lorsque Henri 11 transforma Fancienne Cour Majoiir en un Conseil Souverain ; il établit aussi , à Pau , une chambre des comptes ayant une vaste juridiction , et dont les pièces nombreuses forment une grande division de nos archives. En 16249 Louis XIII réunit la chambre des comptes de Nérac à celle de Pau ; et Louis XIV, en 1691 , fit de cette compagnie une chambre particulière du parle*

intérieare in cbAteau n*ont poiat été expliquées par la traclition. La Per»riere « dans son Histoire des comtes de Foix , donne bien tous les por^ traits ; mais Dieu sait avec quel scrupule traditionnel ! Vous y verriez le jeune roi François-Pbcflbus , (qui mourut avant Vâge de so ans,) sous la figure «l'un bourguemestre bollandais, avec une barbe qui lui descend sur la poitrine. Ces quatre médailles n'ont point d'emblèmes de Béaru ; mais au revers une croix cantonnée de besant ou d'annelets , comme dans beaucoup de monnaies seigneuriales des ii."* et i s.** siècles. — Un Centullo Cûmiti f bien conservé et sans portrait, s'ajoute k cette série. 4-° Deux petits deniers de cuivre asses frustes , l'un portant la vacbe couronnée du Béarn; l'autre, offrant le cbiffre de Jeanne d'Âlbret entrelacé avec celui ^Antoine de Bourbon, en mémoire du mariage de ces princes. 5.* Uue pièce d'argent plus large qu'un écu de six livres , portant à l'exergue l5of« montre deux personnages | Ludovicus Marchio et Margarita de Foix , deux époux en regard ; au revers , au aigle éplojré tient dans ses serres le double écusson de Foix et de Béafn. 6.* Jeanne d'Albret est repréo sentée sur une pièce de la valeur des pièces de 3o suis ^ frappée à Pau, image disgracieuse qui ne permet guère de s« faire d'illusion sur la physionomie de cette reine qui peut bien avoir eu , comme le dit son apo-* logiste d'Aubigné , des qualités viriles , mais qui posséda peu celles du eœur et moins encore celles de la figure* La devise béarnaise : Gratid Dei id sum quod sum , se lit autour de cette médaille. 7.* Une plus petite , et représuntant Louis XIV enfant a été aussi frappée à Pau , et re<* présente an revers le triple écusson de Fraoce , Béarn et Navarre y danf une parfaite intégrité.

ment de Navarre. La juridiction de cette chambre du parlement se combinait avec celle de la cour des monnaies de Paris ; les attributions de ces deux cours étaient marquées , mais non sans quelque confusion. Ce que Ton peut dire de plus clair, c'est que les fabricans étaient justiciables de la cour des monnaies , tandis que le parlement connaissait de ses préposés et de la conservation du domaine. On sait comment l'ancien corps des généraux des monnaies avait formé sous les rois cette cour souveraine qui fut unique jusqu'à l'institution de celle de Lyon, en 1 704. La chambre des comptes de Navarre disputa long- temps la juridiction de la cour des monnaies , de ses prévôts , de ses généraux provinciaux. Ces entraves furent détruites en Î775, quand le parlement de Pau fut rétabli , après dix ans d'exercice d'un parlement intérimaire. Alors la juridiction des monnaies fut enlevée au parlement, et lé tribunal administratif et judiciaire institué près de Thotel des monnaies à Pau , ne releva plus que de la cour de monnaies de Paris, jusqu'au moment où la révolution vint faire tomber d'une chute commune toutes les institutions de l'ancien régime (1).

(1) En 1775 , la charge générale provinciale de la juridiction de Pan ^Uit poM^J^e par M. Picard. Je dois à Tobligeance et à la fidèle mémoire de ce respectable béarnais f sans doute le dojon des fonctionnaires imblies da département , plusieurs des détails qui précèdent ; voir aussi BOX archives, papiers de Pintendaace.

Ainsi Béarn et Navarre ont perdu leur prérogative de frapper la monnaie du roi. Celle de S.' -Palais, dont les précédens durent exister à Pampelune, ancienne capitale de la Navarre, avait été réunie à celle de Pau, en 1772. De ces célèbres ateliers, il demeure à peine un souvenir. Depuis que les anciennes pièces ont été retirées et fondues au profit de la monnaie décimale, quelquefois, au lieu de la lettre insignifiante qui désigne les autres ateliers monétaires de la France, la vache béarnaise trahit une pièce frappée à Pau. L'écu à la vache porte bonheur, est -il dit dans le pays; et cette opinion , ( peut être un souvenir patriotique de la vieille indépendance,) a franchi les limites de notre sol ; c'est un proverbe assez répandu. Les habitans de Pau peuvent se plaire à considérer la ligne de maisons qui règne le long de lescarpe inférieure; ces constructions phis récentes ont remplacé les ateliers. La tour du moulin , comme survivant à sa propre destinée , est debout encore, seule et ne se souvenant guère de la large roue de son laminoir , pas plus qu'elle n'a conservé la trace du grand Gaston -Phœbus, qui en avait fait un bastion avancé contre les ennemis qui pouvaient lui venir de par delà les Ports, devers la Navarre et l'Aragon. La chevalerie et l'industrie ont laissé l'une api es l'autre leur empreinte sur cette vénérable tour. Ainsi , les monumens subissent leurs révolutions à tra-

vers les siècles; pour eux commence la dernière péripétie alors que parvenus à Tétat de débris , ils viennent à subir Foubli des générations qui passent sous leur ombre et se demandent avec indifférence ce que furent ces vieilles ruines en leur temps.

Biographie Béarnaise, deui grands Homnics de guerre et de politique, un Maréchal de France et un Roi.

PRJrs avoir, dans les chapitres qui précèdent , parcouru sous le titre de dissertations les divers objets qui peuvent appartenir à rintérèt de cette histoire, devons-nous la clore sans rien dire qui concerne la biographie de notre région ? Il est bien vrai que la biographie historique d'un pays se trouve, en général , dans l'histoire même de ce pays; et, sous ce rapport, c'est une partie qui manque pas à notre ouvrage. Cependant , il y a des hommes illustres dont la carrière s'est répan-

due aii-dehors, et qui n'appartiennent au sol qui les vit naître que par le retentissement cie leur gloire, par cet orgueil maternel que leur cité natale en a recueilli', et aussi par le sentiment qui perpétue en eux, au milieu même de leur gran* deur, le souvenfr de leurs premières années. Notre province a produit plusieurs de ces kooimes qui ont concouru à son illustration par leur propre renommée. Nous voulons parler en particulier ici de deux grands guerriers , l'un qui est entré dans la postérité depuis près de deux siècles ; l'autre qui , dans son âge avancé assiste aujourd'hui à la consécration de sa gloire. Le premier est Gassion , l'autre Bernadotte , deux enfans de la principale cité de Béarn » deux héros qui se ressemblèrent trop par le génie, par le caractère, et, sous divers rapports, par la destinée, pour qu'il n'y ait pas quelque intérêt à rapprocher leur histoire. Que ce fragment tienne donc lieu ici d'une troisième section qui aurait eu pour objet la biographie béarnaise , et que les limites que nous nous sommes prescrites ne nous ont pas permis d'entreprendre.

«ASftlON (1).

L'hôtel de Gassion , le plus ancien de la ville de Pau, le plus remarquable par la beauté du

(i) Pour cet article sur Gassion , Je me suis servi d'un travail plus développa , r^dig^ par M. Gustave de Lagrèze , jeune mag^islrat ( fils de l*bonorable conseiller dont il est parl^ a la fin de ce chapitre), qui consacre à la culture des lettres les momens que peuvent lui laisser les inipurlantcs attributions du parquet. CVst à son beau incdailler que nous devons tes principaux él^mens de numismatique béarnaise rapportes plus haut.

site et Tintéret des souvenirs , n'est plus maintenant qu'une prison ! Cette demeure , aujourd'hui flétrie par les verroux et distribuée en cachots où gît le rebut de la société , fut jadis celle d'une des plus nobles , des plus brillantes maisons du Béarn. Sa famille était , suivant les uns, de bonne noblesse d*épée; suivant d'autres, de simple noblesse de robe , ce qu'il paraîtrait de nos jours aussi futile de rechercher , que l'on y attachait autrefois d'importance.

Elle était belle et nombreuse. Le père , Jacques de Gassion , était président 9>u conseil souverain de la province ; son fils aine se destinait à le remplacer dans sa charge. Notre futur maréchal de France était le 4** ^^ 1^ famille ; le 5.*, aussi zélé catholique que son frère le maréchal fut toujours zélé protestant , était docteur en Sorbonne et évêque d'Oloran,

Jean de Hontas ( c'est le nom que le maréchal <Ie Gassion porta dans les premières années de sa vie), naquit le ao août 1609, Son éducation fut commencée par les jésuites de Pau, qui , apercevant dans cet enfant les germes d'un génie supérieur , cherchèrent inutilement à le conquérir à leur ordre ; il l'acheva auprès des barnabites de Ticscar. Un penchant irrésistible l'entraîna vers la carrière des armes. Le père s'y opposa long- temps. Les succès littéraires de son fils lui donnaient l'assurance qu'il réussirait . dans la robe , tandis qu'en courant les chances

de la guerre, son avenir était douteux. Hontas était bien jeune , mais sa volonté était arrêtée : il essaya de vaincre la résistance paternelle. Il y réussit après de longues instances. Son père était trop sage pour laisser ses fils se jeter im* prudemment dans un état qui pouvait ne pas leur convenir; mais il était trop raisonnable pour contrarier des goûts bien prononcés. Il céda aux désirs de Hontas , et lui recommanda de ne reparaître devant lui qu'après avoir recueilli quelque gloire. « Sachez , ajouta-t-il , que » vous m'aurez pour le plus grand ennemi si » vous manquez de cœur, et que je serai le se* » cond de tous ceux que vous pourrez quereller » mal à propos. » Hontas était heureux : son désir long- temps irrité par l'obstacle allait s'accomplir; il partit, mais ce ne fut pas sans verser des larmes qu'il dit adieu à son pays et à son père.

Quelle vie aventureuse il allait entreprendre ! à travers combien de périls il allait s'ouvrir la route des plus hautes dignités militaires et mériter une place à côté des plus illustres braves !

C'est en Savoie , auprès d'un Béarnais et d'un parent, M. de Vignoles, que Hontas alla faire» en 1624 , ses premières armes. Dès que la paix fut conclue, le prince de Piémont voulut inutilement retenir ce jeune homme, impatient de courir à de nouveaux dangers. Le bruit des armes s'était fait entendre du côté de la France.

I^ duc de Rohan s'était déchté chef des huguenots , Hontas accourut sous ses drapeaux.

Uu jour la compagnie dans laquelle il servait est assaillie par des forces supérieures ; le lieutenant de Hontas blessé à mort , écrasé par le nombre, insiste pour qu'il se sauve. Notre béarnais répond qu'il n'est pas venu avec lui pour s'en retourner sans lui. Il ranime les soldats par sa fermeté , étonne les ennemis par son courage et ramène son lieutenant, qui expire en arrivant au quartier et lui transmet ses épaulettes.

Chargé d'assurer la retraite du duc de Rohan , an pont de Comerets, il est blessé après avoir tué huit ou dix hommes qui le serraient de près. Le duc désirait qu'on le mit de suite en sûreté : <k oh ! je vous suivrai , dit le Béarnais , x> vous n'allez pas si vite dans vos retraites. » Bientôt son espoir de rencontrm^ une grande bataille fut trompé ; à sa grande désolation, la paix d'Aletz fut conclue, les troupes congédiées. Il lui fallait des combats ; les hostilités avaient recommencé en Piémont, il prit le parti dy retourner et daller rejoindre M. de Vignolles; mais la guerre ne fut pas de longue durée. Furieux de voir que dans ce pays la paix et la guerre se succédaient si rapidement, il résolut d'aller en Allemagne servir sous le roi de Suède , un des plus grands capitaines de son temps.

Le roi de Suède^ Gustave-Adolphe, était campé à Yerben , place sur l'Elbe. Non loin de là se

trouvait Tannée ennemie de Tenaperenr, com-* mandée par Tilli. La renommée de Gustave avait attiré auprès de lui des braves de tous les pays , jaloux de se former à Técole d'un héros. Un jour , il se promenait sur le rivage : il était seul, et s'était séparé de sa suite pour donner plus de liberté à ses pensées. Après avoir erré quelques instans, livré à ses rêveries, il aperçoit sur la grande route dix à douze passans qui venaient du côté de Hambourg. A leurs vives allures, à leur conversation joyeuse et bruyante, il se douta bien que ce ne pouvaient être que des jeunes gens avides de voir son armée ou de s'enrôler sous ses drapeaux. Il envoie au-devant d'eux : ils n'entendaient pas l'allemand et ne pouvaient se faire comprendre. On les amène en présence du roî qui les interroge en latin. Alors le chef de la petite bande, Hontas, lui dit : « Sire, V. M. ne voit dans cette troupe » que des Français que le bruit de votre nom » a fait sortir des Pyrénées et attirés ici pour » vous offrir leurs services; quand il vous plaira » de les mettre en besogne , elle verra ce que 3» nous savons faire en la servant. »

Hontas ne tarda pas à trouver l'occasion d'être remarqué et apprécié par le roî. Dans une action assez vive contre Pappenheim, il reçut plusieurs coups de sabre. Etonnés de son courage, les impériaux exécutent une décharge ; le cheval de Hontas tombe percé de balles et lui-mêoie

est renversé par tleuK coups de mousquet. On le croit mort , cette erreur lui sauve la vie ; on s'éloigne, il reprend ses sens. Il oublie ses blessures pour n'écouter que son courage. Cest un cheval , ce sont des armes qu'il lui faut ; aussitôt il a tout trouvé. Deux cents hommes lui sont confiés par le roi ; bouillant d'ardeur, avide de vengeance , il poursuit l'ennemi , saisit ses canons et consomme la victoire.

Comme la langue de l'armée dans laquelle il servait lui était étrangère, il avait peine à transmettre ses ordres qui devaient être plutôt devinés que compris. C'est pourquoi le roi de Suède consentit à son vœu le plus cher, il lui permit d'aller dans sa patrie former une compagnie d'hommes d'élite à son choix. A peine de retour en France, le Béarnais s'empressa de revoir son pays natal. Il réunit, à Paris, un assez grand nombre de cavaliers à qui il donna rendez-vous en Allemagne. Cinq cents Français bien choisis et bien montés se rencontrent à Nuremberg avec Hontas ; Gustave en fut enchanté , il lui donna mille rixdalers : le pauvre cadet de Béam en avait grand besoin , mais cela ne l'empêcha pas d'être fidèle à son habitude de tout partager avec ses compagnons , content de multiplier des exploits que les biographes ont recueillis , et sur lesquels nous ne saurions nous arrêter.

Au siège d'Ingolstadt , il fut terrassé du mênoe

boulet qui emporta la croupe du cheval du roi ; sans songer à ses blessures , il fut le premier qui aida le prince k se relever. Gustave se décida à lui promettre un régiment avec le choix des soldats, même parmi ses gardes. Que de fois il lui arrivait de se laissa emporter par l'ar^ deur de son courage! Dans une tentative contre

Wallenstein , son cheval fut tué ; lui-même est

Jeté à terre , foulé aux pieds , reconnu par l'en^ neoii, et fait prisonnier. Le voilà entre deux cavaliers chargés de le garder. Il n'avait pas 4'armes; il arrache un de ses éperons, s'en sert en guise de poignard, tue un de ses gardes, prend son épée , saute sur son cheval et se sauve malgré une grêle de balles qui sifflent autour de lui sans l'atteindre.

A la bataille de Lutzen où le roi de Suède fut tué , le désespoir de Hontas faillit lui coûter la vie. Qui n'a senti combien une vive douleur est capable , en doublant le courage , de précipiter un homme généreux au milieu des dangers pour y chercher vengeance ou pour y laisser une vie qui dans ces momens pénibles parait à charge ? Notre Béarnais , dont Tàme était pleine de l'affection la plus vive pour le héros qui l'avait aimé et protégé , cédant aux violens transports qui l'agitèrent, fit des prodigues de valeur. Trois chevaux furent tués sous lui à cette bataille. Le duc de Weimar étonné de tant d'intrépidité lui fit un accueil honorable.

Ce fut alors que Hontas prit le titre de colokiel de Gassion.

Son ardeur ne se ralentit pas ; dans une circonstance, l'ennemi voulait le surprendre dans un château où il se trouvait; mais notre colonel l'arrête, le repousse; et, par une sortie auda* cieuse, s'empare d'un nombre considérable de chevaux qui lui servent à tnonter son régiment. Dans une autre action, il reçut, au côté, une grave blessure qui ne l'empêcha pas de rester à la tête de ses troupes jusqu'à la fin du combat, cependant, il fut obligé de se rendre à Strasboui^ pour s'y faire soigner. Il ne prenait de repos que celui qui était nécessaire pour guérir dé ses blessures. Il ne trouvait plus auprès des généraux Suédois cette affection à laquelle l'avait accoutumé l'ancien roi. Le duc de Lorraine voulut l'engager à son service , le roi de Bohême lui fit également des offres ; mais Gassion n'avait pas oublié que dans un voyage qu'il avait fait à Paris pour y voir son frère aîné , il avait promis au cardinal de Richelieu de ne prendre d'autre engagement après la Suède qu'avec la France. Ainsi , fl refusa toutes les offres des étrangers; la gloire dont on fait profiter sa patrie est la plus douce à obtenir.

Le colonel de Gassion , avant de s'être entièrement dégagé du service de la Suède, fut envoyé en mission à Paris (i).

(i^ Richeliea y prévenu en sa faveur par la répalation qui l'avait précédé » lai fit le meilleur accueil. Il appréciait ses vertus guerrières *, bientôt il

Après être allé rendre compte de sa mission el s'être distingué dans de nouveaux combats, Gassion ne tarda pas a être rappelé à Paris dans Tintérét de son frère président du parlement de Navarre, et depuis intendant de justice dans les pays de Béarn et de Bayonne ; son frère avait quelque procès que la faveur dont jouis^ sait le colonel fit heureusement terminer. Louis XIII lui-même désira connaître Gassion ; il fut charmé des saillies de son esprit et de ses brusqueries guerrières. On insista pour qu'il quittât définitivement le service de l'étranger pour pren? dre celui de sa patrie et pour qu'il se rangeât sous le drapeau de la France. Il obéit.

Le repos lui était à charge, il ne pouvait vivre qu'au milieu des combats. II partit pour Tj^rmée ; le prince de Condé lui donna une preuve de sa haute estime en le choisissant pour servir dans son armée, où il n'y avait d'autres régimens que ceux des princes ses fils. Notre Béar* nais les suivit dans une expédition dans la Franche-Comté : il obtint, sous ses ordres, un commandement dont il se rendit toujours digne par sa bravoure et son infatigable activité*

fut eDchant^ de soo esprit. Il l'iavite un jour k dîaer. Pendant le repas •«8 regarda s'arrêtaient souvent sur le colonel , qui était placé en face , pour ]e <^on8idérer avec la plus grande attention. Après ledtaer, M. Je Nanfei dit au cardinal, en plaisantant : «Y. £. a mangé plus qu'à son ordinaire , et peut avoir quelque Indigestion y car elle a dévoré des jeux ce colonel allemand tottt entier, n « C'est vrai , dit le Cardinal ; mais pourtant je n'en suis pas saoul. » Voilà un genre d'anecdotes de cour qui était fort prisé »tt 17.* siècle. <7est le tissa de tous les mémoires du temps.

Le roi chai^ea Gassion d^aller rétablir le câline dans la Normandie , où quelques désordres avaient été soulevés. Il reprit ensuite les armes contre les Espagnols. Simple colonel , et puis roaréchal-de'^camp , il fut obligé de servir sous les ordres de divers maréchaux. Tantôt sa valeur les rendait jaloux ; tantôt il était cause qu'on se le disputait. Dans une rencontre des plus vives , Gassion perdit de Neys le plus fidèle de ses amis, le plus ancien de ses capitaines. 11 faillit y perdre aussi son frère le chevalier de Bergère, qui le suivait dans toutes ses campagnes. Atteint par dix ou douze coups de pis«> tolet, percé d'un coup d'épée, ce digne frère d'un héros était mené prisonnier; déjà , il était entraîné à plus de quatre-vingts pas ; Gassion l'apperçoit, il se précipite au milieu des enne?mis , le désespoir qui l'anime le rend plus terrible encore ; tout ce qui s'oppose à ses coups furieux est brisé, renversé, tué. Son frère est délivré.

Après la mort du cardinal de Richelieu et celle du roi de France, Gassion ne perdit rien de la faveur dont il jouissait à la cour. A la bataille de Rocroi , il se distingua sous les yeux du duc d'Enghien qui , rendant hommage à la part si grande qu'il avait prise à la victoire, réclama pour lui le bâton de maréchal de France.

Bientôt après il partit pour la guerre de Flandre avec le maréchal de Melieraye , sous les

ordres du duc d*Oriéau$, onde du roi et lieutenant-général du royaume. On voulut commencer par le siège de Gravelines. La Mdleraye traitait l'affaire d'impossible. Gassion répondit que rien n'était impossible à un capitaine qui est soldat, qui sait vivre de ce qu'il a et chei> cher ce qu'il n'a pas* Son avis prévalut; le siège fut long , la défense énergique. Gassion déploya autant d'habileté que d'audace ; la jalousie de la Meilleraye vivement excitée par les succès de son rival , le fut surtout par l'hommage que les ennemis rendirent à Gassion en s'adre^sant à lui pour la reddition de la place.

Les exploits hardis qui attiraient tant de gloire sur Gassion , dev^du général en chef sous le duc d'Orléans , avaient excité dans le cœur du maréchal d'Ëlbœuf des sentimens d'envie qu'il laissa exhaler en paroles injurieuses. Le Béarnais ne pouvait être impunément insulté : il demande réparation. Les deux maréchaux se rendent sur le terrain ; mais le duc qui ne se souciait pas de se battre chercha à éluder ce terrible duel avec plus d'adresse que de courage.

La dernière année de la vie du maréchal fut attristée par des intrigues de cour. Il avait une position trop élevée pour ne pas exciter l'envie ; trop de mérite pour ne pas s'attirer des ennemis. Plein de franchise il ne pouvait, avec l'al^ lure de son caractère , se plier au vil métier de courtisan. Incapable de retenir l'expression de

ses pensées , souvent des paroles trop vives lui échappaient et ne manquaient pas de revenir perfidemment commentées aux oreilles des personnages qu'elles pouvaient blesser. Le duc d'Enghien , après avoir été le protecteur de Gaasion , devint son persécuteur. Ayant cru à tort que le maréchal avait voulu méconnaître ses ordres , il lui adressa des paroles sévères. Plus tard , reconnaissant qu'il s'était trompé , le duc lui-même alla visiter Gassion; celui-ci ne reçut qu'avec froideui cette réparation d'une offense qui avait profondément blessé sa fierté. Cette entrevue ne fit que renouveler l'irritation du prince et l'aigrir encore de plus en plus. T.ies ennemis de Gassion ne manquèrent pas d'envenimer ses ressentimens pour les exploiter au profit de leur haine. Ces intrigues ayant pris un caractère grave, le maréchal crut devoir les dissiper. Il part , se rend à Paris , entre brusquement dans le cabinet du cardinal, s'excuse avec chaleur des torts qu'on lui prétait, et finit par ces mots : « Pardonnez -moi , Monsieur, noilseulement mes saillies passées, mais encore les futures , auxquelles ni vous ni moi ne saurions remédier; mais. Monsieur, sachez, et j'ose le dire, que le roi , la reine et Y. £m. ne sauraient trouver Un homme qui se tue et se ruine à les servir avec plus de cœur et de zèle, et si franchement que moi. » Le cardinal , satisfait de ce no^ ble caractère , lui répondit : « Je vois bien , Mon-

sieur le Maréchal , que vous avez des ennemis ; si je pouvais les connaitie, ils seraient bien de vos amis si je leur pardonnais. » II repartit aussitôt pour l'armée. Par un motif difficile à comprendre, le cardinal s'opiniâtrait à faire servir toujours ensemble les maréchaux Bantzau et Gassion qui ne s'aimaient pas. Après une belle action de ce dernier , Rantzau , forcé de lui rendre justice, s'écriait : a Cet homme se plaint de n'être pas aimé de la cour, mais il se fera aimer du diable , quand il aura entrepris de le servir ! » Cependant, l'affection du cardinal ne fut pas stncèi*e. On lui avait répété des paroles peu mesurées de Gassion qui aurait dit , par exemple , qu'il n'était que le singe du cardinal de Richelieu. Les ennemis du maréchal étaient ainsi par^ venus à diminuer la haute faveur dont il avait joui, et à remplir d'amertume des jours que la gloire ne pouvait protéger contre des intrigues de cour.

La mort de Gassion fut plutôt celle d'un soldat que d'un maréchal de France. Au siège de Lens, il avait déjà obtenu quelques succès et préparé la victoire; le a8 septembre i6/i7, il donna l'ordre d'arracher une palissade que venait de planter l'ennemi. Ses ordres ne socit pas assez promptement suivis; il veut donner l'exemple, il s'élance lui-même, il commençait k la saisir lorsqu'un coup mortel vient le frapper à la tête. On le transporta à Ârras , où il

mourut quatre jours après. « Ainsi , dit un historien , la France gagna une bicoque et perdit un grand capitaine. »

L'un des frères de Gassion , le maréchal -de* camp de Bergère , qui l'avait accompagné dans tous les périls , ne tarda pas à le suivre au tombeau. Un mois après , il périt lui aussi frappé sur le champ de bataille.

BBBIVADOWB.

Charles-Jean Bernadotte naquit à Pau , le 26 janvier 1764; il appartenait à une ancienne famille bourgeoise attachée de père en fils à la profession du barreau. T^es premières années du jeune homme appelé à de si grandes destinées ne furent pas exemptes des erreurs volages d'une âme inquiète, incertaine d'elle-même, mais pouvant pressentir quelque chose de grand et d'i* gnoré à travers les voiles de l'avenir. On ouvrait une étude à celui à qui il fallait un champ de bataille ; un pacifique avenir aux luttes du barr Teau à celui à qui une place était réservée parmi les rois.

A l'âge de 1 7 ans , le jeune Bernadotte obéit à sa vocation irrésistible ; il entra comme simple soldat au régiment de Royal-Marine. Devenu adjudant en 179 1 , et en garnison à Marseille, il lui fut donné, par sa fermeté et son éloquence naturelle , d'arracher a la violence des réactions

populaires qui s'exerçaient jusques dans Tarmée le marquis d'Ambert son colonel (i). Il quitta ce régiment qui avait été envoyé à Saint- Do* mingue et passa au régiment d'Anjou , comme lieutenant. C'était alors pour les gens de guerre la plus merveilleuse époque qui eût existé jamais. La révolution, en se précipitant, remuait de fond en comble toutes les destinées. Les ofli* ciers émigraient en foule, les sous-ofBciers prenaient leurs places ; les régimens étaient les électeurs de leurs chefs. Là, du moins, c'était au plus digne , au plus brave que s'adressait l'épaulette; et l'histoire des guerres de la république, histoii:e si pure parmi tant d'autres calamités cruelles , dit assez haut comment les soldats de cette époque surent exercer leur droit d'élection. En moins d'un an, Bemadotte fut colonel

Un colonel de 1771 qui possédait» comme le jeune officier béarnais , le talent militaire , devait mourir ou monter vite au premier rang. La destinée qui veillait sur Bernadotte le protégea sur tous les champs de bataille; il vécut, il devint ce que l'histoire conten^poraine dira de lui à la postérité. Dès cette époque , la biographie de cet homme de guerre ne saurait appartenir aux simples lignes que nous pouvons lui consacrer ; elle est écrite dans les annales . de cette

(i) Il ne fut pat aussi heureux, en 17^9 lorsque le marquis d'Ambert ayaat été fait prisonnier , «Bernadutte sVpuisa en cfTorts inutiles pour le soustraire à la rigueur des lois «t l'arracbcr a la mort.

armée de géans qui, pendant vingt -cinq années, sous deux idées de ralliement bien différentes, sous la république et sous l'empire, fut également fidèle à sa bannière glorieuse.

Suivrons-nous Bernadotte à Farméedu Rhin, sous les ordres du brave et malheureux Custine; faisant des prodiges de valeur à Landrecies; apparaissant terrible au milieu de sa brigade qui commence à plier, jetant son épaulette au milieu des rangs , et par ce geste d'indignation ranimant le courage et la victoire qui avait paru s'oublier ? Général de brigade au champ de bataille de Fleums , général de division au passage de la Roèr; compagnon de Kléber, de Hoche, de Marceau , trois grands hommes qui ne parurent qu'un jour, et trop promptement ensevelis dans leur gloire , Bernadotte appuya la retraite de Moreau contre le prince Charles d'Autriche; puis, ayant été envoyé par le directoire aux armées d'Italie, il y soutint sa renommée en face du grand capitaine qui depuis fut l'arbitre de l'Europe.

a C'est une tète française avec un cœm romain » avait dit Napoléon , de Bernadotte ^ cette parole était vraie, et le guerrier Béarnais ne tarda pas à la démontrer.

En partant pour l'aventureuse expédition d'Egypte, Bonaparte lui avait retiré le commandement en chef de l'armée d'Italie pour le confier à son chef d'état -major, à sou fidèle Berthier.

Cette disgrâce avait été dissimulée par le poste éminent d'ambassadeur en Autriche. Peu de temps après , à la suite d'une insuke qu'il avait reçue dans son hôtel, à Vienne, par la violation du drapeau tricolore, Bernadotte revint en France. Appelé au ministère de la guerre, il créa une nouvelle armée , îl organisa des victoires ; tous les partis étaient en éveil ; Bonaparte aussi lui qui venait d'arriver de l'Orient voulut conquérir cette puissante épée ; mais qu'importait au béarnais , Pompée ou César ? Il appartenait à la patrie.

li'histoire n'a point oublié comment il agit au i8 brumaire, quand la France semblait incertaine entre un gouvernement sans vertu et le jeune ambitieux qui s'apprêtait à briser la république , en touchant du revers de son épée le fauteuil de ses directeurs. Dans cette journée mémorable , Bernadotte refusa d'avoir une entrevue avec le futur consul du lendemain. Cependant il ne prétendit pas arrêter le mouvement des destinées. Quand la fortune eut prononcé « il se consola en pensant qu'une gloire immense était du moins demeurée à la France en échange de la liberté perdue. Pouvait -il rester en arrière dans ce rendez-vous de ce qu'il y avait de grand pour rehausser le nouvel empire ? Les guerres du consulat et de l'empire le trouvèrent fidèle à son poste de grand capitaine. Il prend part à tant d'immortelles journées qui ont laissé dans

notre siècle un sillon bien lumineux ; il concourt à la bataille d'Austerlitz ; complète , en poursuivant Fennemi , la victoire d'Iéna ; détruit Blûcher et l'armée prussienne , à Lubeck ; fait des prodiges de tactique en Pologne, où il sauve l'Empereur et son corps d'armée engagé dans une position difficile. Sa gloire commençait à offusquer une autre gloire; son souverain lui pardonnait avec peine de placer ses exploits comme Fombre à côté des plus mémorables faits impériaux. On raconte- qu'une belle proclamation que Bernadette fit à son armée, après la bataille de Wagram , écrite dans le grand style des bulletins de l'époque, (i). fut supportée par Napoléon avec un vif ressentiment. Obligé de quitter le commandement de son armée , il alla secourir Anvers et la Belgique , menacés d'un débarquement delà part des Anglais. C'était en 1809, sa position allait changer; l'Empereur aurait bien voulu l'humilier , il n'aboutit qu'à le laisser passer Roi.

On sait comment un prince insensé , Gustave IV de Suède, ayant été renversé du trône, son oncle, le duc de Sudermanie le remplaça sous

(i) Dans la joarnée àa 5 jaillet , vous avec force le neutre de l'armée » ennemie ; vous vous êtes emparés de Wagram , malgré les efforts de » ^Ofiao hommes et de 5o bouches à feu -, vous avei combattu jusqu'à » minuit^ et bivouaqué au milieu des ligues autrichienoes* Le 6, à la » pointe du jour , vous avcx recommencé le combat avec la même per- » sévérance; et, au mépris des ravages de Tartilleriè , vos colonnes vivantes » sont demeurées immobiles comme Pdiraïu. »

le nom de Charles XIII. En considération du grand âge de ce nouveau roi , la diète lui donna pour héritier le prince de Holstein Âugusteni» bourg qui mourut peu de temps après son élection. Alors, comme il fallait à la Suède une vaillante épée pour la défendre , et une tête forte pour la gouverner, la diète dut jeter les yeuK sur la France ; et , parmi les braves dont la tête s'élevait au niveau d'une couronne , elle choisit Bemadotte, alors prince de Ponte Corvo, également signalé par sa valeur, par ses talens militaires et par une sagesse administrative qu'il . avait montrée , tour à tour , dans le double gouvernement du Hanovre et des villes anséatiques. L'habile historien (i) de ce prince raconte quelles entraves il eut à subir de la part de l'Empereur. Vains efforts , le soldat Béarnais avait aussi lui son étoile; il ne pouvait s'arrêter sur le seuil d'un trône. Bernadotte , alors âgé de 46 ans , était devenu l'héritier de l'une des grandes monarchies du Nord.

Quelle devait être la conduite de ce Français , devenu citoyen d'une nation étrangère , citoyen puisqu'il en devait être le Roi ? Devait-il s'asservir aux volontés impériales , se faire le satellite d'ambitions insensées ? Ou plutôt devaitil s'attacher â relever la Suède , brisée par tant de troubles au dedans et tant de guerres au

(1) M. Toucharcl-Lafosse y histoire de Cbarlus-Jean Bernadotte, roi de Suède, 3 vol. ia-8.*, 1839.

dehors ? Il y eut alors une belle et digne correspondance qui honore à un haut degré le caractère de Charles-Jean : c( En acceptant le trône » de Suède, j'avais toujours espéré concilier lea » intérêts du pays que j'ai servi fidèlement pen- 2> dant trente ans avec ceux de la patrie qui venait » de m'adppter. Â peine arrivé , j'ai vu cet espoir 9 compromis ; mon cœur s'est trouvé douloureu- » sèment partagé entre son attachement à votre » Majesté, et le sentiment de ses nouveaux de- » voirs» (i)« Toutefois, il attendit encore, il de^ vora plus d'un outrage ; mais vint le jour où il ne lui fut plus possible de demeurer inactif, sans être coupable envers la patrie qu'il avait ac-* ceplée. Le conquérant, ne mettant plus de bornes à sa témérité , avait envahi la Poméranie Suédoise. Alors le prince de Suède entra dans la coalition ; il déclara qu'il ne s'armait pas con* tre la France , mais contre le despotisme de son chef; et il fit promettre aux alliés ( promesse infidèle) qu'ils respecteraient nos frontières telles qu'elles avaient été tracées par les conquêtes de la révolution.

£nfin , i8i4 termina cette lutte d^un seul peu-

(i) Les fnrea ecx*mémes de Napoléon , une fois |tla<'tfs snr des frôoef , ne se montrèrent pas tous dévouas aux volontés du maître de la France. La postérité déjà Tenue admire le prince Louis qui aima mieux descendre du trône que de subordonner ses devoirs envers la Hollande k ceux qu'il pouvait avoir envers son frère et son bienfaiteur. A plus forte raison, dans cette circonstance analogue, la conduite de Cbarles-Jcaa doit-elle être approuvée.

pie contre tous les peuples; puis, 181 5 suscita' un trouble éphémère à la voix du héros qui vint redemander le monde , et que le monde envoya mourir sur un récif du grand Océan. Les rois de dynastie française succombèrent tous , ou par l'exil ou par la mort; Charles XIV de Suède, celui-là seul qui n'appartenait point au grand nom de Napoléon , demeura paisible et ne fut pas troublé sur son trône septentrional. Depuis le commencement de cette paix européenne^ qui compte déjà a6 ans, la Suède, contente sous le sceptre pacifique de cet illustre guerrier, a toujours vu ses prospérités croissantes. Il a su réunir dans sa main royale le gouvernement de deux royaumes, la Suède et la Norwège; il maintient poiu* ces deux états la double constitution, plus ou moins aristocratique et démocratique, qui convient à l'un et à Tautre ; et , dans sa verte vieillesse, il laisse espérer qu'il verra de longs jours , au gré de la patrie qui l'adopta et dont il est devenu le père.

Maintenant , qu'il nous soit permis de rappeler, du milieu de cette vie éclatante, quelques circonstances plus simples et qui montrent que les souvenirs de la patrie Béarnaise n'ont pas cessé d'être présents à la pensée du roi de Suède. L'histoire dira ses grandes actions; nous voudrions pouvoir publier les bonnes oeuvres qu'il répand dans ce pays : tôt ou tard , le secret qui les voile se découvrira. Voici ce que nous avons

lu dans un journal anglais; c'est un voyageur qui rend compte des divers souvenirs d'histoire que réveille la ville de Pau. Après avoir parlé du château d'Henri IV , il pense à cet autre monarque , autre enfant du Béam , qui n'oublie pas sa plus ancienne patrie sur le trône lointain où la fortune l'a placé :

<c Non loin du château et dans la même ville est né Bernadotte , dont le nom se lie à celui d'Henri IV, avec lequel il a plus d'un trait de ressemblance (i). On est saisi d'étonnèment lors* qu'on pense qu'ayant quitté Pau simple soldat, il est aujourd'hui roi à Stockholm ; qu'il doit son sceptre , non à son épée , mais au choix réfléchi d'une nation libre; que, sorti de la république française si féconde en rois, seul, il est encore debout; qu'il a payé le don d'un

(i) Combien de traits de pourrait-on pas. citer ! Je me borne à an seul. Un officier àa génie tombe entre 1rs maios des Russes ; il n'avait en perspective que la Sibérie, ce tombeau glacé où allaient s'engloutir tant de Français , victimes de ces guerres implacables Le jeune prisonoier demande une audience au Prince rojal, et pour Pubtenir plus sûrement, il emprute le nom d'an Béarnais qu'il connaissait En présence du prince il faut bien avouer que l'on a usé d'artiflce , que l'on est Béarnais , mais que l'on porte un autre nom. «Jeune homme y dit alors le prince Cbarics-Jean « tous avec eu tort; vous n'aviespas besoin de changer de nom, vous auries dft comprendre qu'il suffisait d'êlre Béarnais pour être sûr d'être accueilli de Bernadotte. » Pais il le fit asseoir a sa table, le garda près de lui, et comme l'officier soupirait apr^ son retour en France, il le fit ramener dans une de ses voitures jusque la frontière. Ce nom, que cachait le jeune Béarnais, était d'ailleurs réservé ^ plus d'un grave succès Le roi de Suède a pu suivre avec intérêt, depuis cette époque , la carrière littéraire et politique de ce^ officier de l8i3, qui est aujourd'hui l'honorable député de l'arrondissement d'Orlhes.

L'amour que porte le roi de Suède à son pays natal semble croître avec le temps. H 7 a d«as ans il en donna la preuve devant toute sa cour, Icn-squ'un

sieur le Maréchal , que vous avez des ennemis ; si je pouvais les connaitie, ils seraient bien de vos amis si je leur pardonnais. » Il repartit aussitôt pour l'armée. Par un motif difficile à comprendre, le cardinal s'opiniâtrait à faire servir toujours ensemble les maréchaux Bantzau et Gassion qui ne s*aimaient pas. Après une belle action de ce dernier , Rantzau , forcé de lui rendre justice, s'écriait : a Cet homme se plaint de n'être pas aimé de la cour, mais il se fera aimer du diable, quand il aura entrepris de le servir ! » Cependant, l'affection du cardinal ne fut pas sincèi^e. On lui avait répété des paroles peu mesurées de Gassion qui aurait dit, par exemple , qu'il n'était que le singe du cardinal de Richelieu. Les ennemis du maréchal étaient ainsi parvenus à diminuer la haute faveur dont il. avait joui, et à remplir d'amertume des jours que la gloire ne pouvait protéger contre des intrigues de cour.

La mort de Gassion fut plutôt celle d'un soldat que d'un maréchal de France. Au siège de Lens, il avait déjà obtenu quelques succès et préparé la victoire; le a8 septembre 1647, il donna l'ordre d'arracher une palissade que venait de planter l'ennemi. Ses ordres ne soiit pas assez promptement suivis ; il veut donner l'exemple, il s'élance lui-même, il commençait il la saisir lorsqu'un coup mortel vient le frapper à la tête. On le transporta à Arras , où il

mourut quatre jours après, a Ainsi , dit un historien , la France gagna une bicoque et perdit un grand capitaine. »

L'un des frères de Gassion, le maréchal -decamp de Bergère , qui l'avait accompagné dans tous les périls , ne tarda pas à le suivre au tombeau. Un mois après, il périt lui aussi frappé sur le champ de bataille.

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Charles*3ean Bernadotte naquit à Pau , le 2^6 janvier 1764; il appartenait à une ancienne famille bourgeoise attachée de père en fils à la profession du barreau. IjCS premières années du jeune homme appelé. à de si grandes destinées ne furent pas exemptes des erreurs volages d'une âme inquiète , incertaine d'elle-même , mais pouvant pressentir quelque chose de grand et d'ignoré à travers les voiles de l'avenir. On ouvrait une étude à celui à qui il fallait un champ de bataille ; un pacifique avenir aux luttes du barreau à celui à qui une place était réservée parmi les rois.

A l'âge de 1 7 ans , le jeune Bernadotte obéit à sa vocation irrésistible ; il entra comme simple soldat au régiment de Royal-Marine. Devenu adjudant en 1791 , et en garnison à Marseille, il lui fut donné, par sa fermeté et son éloquence naturelle , d'arracher à la violence des réactions

Nous aurions aimé à eompléteF Tobjet de ce chapitre y eu reproduisant, sous une forme analogue au parallèle que nous venons d'établir entre 'deux guerriers Béarnais, la biographie des hommes illustres auxquels nos diverses régions s^honorent d'avoir donné le jour. Cette liste serait nombreuse « car on peut dire de ce beau pays comme un ancien : non soliun reium abundantiâ , sed etiam bonarwn artium ingenio^ rumque ubertate feracem. Mais il faudrait nous borner à une stérile énumération ; c'est pourquoi nous préférons nous arrêter. Ici d'ailleurs il nous reste à parcourir un long et grave appendice, distinct en apparence de ce livre , mais qui en est inséparable par son objet et qui lui donnera sa vertu ; il reste l'étude des documens inédits qui constituent l'histoire nationale de Béam et de Navarre , tels qu'ils sont renfermés au chef-lieu de ce département.

THESAURUS PALENSIS

A I. LE MINISTRE DE LmTRUGTM PU6LI0UE ,

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