CRITIQUES DIVERSES
les corrigerait-il pas du vice beaucoup plus odieux de plaider comme les plus vils des libellistes écrivent, et de calomnier leur partie adverse sans pudeur et sans décence?
Beaumarchais disait en plaisantant que le métier d'auteur était celui d'oseur, et il est bien avéré que Fauteur qui n'ose rien est semblable au guerrier qui ne hasarde rien; ils ne cueilleront ni palmes ni lauriers.
Mais cette pièce si gaie, si comique, si applaudie, si constamment suivie, est-elle sans défauts? Non, sans doute; elle en a, et l'auteur les connaissait mieux que ses critiques. Souvent, il m'avait dit que ses deux derniers actes étaient inférieurs aux premiers. En effet, dans les trois premiers, il n'y a peut-être pas un mot qui ne soit spirituel, naturel, essentiel, car ils sont tous de situation, de caractère, ou propres à faire marcher l'action. Aucun ne pourrait être supprimé sans nuire à la clarté, ou à l'ensemble, ou à l'effet général, et c''est un prodigieux mérite. Les deux derniers n'ont pas la même importance, quoiqu'ils étincellent d'esprit, de vérité, de vis comica; mais, après les scènes énergiques du second et du troisième acte, si on eût voulu augmenter la force de la situation, on se fût trop rapproché du drame. Il fallait en revenir à entraîner les esprits par la gaieté, à défaut de choses fortes.
Il y a peu de vraisemblance sans doute dans
les méprises des scènes nocturnes. Beaumarchais ne prétendait pas qu'il y en eût; mais il savait que les spectateurs se prêtaient volontiers à cette sorte d^illusion , quand il en naît un imbroglio divertissant. On y était accoutumé sur tous les théâtres du monde , depuis le temps des Grecs. Plante en avait étrangement usé dans la Casina, où il fait prendre pour une jeune épousée un vigoureux esclave habillé en iSUe; les Espagnols et les Italiens n'avaient guère moins abusé de ces scènes de nuit et n^en avaient pas tiré des résultats aussi heureux que Beaumarchais.
On avait toléré bien d'autres invraisemblances dans les comédies de Molière, dans les confidences de l'École des maris, dans celles de V École des femmes, dans le sac ridicule où Scapin enveloppe non pas lui, mais son patron, dans les coups de bâton que le Médecin malgré lui donne au père qui lui amène sa fille pour la guérir.
Que Ton examine seulement comme jeu de théâtre la fête par laquelle Figaro imagine de remercier le comte d'avoir aboli le droit du seigneur, et qu'on la compare à la réception du Bourgeois gentilhomme en Mamamouchi, on se convaincra que la première est mieux motivée et plus admissible (i).
La critique s'est surtout exercée sur le long
(i) Ce paragraphe manque dans le Mss. L.