‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 54 sur 160 · Ou a ajouté : prétendue réformée · texte numérisé non relu

Ou a ajouté : prétendue réformée

Estant à Bertrueil 1 ils renvoièrcnt Théodore de Bèzc, ministre de [l’église de] Genève. De ce renvoy les députez, jugeans par cest échantillon de toute la pièce, se confirmèrent du tout qu’ils ne fairoient autre chose pour eux en ce voyage, que les mettre en plus grand danger qu’ils n’estoient, ny pour eux-mesmes que donner commodité à leurs ennemis de les faire mourir. Parquoy ils sc retirèrent en leurs maisons pour entendre plustot de loin en abscence que voir de près en présence la tragédie laquelle volontairement ces Princes alloient mettre sur l’esehafaut.

Approchant de Poitiers, ils se trouvèrent environnez de plusieurs compagnies de gens de guerre conduites par le mareschal de Termes* ; et Montpezat 3 , [créature de ceux de Guise], séneschal de Poitou, leur fit commandement de la part du Roy de n’entrer en aucune ville close sur peine de la vie. Chacun peut penser avec quelle contenance ces deux Princes furent spectateurs des scènes de ce premier acte auquel ils eussent volontiers rompu le jeu, s’ils eussent osé ou peu, mais force leur fut de passer outre et d’arriver à Orléans. Ils y entrèrent le pénultième d’octobre, plus en prisonniers qu’en Princes, et furent receus du Roy, non pas en parens, selon ses promesses, mais en criminels contre ses promesses et selon l’intention des Guises. Le Prince fut incontinent reserré en prison

1. Verteui! d'Agenais , canton do Castolmoron, arrondissement do Mannande (Lot-et-Garonne).

2. Paul do La Barthe, soigneur do Thermes, né à Cousorans, maréchal do Franco en 1558, mort en 1562.

3. Mclchior Des Prez, seigneur de Montpezat, lieutenant do Roi en Guienne.

estroite et fut commandé à certains personnages de prendre garde sur le roy de Navarre et d’observer toutes ses actions; de manière qu’il n’estoit pas moins prisonnier ny en moindre péril que son frère qui fut condamné d’avoir la teste tranchée et eust esté exécuté, si le roy François ne fut si tost décédé. Et combien que mesmes sentence n’eust esté encor donnée contre le roy de Navarre, il ne fut pas toutesfois en moindre danger par autre voye, car (comme la Royne, sa femme, a laissé par escrit imprimé) ceux de Guise le voulurent faire empoisonner, mais estant adverti du boccon qui lui estoit destiné, il s’excusa d’aller à un disncr auquel ils l’avoient fait inviter. Ayant failly ce coup, ils succitèrent un garnement pour luy tirer une pistolade, comme il se retireroit le soir, mais il n’osa l’exécuter d’autant que le connestable avec ses enfans et maints autres gentilshommes le conduisirent ce soir jusqucs dedans sa chambre. Il tomba incontinent en plus grand péril, car ses ennemis persuadèrent au roy François de luy dresser une querelle d’Alcmagne et de le tuer de sa main propre ou au moins commencer de le frapper, afin que les autres l’achevassent. Ce qu’ayant ledit Roy arresté [de faire,] manda le Navarrois de le venir trouver un soir en sa chambre où il faignoit d’estre malade. 11 s’excusa au premier messager, mais estant rechargé d’un second, qui mesmes luy descouvrit l’intention du Roy, n’osa plus délayer. Parquoy , asscuré qu’il ne tombe un seul cheveu de nostre teste que par la disposition de ce grand Dieu qui seul fait mourir et vivre, et démène les cœurs des Roys à son plaisir, s’achemina au lieu où il estoit appelé. Montant les degrez, il dit au capitaine Ranti, gentilhomme auquel

il avoit beaucoup de confiance : « Je m’en vay au lieu » où l’on a conjuré ma mort , mais jamais peau ne fut » si chèrement vendue, que je leurvendray la mienne. » S’il plaist à Dieu, il me sauvera. Cependant je vous » conjure me faire ce dernier service, qu’avenant que » je y meure, vous taschie/. de recouvrer la chemise » que j’ay vestue et l’aportez toute sanglante à ma » femme et à mon fils, lequel pour n’estre d’aage » pour pouvoir venger ma mort, je conjure madite » femme, par la grande amour qu’elle m’a toujours » portée, d’envoyer madite chemise à tous les princes » chrestiens et les supplier vouloir venger un si » meschant acte. »

Sur ce propos estant entré seul dedans la chambre du Roy, le cardinal de Lorraine ferma incontinant la porte par dedans et le Roy attaqua le Navarrois de quelques propos fort rudes, ausquels il respondit avec telle modestie que les choses passèrent seulement en paroles, au grand regret du cardinal et de son frère et du mareschal de Saint-André, qui estoient dedans, attendans le commencement de cette tragédie, et sorlans de la chambre, le cardinal dit parlant du Roy : * Voilà le plus poltron cœur qui fut jamais. » Cette entreprise faillie, les Guises en dressèrent incontinent un autre avec moindre apparence d’injustice, mais avec plus de trahison. Ils firent donc commander au Navarrois par le Roy mesme de le suivre à Chambourg 1 et Chenonceaux où il délibéroit aller prendre le plaisir de la chasse, et là, comme on courreroit quelque beste rousse, certains assassins le

i. Chambord.

dévoient assassiner et on devoit faire courir le bruit après qu’il auroit esté tué par quelque beste furieuse. Et le mareschal de Termes avoit commandement d’aller incontinent en Béarn saisir la royne de Navarre, ses enfans et son pais. Mais le dispensateur de toutes choses garentit le mari, la femme, les enfans et leur pays par une soudaine maladie qu’il envoya au roy François. Durant sa maladie les deux frères Bourbons furent en plus grand danger qu’ils n’avoient encores esté, car leurs ennemis voulans jouer à quitte ou double, arrestèrent de faire exécuter le puisné et meurtrir l’aisné, comme il seroit au Conseil, qui, en ayant esté averti par une grande dame, fit le malade et en donna advis à la Royne mère qui lui destourna ce coup.

Cependant le 5 de descembre la mort du Roy mit hors de tout danger les Bourbons qui furent aussi tost suivis de toute la cour qui tourna le dos à ceux de Guise, lesquels se trouvèrent en un moment descheus de leur crédit , grandeur et espérances , et en aussi grand hazard de leur vie qu’ils avoient mis les autres, si le roy de Navarre eust voulu croire ses amis et serviteurs qui estoient d’advis que, sans user d’aucune violence ou perfidie, il les mit seulement aux mains de la justice pour leur faire rendre conte de leurs actions et leur faire le procès. Mais la Royne mère sceut si bien amadouer le Navarrois qu’elle lui fit tout oublier et le réconcilia avec les Guises ; non pas qu’elle leur portast aucune bonne affection, mais afin de se servir d’eux pour rabattre les coups qu’elle craignoit du Navarrois p'our la régence, laquelle tous espéroicnt qu’il prendroit lors suivant sa qualité de premier prince. Toutesfois il voussit ladite Royne lui estre

préférée et lui quitta par escrit tout ce que nature, la loy et les Estas luy pourraient donner sur cette tant honnorable charge. J’ay réduit cette histoire le plus brief que j’ay peu pour ce qu’elle a esté escrite au long par d’autres. [Voyez Y Histoire ecclésiastique de France 1 et celle des affaires de France par La Popilinière *.]

La Roine [de Navarre], femme dudit roi Antoine avoit tousjours [deffavori] plustot que favori la religion réformée et de tout son pouvoir reculé son mary d’icelle; [mais au tems de la plus grande captivité de son dit mari et au plus grand danger de la ruine de sa maison, remettant toutes choses en la disposition de la providence de Dieu], contre l’opinion de plusieurs ses serviteurs, elle se déclara ouvertement de cestc religion [avec une telle constance que jamais depuis elle n’en peut estre destournée, quelques assauts que Satan et le monde lui ayent peu donner. L’an donc 1561 à la cène de Noël, elle abjura à Pau en Béarn la religion romaine etreceust la réformée, et après avoir fait confession de sa foy, communiqua au sacrement de la sainte cène suivant la forme de ladite religion. Et pour ce que quelques particuliers, ses sujets, poussez d’un zèle indiscret, d’eux -mesmes avoient ahhatu quelques images, ils en firent ce mesmes jour réparation publique en présence de ladite Dame; laquelle après avoir déduit telle chose devoir estre faite par les Roys et Princes, non pas par les particuliers et confessé que le Roy, son mari, et elle le

t. Par Théodore de Bcze.

2. Lancelot Voisin de La Popelinière, historien protestant, né vers 1540, mort en 1608.

dévoient avoir fait, remit tout l'intérest qu’elle pouvoit avoir en ceste faute aux délinquans 1 .

Après cela elle s’achemina en France pour trouver le Roy, son mari , qui [lors favorisoit] la religion ! reformée et fut cause du colloque de Poissi entre les ministres et les évesques et de l’édit de janvier qui permettoit à tous les françois d’avoir exercice de la religion réformée en tous lieux pourveu que les prédications se fissent dehors les villes. Mais ce Prince estoit tellement commandé par son inconstance naturelle, ambition, voluptez, lubricitez et flateries qui (tout ainsi que le caméléon reçoit toutes les couleurs des choses sur lesquelles il est posé) n’ayant autre conception, jugement ni volonté que celles que l’ambition, la lubricité et la flaterie lui mettoient en teste ou plus tôt luy commandoient, changeoit plus souvent de délibérations que d’habillemens, ne demeura guère long tems en volonté de favorir la dite religion, mais se banda contre elle avec le mareschal Saint-André, les Guises et le connestable, qui, en toutes autres choses ennemis capitals, s’accordèrent en ce seul point [de chasser cette] religion [réformée de] France 3 .

[De cediscordantaccordprinrentleur commencement tous les grands maux qui tourmentent encor aujourdhuy

t. Variante: Tost après, l’an 1561 au moys de décembre, la Raine, femme dudit roi Antoine, laquelle avait tousjours abhorré la religion prétendue réformée et de tout son pouvoir reculé son mari d’icelle, contre l’opinion de plusieurs ses serviteurs, se déclara ouvertement de ceste religion , estant lors à Pau en Bcarn où elle fist confession de foy selon les formes qui avoient esté prescriples par quelques ministres qui estaient à sa suit te.

2. Variante : presla aussi/ foreur à la dite religion prétendue.

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