‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 107 sur 168 · CRITIQUES DIVERSES. 33 I · texte numérisé non relu

CRITIQUES DIVERSES. 33 I

n'^y avait nul inconvénient que sa pièce ne fût pas jouée. Cependant, il y en avait un trèsgrand pour Lemierre. Beaumarchais le vengea dans le monologue de Figaro, et défendit la liberté du théâtre français, a Ce sont les esclaves qui font les tyrans », disait Duclos. Beaumarchais n'en faisait point.

Beaumarchais, dans cette pièce, remplit donc encore une fois les devoirs du poëte comique, en observant les sottises du siècle, en peignant des moeurs véritables, en livrant au rire du parterre ceux qui se croyaient au-dessus de toute censure. C'est ce qu'Aristophane avait fait avec moins d'art et sous d'autres formes, dans sa comédie des Guêpes, On le savait bien; le public lui en savait gré. Mais plus ses tableaux étaient ressemblants, plus ils soulevaient contre lui les Micromégas de toute espèce , même les Micro-mégas littéraires. Tous criaient contre l'ouvrage, parce qu'ils s'y reconnaissaient; ils disaient sa pièce mauvaise, parce qu'elle était bonne; ils la trouvaient indécente, parce que leurs mœurs étaient telles qu'il les représentait.

Le roi de Suède fut plus sensé, lorsqu'il dit à la reine de France que cette comédie n'était pas indécente, mais insolente. Or, ce qui paraissait insolence à un roi pouvait bien ne paraître à un peuple qu'une censure courageuse.

Ce mot d'un roi me rappelle une observation que Voltaire fit au duc de Richelieu. « La pri-

son du prince de Condé, lui mandait-il, la mort de François II seraient, à la vérité, un sujet de tragédie ; mais je ne réponds pas de Papprobation de la police. La pièce serait très-froide, si elle n'était pas très-insolente, et si elle était insolente, on ne pourrait la jouer qu'en Angleterre, w [Correspondance, tome LX, page 352) (i).

Eh! pourquoi fallait -il que les Anglais eussent la gloire de l'emporter sur nous en énergie dans la tragédie, et en vis comica dans la comédie? Pourquoi fallait-il que les vices des seigneurs fussent respectés en France (2) ? Pourquoi fallait-il que les étrangers continuassent à regarder les Français comme des enfants et à ne donner le nom d'hommes qu'aux Anglais?

Devait-on savoir mauvais gré à celui qui émancipait en quelque sorte ses spectateurs et qui les faisait rire du rire qui convient à des majeurs?

Si les Plaideurs de Racine ont corrigé les avocats de citer les Grecs, la Perse et le Japon, quand ils'agissait d'une gouttière ou d'un chapon, pourquoi le plaidoyer du Mariage de Figaro ne

* (i) Gudin renvoie tout naturellement à l'édition de Kehl. Disons, pour ceux qui voudraient vérifier sa citation, qu'elle est empruntée à la lettre du i3 décembre 1767.

(2) « Pourquoi fallait-il que nos auteurs composassent toujours comme des écoliers et se contentassent de faire rire des enfants, sans jamais rien dire à des hommes, comme l'observe Beaumarchais dans sa préface. » (Mss. L.)

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