‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 55 sur 160 · On a ajouté : prétendue · texte numérisé non relu

On a ajouté : prétendue

remis à cheval et par le moyen du roy de Navarre eurent recouvert la créance qu’ils avoient perdue, le roy d’Espagne, [qui n’avoit donné espérance de rendre le royaume de Navarre que pour disunir le roy Antoine de ceux de la religion réformée et principalement pour remettre en crédit ceux de Guise, ses pensionnaires et principaux partisans] , ne voulut plus entendre à ladite reddition, car il disoit ce Royaume lui estre de telle importance que la perte d’iceluy mettoit en danger [et hazard] tous ses autres estas d’Espagne, desquels la Navarre estoit comme la garde et la porte qui les fermoit. Mais pour entretenir tousjours en halainc ce Roy, il promettoit de luy donner en récompense le royaume de Sardaigne 1 , aux conditions qu’il feroit renoncer la royne Jeane, sa femme, à tous les droits qu’elle pouvoit prétendre sur la Navarre. Cette promesse contenta tellement le Navarrois, aveuglé par l’ambition, qu’encore que tous ses serviteurs, et mesme la Royne mère, luy remonstrassent par beaucoup de raisons que le roy d’Espagne, qui se mouquoit évidentement de luy, le tromperoit, et quand bien il ne le feroit, qu’il lui estoit impossible de tenir long tems le royaume de Sardaigne, qui estoit une isle en la mer Méditarenée, voisine d'Italie, d’Espagne et d’Affrique, où il ne pouvoit aller sans avoir un port bien asseuré, qui fut du tout à luy, en la coste de Languedoc ou Provence et un bon nombre de galères entretenues pour y aller et venir, outre qu’il luy faudroit entretenir une

1. Philippe II proposa aussi à Antoine d’échanger le royaume de Navarre contre la royauté de Tunis et s’engagea à en faire la conquête (Arcli. des Basses-Pyrénées, E. 585).

grande garnison de gens de guerre estrangers à pié et à cheval pour tenir les habitans en crainte, lesquels ne s’aprivoiseroient jamais à son obéyssance que par force , ce qui seroit une despence à laquelle les rentes de trois Royaumes tels que la Sardaigne ne sauraient fournir ; et il n’avoit moyen de faire le surcroist et du sien, outre qu’il cstoit vassal du ray de France qui ne luy permettrait pas de disposer de ses ports ny de ses galères à sa volonté. [Mais qu’il se devoit saisir d’Avignon et de tout le comté de Venisse occupé pour le Pape, par l’interdit duquel ses prédécesseurs avoient esté espoliez du royaume de Navarre, et lors vraisemblablement le Pape s’emploierait à bonnescient envers l’Espagnol pour lui faire rendre la Navarre.] C’estoit le meilleur conseil qu’il eut sceu prendre, mais il estoit si ensorcellé d’un Royaume en peinture (la charte duquel il avoit tousjours entre ses mains) qu’il ne peut jamais connoistre la vérité et fidélité du conseil de ses serviteurs ny descouvrir la tromperie des Guises et de l’Espagnol. Parquoy résolu d’avoir ce Royaume envoya à la Royne, sa femme, une minute de procuration pour faire la permutation de Navarre avec Sardaigne 1 ; elle ne lui osa refuser, cependant pour conserver le droit à ses enfans, si Dieu leur donnoit un tems plus paisible et plus favorable, et auquel la justice eut plus de crédit que la force, elle fit pardevant le juge du senneschal de Béarn un acte de révocation de cette procure, comme faite par force et crainte, ne l’ayant osée refuser à son mari. Et le sieur d’Escars estoit jà des-

t. Cette procuration existe aux Arch. des Basses-Pyrénées (E. 585).

pesché pour aller passer le contrat en Espagne , lorsque ce Roy fut blessé d’une harquebusade devant Roan de laquelle il mourut à Àndeli * peu de jours après le 1 7 de setembre 1 562. [11 ne donna pas moins de tesmoignage de son inconstance en sa mort qu’il avoit fait en sa vie, car tantost, il demandoit qu’on luy parlast de son salut selon la religion réformée et protestoit s’il guérissoit de faire prescher les ministres par toute la France, et soudain changeant d’avis, il oyoit les prestres et les moines et se confessa à eux et communiqua selon la religion romaine.] Ce prince estoit d’un esprit fort gentil, vaillant de sa personne, bien disant et libéral et avoit beaucoup d’autres vertus dignes d’un grand prince qui le rendoient bien voulu de tous, et si la constance eut accompagné ces vertus, il eut esté l’un des plus princes accomplis de son tems; mais il n’y a rien de parfait en l’inperfection de ce monde et le plus souvent les plus grands vices logent avec les vertus plus héroïques et communément ès plus entiers le vice surmonte la vertu.

Le roy Antoine mort, sa femme, qui pendant la vie d’icelui n’avoit osé faire tout ce qu’elle eut bien voulu pour l’avancement de sa religion , commença de dresser tous ses desseins à cela ; et afin que le prince Henri, son fils, fut continué d’estrç nourri en cette religion, elle l’osta du gouvernement de Losses 3 qui estoit fort zélé à sa religion [romaine *] et auquel le

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