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LE MARIAGE DE FIGARO

à la Muette, aux Tuileries, et peut-être nous causèrent-elles plus de plaisir et d'admiration qu'à tous autres (i) .

La paix se consolidant, Beaumarchais ne se fit aucun scrupule d'occuper le théâtre des jeux de son imagination. L'intrigue de sa nouvelle comédie , la Folle Journée, ou le Mariage de Figaro, était une conception neuve, hardie, ne ressemblant à aucune des pièces jouées jusqu'à ce jour. Il prévoyait des obstacles; il éveilla la curiosité publique, par un assez grand nombre de lectures, et, avec la curiosité, la malveillance se réveilla (2).

Huit ou neuf censeurs approuvèrent successivement cette pièce; car, toutes les fois que F un d'eux apportait son approbation au magistrat, il le trouvait prévenu par des propos que lui avaient tenus des gens qui ne connaissaient pas * la pièce ou qui la connaissaient mal.

Tout ce qu'on en disait était contradictoire; enfin, tous les rapports des censeurs royaux lui étant favorables, et les clameurs se fortifiant contre elle, le magistrat exigea qu'avant de la livrer au public, les comédiens en fissent une

(i) Gudin a payé son tribut à Tenthousiasme général par quelques vers placés en tête de la Description des expériences de la machine aérostatique de MM. de Montgolfler, par Faujas de Saint-Fond ^1783-1784, 2 parties, in-8''; fig. de Lorimier).

(2) tt Elle ne dort jamais, il est vrai, mais elle semble quelquefois assoupie. » (Mss. L.)

répétition sur le théâtre des Menus-Plaisirs du Roi, devant des seigneurs et des conseillers du Parlement et un grand nombre de personnes (i), afin de connaître si^ dans l'effet théâtral, il n'y avait pas quelque effet scandaleux qu'on n'avait pu découvrir aux lectures; car, puisqu'on en disait du mal^ il fallait bien qu'il y en eût, et on voulait à toute force le découvrir.

Rien n'était plus sage sans doute; le jour fut pris, les spectateurs invités. Déjà les acteurs s'habillaient, les rues se remplissaient déjà des carrosses de tous les curieux empressés de voir cet ouvrage, lorsqu'un ordre du Roi survint et défendit cette répétition. La défense accrut le désir du public et la renommée de la pièce.

Donné sans connaissance de cause, cet ordre fut révoqué sans motif; la répétition fut faite. Le plaisir qu'elle causa, les rires qui éclatèrent dissipèrent les scrupules, et la pièce fut permise.

Le public l'attendait depuis longtemps et l'accueillit avec transport. Ses'applaudissements confondirent toutes les cabales. Les machinateurs de trouble, obligés de se taire, cherchèrent comment ils pourraient nuire à l'auteur, n'ayant pu nuire à sa pièce. Voici ce qu'imagina la sublimité de leur génie, afin de flétrir sur le

(i) Dans le Mss. L. la phrase se termine ainsi : « Afin de bien examiner si rien n^ blessait la cour et la magistrature », et le texte continue : « Déjà les acteurs... »

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