‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 48 sur 160 · On a ajouté : prétendue · texte numérisé non relu

On a ajouté : prétendue

les autres. A la fin plus par importunité et honte que de bonne volonté, le Navarrois entreprit le chemin de France où il estoit journellement solicité et appelé de plusieurs de l’une et l’autre religion, ausquels il continuoit tousjours ses promesses [et prioit particulièrement ceux de la réformée de ne se scandaliser s’il ne quittoit point encore la messe, à laquelle il alloit quelquefois, plus pour n’estranger du tout ceux de la religion romaine, disoit-il, que par dévotion. Cependant ses propos firent penser aux meilleurs et plus sages qu’il avoit aussi peu de religion que de résolution et de courage, car quand il est question des choses de la foy, il faut marcher rondement et rejetter simplement ce que Dieu défend et faire ce qu’il commande, quelque danger qui se puisse présenter du costé du monde.] Mais où plus il approchoit de la cour on remarquoit beaucoup de changement en sa volonté et de refroidissement en son zèle, cela donna juste occasion à la plus grande partie de ceux qui avoient délibéré de le suivre de se retirer, jugeans dès lors qu’il ne feroit rien, ains plustot tout le contraire de ce qu’il leur avoit promis, comme il fit. Il arriva à Saint-Germain en Lave où il eut eu la basse cour pour logis et le ciel pour poelle, si le mareschal Saint-André 1 ne lui eut quitté sa chambre, et fut receu du Roy avec si maigre visage, que chascun peut connoistre qu’il ne l’aimoit guère et le prisoit moins. Pour la harangue de sa bien venue le Roy lui déclara qu’il avoit donné la surintendance de tous les affaires de son Royaume à ses deux

1. Jacques d'Albon , dit le maréchal de Saint-André, nommé maréchal de France en 1547, tué à la bataille de Dreux en 1562.

oncles, le cardinal de Lorraine et le duc de Guise, ausquels il entendoit que tous ses sujets, de quelle qualité qu’ils fussent, obéissent sur peine de la vie. Le Navarrois ne respondit rien et ceux de Guise firent nul semblant de le reconnoistre jusquez à ce qu’il les eut recerchez. Tous ses serviteurs et amis furent plus faschez de ce dernier trait que de tout ce qu’il avoit encore fait, et le quittèrent et se retirèrent . Toutesfois le tems ny le lieu n’estoit lors là de faire le mauvais garçon et faloit avoir commencé plus tôt et ailleurs et mis tout autre ordre à ses affaires qù’il n’avoit, [mais l’esprit de ce Prince estoit incapable de toute hazardeuse résolution.] Il reconnoissoit lors la faute qu’il avoit faite de s’estre venu mettre à la discrétion de ses ennemis et n’avoir crcu le conseil de ceux qui luy conseilloient d’y aller en tel équipage, qu’il leur peut donner la loy. [C’est la coustume des inconstans de se r’ aviser hors tems.] Se voyant donques le Navarrois mesprisé du Roy, gourmandé des Guises et abandonné des siens, il reprint le chemin de Béarn ; et pour lui donner occasion de partir, plus tôt que pour le favorir ny honnorer, la conduite de la royne d’Espagne jusques à l’entrée du royaume d’Espagne luy fut donnée avec le cardinal de Bourbon 1 et le prince de La Roche-sur- Yon*.

De ceux de Vendosme estoient cousins germains ceux de Guise, mais l’inimitié se trouvoit plus forte entre eux que le parentage, tant l’ambition a de pou-

1. Charles do Bourbon, frèro d'Antoine, roi do Navarre, né en 1523, archevêque de Rouen, mort en 1590.

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