‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 46 sur 160 · Pour preitrùc · texte numérisé non relu

Pour preitrùc

perdit soy-mesmes, car outre qu’il tomba en hazard très éminent de perdre vie et biens, jamais depuis scs affaires n’allèrent qu’en décadence. Et comme la promptitude et vivacité de l’esprit de ce Roy surpassoit les plus vifs esprits, aussi sa vanité et inconstance naturelles surpassoient la vanité et l’inconstance mesmes; de manière qu’il n’cust plustot nouvelles du grand changement que la mort d’Henry avoil apporté qu’il ne se repentit de n’avoir suivi le conseil du connestablc (mais le repentir ne peut amender les fautes passées), lequel ayant esté forcé de partir de la cour (mesme avec honte) n’avoit plus le moyen de Iuy aider beaucoup (tant est sujette à se changer la faveur de la cour et l’occasion de se perdre). Et les Guises qui s’estoient hastez de changer toutes choses avoient dcsapoinlez, chassez et déposez de leurs charges tous les meilleurs et les plus grands et tous ceux qui leur esloient contraires ou seulement suspects ou qui avoient quelque moyen de leur nuire ou traverser leurs desseins, et mis en leurs places les pires et leurs confidans, [avoient aussi fait détendre tout port d’armes à feu. C’est le chemin qu’ont tousjours tenu ceux qui, plus par la force que par le droit, se sont voulu avancer en quelque estât ou s’ en emparer.]

La convocation des Estas sembloit pouvoir apporter quelque remède à tous ces maux, car cette assemblée a tousjours eu tel crédit en ce Royaume, qu’en cas de controverse elle jugeoit de la succession des Roys, de la tutelle et appanage de leurs enfans, des régences, des levées extraordinaires des finances, de la guerre, de la paix et de toutes autres choses qui attouchoient l'Estal. Parquoy maints de tous estas et de toutes les

contrées du Royaume vinrent trouver le roy de Navarre en Béarn pour l’exorter de s'acheminer en France et de y fere assembler les Estas pour se faire déclarer régent ou, si le Roy estoit trouvé majeur, surintendant de tous les affaires. Car les princes du sang qui sont conseillers naiz du Roy et protecteurs du Royaume, sont aussi appelez par les loix de France à la tutelle des Roys mineurs et à la régence du Royaume et protection des François et de leurs privilèges et libertez. Et pour ce que le défaut de ses finances et de forces l’eussent peu retarder, ils lui donnèrent asscurance de lui fournir l’un et l’autre ; et à ces fins levée de deniers et enroulement de gens de guerre furent faits entre eux et plusieurs entreprises basties sur quelques villes pour servir de retraite, s’il en estoit besoin. Or ceux qui solicitoient le Navarrois estoient tant de la religion [romaine 1 2 ] que de la 1 réformée; et les derniers, outre les affaires communs de l’Estat, demandoient particulièrement relasche des [grandes] persécutions qui estoient journellement exercées contre eux, et estoient lors grandement augmentées, [au moins] jusques à ce qu’on les eut ouys en la défense de leur cause [offrans de monstrer la justice d’icelle par l’expresse parole de Dieu]. Le roy de Navarre leur fesoit de belles promesses, mais tout ainsi que les figures tracées sur l’eau ou sur le sable sont aussi tost effacées que faites, pareillement toutes les délibérations de ce Prince avourtoient quasi avant leur conception, et il reprovoit et dénioit le jour suivant ce

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