‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 79 sur 160 · SEPTIESME LIVRE · texte numérisé non relu

SEPTIESME LIVRE

Auparavant son partement de Nérac la Roine avoit renvoyé en Navarre et Béarn Bernard, seigneur d’Arros, pour y estre son lieutenant général, où les estinceles de la guerre de France sautèrent aussi tost. Car le Roy ayant envoyé commission à tous ses Parlemens pour saisir tous les biens que ladite Royne et le Prince, son fils, possédoient en France, en envoya aussi une à Luxe pour leurs pais souverains de Navarre et Béarn, avec commandement très exprès aux cours de parlement de Tholouse et Bourdeaux d’assister et favorir ledit Luxe en l’exécution de sa commission. Le 16 de novembre le parlement de Tholouse publia ceste commission avec cette clause : Sans préjudice de la procédure faite à la réquisition du procureur général et des arrests donnez le 5 et le 13 de ce mesme mois , lesquels sortiront en effect et seront exécutez suivant autre arrest fait ce mesme jour 16. Or par ces arrests avoit esté ordonné que le pays de Béarn, comme estant sous la souveraineté de France, seroit mis sous la main du Roi avec toutes les autres terres que la roine de Navarre avoit au ressort dudit Parlement. Mais la commission du Roy déclaroit expressément Navarre et Béarn estre souverains, et protestoit ledit Roy ne

s’en vouloir emparer que pour les garder à ladite Dame et à son fils, lorsqu’il les aurait mis hors de la captivité en laquelle il disoit ceux qui s’estoient eslevez en France les détenir. Ainsi l’animosité du Parlement les faisoit estre contraires à leur Roy. Luxe donc, à qui La Marque, valet de chambre du Roy, apporta la commission, fit incontinent assembler les Estas de Navarre et leur en fit lecteure et leur haut loua la bonne volonté et sincère affection du roy de France en l’endroit de leur Roine et d’eux-mesme, lesquels Sa Majesté désiroit mettre sous sa protection seulement pour les garentir de la cruauté des huguenots et les conserver à leur Royne naturelle, à laquelle il promettoit de les rendre aussi tost qu’il l’auroit mise en liberté. [Le nombre de ceux qui furent marris du son de cette chanson fut fort petit, car les nobles estoient aises que la commodité s’ offrait de s’enrichir du pillage de ceux de la religion réformée et le peuple, sans autrement examiner l’intention de Luxe ne la suite et fin de cette affaire, désiroit de les exterminer, car le peuple est naturelement si inconsidéré et se plaist tant aux nouveautez, qu’encorc qu’il soit asseuré de porter les plus grands travails et tous les frais de la folie et ambition des grands, néantmoins, je ne sçay par quel juste jugement de Dieu, il y accourt avec la mesme gaieté et volonté que s’il alloit à un certain gain et ne se repent jamais de sa folie jusques à ce qu’il se trouve du tout ruiné. Mais ceux qui voyoient plus clair et savoient mieux la vérité du fait 1 ] appelaient cette protection une tirannique usurpation et s’esbahisoient

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