‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 113 sur 168 · RÉPONSE AUX CRITIQUES · texte numérisé non relu

RÉPONSE AUX CRITIQUES

vraisemblable, que le dialogue en a plus de goût, d'esprit, de finesse. Si M. Jourdain est tellement tombé en démence qu'on puisse lui persuader une telle absurdité, il n'est plus un personnage comique, un homme dont on puisse rire; il n'est qu*un malade et ne peut faire que pitié. Molière sentait ce défaut mieux que moi; il Ta pallié en prodiguant avec adresse dans cette farce de graves .niaiseries, car avec ses tapis en Tair, ses turbans de bougies allumées, son alcoran sur le dos du bourgeois agenouillé, ses muphtis, ses derviches, sa musique, son baragouin, il donne à toute cette pompe je ne sais quel air de cérémonie d'église qui ne frappait de son temps que quelques hommes éclairés, et qui amusait la multitude alors peu scrupuleuse; mais, de nos jours, cette espèce de parodie ferait crier à la profanation, à Timpie, au philosophe.

La Harpe n'y eût pas manqué, si Molière eût vécu de son temps; car, ayant aperçu dans le Mariage de Figaro quelques traits mal sonnants à son oreille, et surtout la philosophie, il fulmine contre eux l'anathème de sa critique, qu'il croyait infaillible. Il trouva très-mauvais que Fauteur eût donné aux personnages de son temps des idées qui étaient alors dans toutes les têtes, et des expressions qu'il appelle philosophiques, mais dont on se servait partout, comme on avait employé dans d'autres temps des exprès-

sions mystiques et antécédemment des mots obscènes. Chaque siècle a son langage.

On pouvait dire à La Harpe, depuis sa conversion, comme au bonhomme Géronte : aCest votre léthargie qui vous fait oublier toutes ces choses. »

Elle lui faisait tellement perdre la mémoire, qu'il blâme souvent dans ses contemporains ce qu'il a loué dans leurs prédécesseurs. Il recherche avec soin tout ce qui lui paraît défectueux dans les mœurs du Mariage de Figaro, qu'il appelle très-improprement les Noces, quoique ce mot n'exprime que les fêtes qui suivent la célébration, et non celles qui la précèdent. Sa léthargie, qui lui fait oublier le sens de ce mot, lui fait oublier aussi que, quelques pages plus haut, il avait excusé avec chaleur les mœurs bien autrement indécentes de Tur caret. « Ce sont, dit-il, de mauvaises mœurs; mais les bonnes mœurs sont -elles comiques? Est-ce avec de la vertu qu'on fait rire? et la comédie doit-elle peindre autre chose que des vices, des travers, des ridicules? Il faut lui permettre de les montrer, si l'on veut qu'elle les corrige, et les mœurs du Bourgeois gentilhomme, de George Dandin, du Légataire, de V École des maris sont-elles bien pures? »

Eh ! grand critique, votre léthargie vous fait oublier que, par ces paroles, vous justifiez la comédie du Mariage de Figaro; elle vous fait

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