‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 111 sur 168 · CRITIQUES ET CABALES · texte numérisé non relu

CRITIQUES ET CABALES

auraient étranglé volontiers Beaumarchais. Le même mérite excitait les mêmes rumeurs. Leurs tableaux étaient vrais ; les méchants étaient furieux. Ils applaudissaient aux indécences du batelage de Dancourt; ils souffraient les Courtisanes de Palissot, et ne pouvaient tolérer la vérité des portraits dessinés par Molière et par Beaumarchais. Eux seuls ont vu contre eux ce déchaînement constant; c'est qu'eux seuls ont eu le courage d'Aristophane avec le vis comica de Plante, sans avoir la grossièreté injurieuse du premier et la turpitude des mœurs du second.

Rappelons-nous qu'avant de permettre la représentation du Mariage de Figaro, les magistrats la firent jouer, devant eux, sur le théâtre des Menus, qu'ils l'examinèrent scrupuleusement, qu'ils pensèrent qu'on pouvait Toffrir au public sans inconvénient. Ils ont donc jugé que cette comédie n'était nullement dangereuse, soit par la hardiesse des pensées, soit par Foriginalité de son style, qui ne blesse ni les oreilles ni les mœurs.

Elle était si loin d'être dangereuse que, dans le temps où les folliculaires se déclaraient contre elle avec fureur et cherchaient à la bannir du théâtre, dont elle augmentait la gloire, les autres nations se l'appropriaient. On la traduisait dans toutes les langues; les Italiens la mettaient en musique; on la jouait sur tous les théâtres de

l'Europe. Beaumarchais en recevait tous les jours quelque nouvelle traduction.

Il en est une qui l'aurait plus flatté peut-être, et qu'il n'a point vue; je n'en ai été informé que depuis sa mort. C'est celle que quelques Anglais ont fait écrire dans leur langue de l'Hindoustan, et Ton m'assure que Ton joue dans cette langue le Mariage de Figaro sur ces mêmes rives oîi les anciens Grecs allaient chercher la sagesse.

Comment donc de misérables calomniateurs à quatre sols la feuille osent-ils encore nous répéter qu'une pièce qui a subi tant d'épreuves, qui a reçu la sanction et l'approbation de tant de magistrats, que toutes les nations éclairées ont adoptée et applaudie, est un ouvrage scandaleux et dangereux?

Ils ne le croient pas; mais ils veulent nuire, et ils flétrissent sans pudeur leur propre nation, comme leur propre jugement.

Pour moi, qui n'aime que la justice et qui me plais à la rendre à mon siècle et à mes contemporains, je la rendrai hautement aux hommes de bien, aux vertueux magistrats qui ont permis un ouvrage honorable pour le théâtre de notre nation, et qui a plus concouru qu'aucun autre à en augmenter la célébrité. Je dirai plus : lorsqu'un gouvernement sage veut réformer de grands abus sans employer le sabre des janissaires ou le cordon des muets, que peut-il faire de mieux que

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