SECOND SIEGE DE GIBRALTAR. SOQ
saient suffisantes à tout le monde, hors peut-être à lui seul. Mais l'impatience des Français était telle qu'ils traitaient de subtilité d'artiste les augmentations que leur inventeur voulait encore y ajouter, et ils s'empressèrent d'y monter.
Elles s'avancèrent enfin, soutenues d'une flotte formidable, devant ces remparts qu'elles devaient anéantir, et, secondées par toutes les batteries de terre, elles lancèrent une effroyable grêle de bombes et de boulets, auxquels répondirent les bombes et les boulets rouges de la ville attaquée. C'était un combat tel qu'on n'en avait point encore vu depuis l'invention des mortiers et des canons.
Les grenadiers embarqués étaient prêts à monter à l'assaut, au moment où les remparts qui bordaient le pied des rochers s'écrouleraient et offriraient une brèche. Les Anglais furent quelque temps alarmés en remarquant que leurs boulets rouges ne pénétraient pas ou s'éteignaient dans l'épais bordage de ces prames, dans lequel on avait pratiqué des rigoles dont l'eau les inondait. Les bombes les plus pesantes tombaient sur leurs toits, ne les brisaient pas, roulaient dans la mer et s'y perdaient sans effet. Mais
pour servir à l'histoire du siège de Gibraltar, par Vauteur des batteries flottantes (Cadix ou Madrid [Besançon], 1783, in-8®); enfin dans V Histoire de la marine française pendant la guerre de Vindépendance américaine, par M. Ed. Chevalier, capitaine de vaisseau (1877, in-8«).
3lO HISTOIRE DE BEAUMARCHAIS.
enfin, les toits furent brisés et quelques bombes éclatèrent au milieu de ces prames avec un effroyable dégât. Les boulets rouges se succédaient avec une telle rapidité qu'ils cessèrent de s'éteindre. On vit d*abord un peu de fumée s'élever sur ces prames, le désordre se mettre parmi les troupes qu'elles portaient, et bientôt Tincendie éclater de la poupe à la proue.
Elles brûlaient à la vue des flottes espagnole et française, des princes, des grenadiers embarqués, de l'armée qui bordait les rivages, des curieux accourus des villes voisines et dont la foule garnissait les rochers et les collines.
Les chaloupes canonnières des Anglais, sorties des anses du rocher, s'avancèrent alors pour sauver les malheureux abandonnés sur ces prames brûlantes; ils n'osaient accepter leurs secours, dans la crainte que les Anglais, encore irrités des dangers qu'ils venaient de courir dans cette épouvantable attaque, ne les appelassent que pour s'en venger en les égorgeant eux-mêmes; mais le danger devint si pressant qu'ils s'abandonnèrent enfin à la discrétion des vainqueurs. Ils ne souillèrent point leur gloire par d'inutiles cruautés, et les vaincus trouvèrent tous les secours dont ils avaient besoin dans ces mêmes murs qu'ils avaient cru pouvoir emporter.
Les Anglais désiraient vivement s'emparer de quelques prames; mais les unes furent dévorées