Charles de (iuiso, né en 1525. cardinal en 1555. morl on
lui cstrc plus fidèles et qui eussent plus d’intércst et de profit en sa vie qu’en sa mort; qu’eux deux frères, du vivant du roy Henri, de très glorieuse mémoire, avoient manié tous les plus importans affaires de la couronne, fut pour la police ou les armes, et pour l’honneur que leur maison avoit d’cstre alliée de si près de Sa Majesté, ils avoient aussi plus d’intérest à la conservation de sa vie que tous autres, et se tiendroient tousjours très heureux d’employer leurs vies et moyens pour son service avec toute la fidélité que le devoir leur commandoit, la sincérité de l’alliance méritoit et leur propre intérest leur recommandoit. Car tout ainsi qu’ils reconnoissoient franchement leur grandeur despendre de la seule libéralité de Sa Majesté, aussi ils confessoient leur vie descouler tellement de la sienne qu’icelle esteinte, infaliblement la leur tariroit aussi tost. Ce jeune Prince creut facilement toutes ses choses et, remettant toute l’autorité royale ès mains de ces deux frères, donna au cardinal la surintandance des finances et de la justice, et au duc le commandement des armes, avec mandement exprès sur peine de la vie à toutes personnes de quelle qualité, dignité et office qu’elles fussent de leur obéir, comme à sa propre personne. Ainsi pour un monarque la France en eust lors trois. La Royne mère fut bien faschéc de voir la maison de Guise si monstreusement eslevée, et encore plus de la desmesurée puissance donnée aux deux frères, et leur eut deslors donné quelque lourde secousse, si elle eut eu quelque un en qui elle se fut osé fier, mais craignant quelque chose sinistre contre sa propre personne, elle leur fit bonne mine jusques à rudoyer
le connestable et tous les autres qu’elle savoit leur estre contraires ou estre hays d’eux. Et eux pour ne porter seuls la haine et l’envie de tout le Royaume et se prévaloir du nom spétieux de mère, l’entretenoient en quelque grade et lui complaisoient en quelques choses de médiocre importance. Et pour ce que Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, par don du défunt Henri, et par lui entretenue trop privément et scandaleusement, et qui par son scandaleux crédit avoit avancée la maison de Guise, n’cstoit veue de bon œil de la Royne, pour luy avoir plusicur fois deshontement desrobée la bonne grâce, la faveur et le licl de son mari, ils consentirent qu’elle fut chassée delà cour où ils n’avoient eu nul crédit que par elle.
Et les deniers provenans de la confirmation des offices furent partagez entre la vefve et les deux nouveaux gouverneurs. Anne de Montmorancy, connestable et le plus ancien serviteur de l’ayeul et du père du Roy, fut honteusement deffavori et renvoyé en sa maison, et eut eu pis si la honte plus que la conscience n’eust retenu ses ennemis. Car l’envie de la faveur de ce vieillart avoit rendu les Guises très ennemis des Montmorancis. Et le connestable qui avoit préveu l’orage qui se levoit contre luy, l’avoit voulu conjurer par le moyen du roy de Navarre, qui estoit en Déarn lors que Henri fut blessé. Car voyant le dit Roy hors d’espérance de guérison, il avoit averti le Navarrois de ce que les Guises ourdissoient et des présages qu’il y avoit que, venant le père à mourir, ils s’emparassent de la personne du nouveau Roy et du maniement de l’Estat, qui seroit un grand mal pour tout le Royaume et injure à luy à qui, comme premier prince
du sang, ccst honneur estoit justement deu. I’arquoy il l’exortoit de s’acheminer en toute diligence en cour et s’y trouver, s’il estoit possible, avant le dernier soupir du Roy, pour se saisir incontinent de la personne du successeur et du gouvernement du Royaume, en quoy lui, tous ses parens, alliez, amis et serviteurs et quasi toute la noblesse de France le serviroient si fidèlement que ceux qui estoient jà Roys par fantasie demeureroient frustrez. C’ estoit un très bon conseil et peut-on vraysemblablement dire qu’il eust eu un heureux succès, et n’y eut servi de peu la crainte que tous les plus grands avoient de tomber à la discrétion des Guises qui estoient connus de tous très ambitieux [et avares] et d’un esprit turbulent [mesmement le cardinal qui servoit de pédagogue à son aisné, qui n’estoit que l’exécuteur des arrests du cardinal et qui en sa profession militaire avoit la conscience plus entière que le cardinal en sa pestrise '.] Mais le roy de Navarre, fut qu’il ne se souciast lors de changer le repos domestique avec le travail publique ou qu’il craignit que le connestable, pour le tromper, voulut seulement sonder et descouvrir sa volonté ou bien (qui est le plus vraysemblable) prévoyant ce qui aviendroit au connestable, fut fort aise de lui voir prendre une grande cheute, car il estoit grandement irrité contre lui, l’estimant la seule cause de ce qu’il avoit esté obmis en la paix de Cambrésis. Néantmoings mal avisé et suivant plus la passion que ki raison, se voulant venger d’autruy, se vengea de soy-mesmes, et cuidant honnir et abaisser autrui, se deshonnora et