‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 104 sur 168 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

DEPUIS LA PAIX DE lySS JUSQU'a LA MORT DE BEAU- MARCHAIS. — SES DERNIERS OUVRAGES DRAMATIQUES. — SA CONDUITE PENDANT LA RÉVOLUTION.

Les ministres qui avaient aimé Beaumarchais et ceux qui Pavaient bien connu étaient moris ou disgraciés. Ses ennemis restaient auprès du Roi, croissaient en âge et devenaient plus puissants. Peut-être ne s'en inquiéiait-il pas assez. Gardant toujours le même courage, il agissait comme s'il avait les mêmes appuis. Sa confiance le préservait de toute crainte; sa gaieté versait du baume sur toutes ses blessures.

Son imprimerie de Kehl florissait hors de Tatteinte des persécuteurs. L'édition de Voltaire s'y poursuivait, et, il faut le dire à l'honneur du ministère, cette édition recevait toujours la même protection du gouvernement. Les ballots arrivaient à l'adresse du chancelier ou du lieutenant de police. En 1783, on imprima à Kehl une édition complète des œuvres de J. J. Rous-

seau (i). Beaumarchais voyait avec plaisir ses presses occupées à propager la gloire des deux plus grands hommes de la littérature française; il eût désiré qu^il n^en sortît jamais que des ouvrages honorables aux lettres et utiles à l'humanité. Il apprit avec chagrin que, sans le consulter, et seulement pour occuper des ouvriers, on les avait souillées en réimprimant la satire que Fabbé de Mably avait publiée depuis peu sous le titre décevant de la Manière d'écrire l'histoire, et dans laquelle il outrageait plusieurs écrivains célèbres, entre autres M. de Voltaire.

Beaumarchais me pria de réfuter cet ouvrage. Je le refusai d*abord. « Je hais, lui dis-je, les débats littéraires ; je les crois plus nuisibles aux gens de lettres que favorables aux progrès de l'esprit humain. Je me suis interdit les disputes, les sarcasmes, les épigrammes; je n^ai jamais écrit contre personne, et je n*ai pas même répondu aux injures dont on m'a quelquefois honoré. »

Il me remontra que Tabbé de Mably n*était point un folliculaire, un libelliste de profession, un littérateur méprisable, un homme contre lequel il serait honteux d'entrer en lice. Sa réputation pouvait induire les jeunes gens en erreur.

J'en convins; je me laissai vaincre aux désirs

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(i) Collection complète des œuvres de J. J. Rousseau, 1783-1789, 34 vol. in-i8. La Bibliographie de Jean-Jac^ ques, par Barbier, revue par Quérard, la dit jolie, mais très-incorrecte.

ESSAIS d'aérostation. 323

de l'amitié, j'avouai qu'il ne serait pas inutile de discuter les principes qui fondent la science de l'histoire, de disculper les plus grands historiens de l'Europe de fautes qu'ils n'ont point faites, et que cet abbé leur attribue. Enfin, je pensai qu'il était nécessaire de bien faire sentir le ridicule d'un auteur qui affectait de mépriser des ouvrages estimables en affectant de ne les avoir pas lus, et je publiai ma réfutation sous le titre de Supplément à la Manière d'écrire l'histoire (i); car je suppléais à ce qui lui manquait : principes, précision, connaissance des auteurs.

Lorsque nous mettions ainsi nos plus doux plaisirs à propager ou à défendre la gloire des grands écrivains, M. de Montgolfier ouvrit à rhomme les routes de l'atmosphère. Cette belle invention nous remplit d'enthousiasme et d'admiration.

Beaumarchais en fut d'autant plus vivement frappé qu'il s'occupait alors, avec un mécanicien très-célèbre, de faire quelques expériences sur les moyens de s'élever dans les airs (2). J'assistai à

(i) Supplément à la Manih'e d'écrire l'histoire, ou Réponse à M. V abbé de Mably, par G. deL. B. Kehl, 1784, in-S».

(2) M. de Loménie (t. II, 5g3) a publié une lettre de Beaumarchais à François de Neufchâteau, ministre de Tintérieur, — lettre dont l'original figure au musée des Archives nationales, — par laquelle il lui recommande un aéronaute, M. Scott, qu'il se vante d'avoir jadis encouragé « en

quelques-unes, et je crois qu'elles auraient eu un plein succès par une savante disposition des forces de l'homme, par un long exercice des muscles propres à faire mouvoir des ailes d*une aussi grande envergure, ceux des bras étant trop faibles pour leur procurer le mouvement nécessaire.

La belle découverte de M. de Montgolfier et le ballon aérostatique de MM. Charles et Robert nous parurent suffisants. Nous assistâmes aux belles expériences qui se firent au faubourg Saint- Antoine, au Champ de Mars, à Versailles,

faisant imprimer ce qu'il avait écrit là-dessus pour lui assurer tout au moins l'honneur de sa belle invention par la publicité de la date qu'il en prenait ». Beaumarchais favt allusion à un volume intitulé Aérostat dirU geable à volonté (Maradan, 1789, in-8», 2 pi.); Tauteur se qualifie sur le titre de capitaine de dragons, attaché au régiment des Pyrénées, ci-devant de la Guyenne. La Révolution n'avait pas plus fait renoncer Scott à ses projets que Beaumarchais à l'attention qu'il leur accordait. On en a la preuve non-seulement par sa correspondance avec François de Neufchâteau, mais encore par deux lettres datées du 12 floréal et du 12 thermidor an VI, qui ont passé récemment dans la vente de la bibliothèque de M. Gh. de Mandre (n»» 568 et 1098). Il encourage Scott à poursuivre ses expériences, propose pour son appareil le mot d' aérotambule ou plutôt d'jérambule et regrette que la perte de sa fortune ne lui permette pas de multiplie des expériences comme les siennes. Scott, dont les recherches ne semblent pas avoir fait grand bruit, était également en relation avec les frères Montgolfier, ainsi que le prouve une lettre datée de 1790, à lui adressée par l'un des deux frères. (Vente Baylé, décembre 1886.)

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