‹ Histoire de Bèarn et Navarre 1517 à 1572Chapitre 60 sur 169 · Chambord · texte numérisé non relu

Chambord

dévoient assassiner et on devoit faire courir le bruit après qu’il auroit esté tué par quelque beste furieuse. Et le mareschal de Termes avoit commandement d’aller incontinent en Béarn saisir la royne de Navarre, ses enfans et son pais. Mais le dispensateur de toutes choses garentit le mari, la femme, les enfans et leur pays par une soudaine maladie qu’il envoya au roy François. Durant sa maladie les deux frères Bourbons furent en plus grand danger qu’ils n’avoient encores esté, car leurs ennemis voulans jouer à quitte ou double, arrestèrent de faire exécuter le puisné et meurtrir l’aisné, comme il seroit au Conseil, qui, en ayant esté averti par une grande dame, fit le malade et en donna advis à la Royne mère qui lui destourna ce coup.

Cependant le 5 de descembre la mort du Roy mit hors de tout danger les Bourbons qui furent aussi tost suivis de toute la cour qui tourna le dos à ceux de Guise, lesquels se trouvèrent en un moment descheus de leur crédit , grandeur et espérances , et en aussi grand hazard de leur vie qu’ils avoient mis les autres, si le roy de Navarre eust voulu croire ses amis et serviteurs qui estoient d’advis que, sans user d’aucune violence ou perfidie, il les mit seulement aux mains de la justice pour leur faire rendre conte de leurs actions et leur faire le procès. Mais la Royne mère sceut si bien amadouer le Navarrois qu’elle lui fit tout oublier et le réconcilia avec les Guises ; non pas qu’elle leur portast aucune bonne affection, mais afin de se servir d’eux pour rabattre les coups qu’elle craignoit du Navarrois pour la régence, laquelle tous espéroient qu’il prendroit lors suivant sa qualité de premier prince. Toutesfois il voussit ladite Royne lui estre

préférée et lui quitta par escrit tout ce que nature, la loy et les Estas luy pourroient donner sur cette tant honnorable charge. J’ay réduit cette histoire le plus brief que j’ay peu pour ce qu’elle a esté escrite au long par d’autres. [Voyez Y Histoire ecclésiastique de France 1 et celle des affaires de France par La Popilinière 2 .]

La Roine [de Navarre], femme dudit roi Antoine avoit tousjours [deffavori] plustotque favori la religion réformée et de tout son pouvoir reculé son mary d’icelle; [mais au tems de la plus grande captivité de son dit mari et au plus grand danger de la ruine de sa maison, remettant toutes choses en la disposition de la providence de Dieu] , contre l’opinion de plusieurs ses serviteurs, elle se déclara ouvertement de ceste religion [avec une telle constance que jamais depuis elle n’en peut estre destournée, quelques assauts que Satan et le monde lui ayent peu donner. L’an donc 1 56l à la cène de Noël, elle abjura à Pau en Béarn la religion romaine etreceust la réformée, et après avoir fait confession de sa foy, communiqua au sacrement de la sainte cène suivant la forme de ladite religion. Et pour ce que quelques particuliers, ses sujets, poussez d’un zèle indiscret, d’eux -mesmes avoient abbatu quelques images, ils en firent ce mesmes jour réparation publique en présence de ladite Dame; laquelle après avoir déduit telle chose devoir estre faite par les Roys et Princes, non pas par les particuliers et confessé que le Roy, son mari, et elle le

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