RÉPONSE AUX CRITIQUES
d'y préparer les esprits par de bons écrits ou par de bonnes plaisanteries?
Ainsi Louis XIV, voulant rendre les marquis de sa cour moins ridicules et les gentillâtres des provinces moins rustres, les abandonna aux sarcasmes de Molière. Les successeurs de ce roi désiraient établir la tolérance, supprimer cette foule de moines et de religieuses qui nuisaient à la reproduction de l'espèce humaine et au recrutement des armées, dans un siècle oîi le besoin d'augmenter le nombre des troupes et celui des matelots rendait nécessaire de multiplier les mariages et les naissances; ils trouvèrent bon qu'on écrivît en faveur du mariage des prêtres et de la suppression des couvents; mais, ne voulant pas effaroucher les esprits et indisposer le clergé, ils publiaient de vaines défenses contre ces livres qu'ils favorisaient.
La vénalité des charges était un autre abuS, quoiqu'elle eût l'avantage de porter de la gravité dans les familles riches en les faisant aspirer aux honneurs de la robe, dont les mœurs furent toujours plus exemplaires que celles des autres ordres. Le gouvernement et le Parlement même n'étaient point fâchés qu'on disposât les esprits à la réforme de Tabus en le faisant sentir, soit par des écrits sérieux, soit par des jeux de la scène française. On aurait cru calomnier l'État entier, et on l'eût calomnié en effet, si Ton eût prétendu qu'il était assez mal posé sur sa base pour être
ébranlé par des plaisanteries. Aussi ne le fut-il point, et Molière n'était pas né lorsque l'intrépide Mathieu Mole, en i6i5, avertit Marie de Médîcîs qu'elle allumait un feu qui consumerait rÉtat. Ce feu, qui depuis a éclaté quelquefois et a longtemps couvé sous la cendre, a produit son effet au jour de la Révolution. C'est ce qu'ignorait La Harpe, et ce que ne savaient point les folliculaires qui, n'ayant point de quoi acheter des livres, écrivaient pour avoir du pain.
Ils auraient dû savoir au moins que la scène française fourmille de situations plus licencieuses que celles du Mariage de Figaro, Les tétons de la nourrice, que Sganarelle, devenu médecin malgré lui, veut prendre en plein théâtre, les scènes nocturnes de George Dandin, les terreurs du Cocu imaginaire, le fond de la comédie à! Amphitryon, la fameuse scène du quatrième acte de Tartuffe, les propositions et l'attentat du vieux Lisimon sur la femme de chambre de son épouse offrent des situations plus voisines de l'indécence que les tableaux charmants de la Folle Journée,
Ainsi que je le disais plus haut, qu'on examine seulement comme jeu de théâtre la fête pour laquelle Figaro imagine de remercier le comte d'avoir aboli le droit du seigneur, et qu'on la compare avec celle du Bourgeois gentilhomme en Mamamouchi, on se convaincra que la première est mieux motivée, plus admissible, plus