‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 114 sur 168 · SUPPRESSIONS TEMPORAIRES. 3/\.J · texte numérisé non relu

SUPPRESSIONS TEMPORAIRES. 3/\.J

oublier que l'auteur a dit les mêmes choses dans sa préface, que vous critiquez pourtant assez durement. Il cite les mœurs de Turcaret, de V Avare, du Tartuffe; il ajoute « qu'avec ces mots si rebattus de bon ton, bonne compagnie, décence et bonnes mœurs, on garrotte le génie des auteurs, on tue la comédie ». Votre léthargie vous fait oublier que dans Turcaret, que vous voulez élever au-dessus du Mariage de Figaro, la revendeuse à la toilette, sœur de ce financier, n'est qu'une imitation du rôle de madame la Ressource dans le Joueur de . Regnard. Oh! combien vous auriez crié au plagiat si vous eussiez trouvé une figure ainsi calquée dans le Mariage de Figaro! Et vous ne l'applaudissez pas de n'y avoir placé que des situations qu'on n'avait pas vues encore sur la scène? Vous le saviez bien, mais vous ne vouliez pas avouer que le fond, la forme, les caractères, le dialogue, tout était neuf et original dans cet ouvrage; même ces scènes nocturnes, que Fauteur a modifiées d'une manière nouvelle.

Cette pièce fut admirablement bien jouée dans sa nouveauté; l'ensemble en était parfait; le succès s'en est soutenu jusqu'à nos jours, malgré les changements qui sont arrivés dans les mœurs, dans les idées, dans les opinions et au théâtre. Les circonstances en ont fait supprimer quelquefois plusieurs détails intéressants. On a fait de semblables suppressions à beaucoup d'autres

pièces. Ce serait un ouvrage curieux que Phistoire du théâtre pendant la Révolution. On y verrait la représentation de Mérope défendue par un décret 9 et celles de Bmtus, de Guillaume Tell, des Gracques, ordonnées par un autre (i), des vers, ou retranchés, ou récités avec emphase par des ordres secrets^ selon les circonstances, soit dans la crainte des allusions, soit dans Tes-

(i) Le 3i mars 1793, Génissieux, député de Tlsère à la Convention, s'étonna qu'on laissât représenter au théâtre Montansier une tragédie dans laquelle une reine en deuil pleure son mari et souhaite ardemment le retour de deux frères absents. Sur la proposition de Boissy d'Anglas, le comité d'instruction publique fut chargé de présenter une loi touchant la surveillance des spectacles et le maire de Paris invité à prendre les mesures nécessaires pour empêcher les représentations de Mérope, Brutus, au contraire, fut repris avec éclat en 1790 et 1791 ; mais un arrêté en date du 22 ventôse an II (12 mars 1794), n'autorisa les représentations qu'après des changements qu'il ne spécifiait pas. On a retenu toutefois deux vers cités par Villemain dans son Cours de littérature, mais on ne sait s'il les avait recueillis par tradition ou s'il les avait inventés. Au quatrième acte (se. viii), Brutus disait :

Arrêter un Romain sur un simple soupçon Ne peut être permis qu'en révolution,

tandis que le texte original porte :

Arrêter un Romain sur de simples soupçons, C'est agir en tyrans^ nous qui les punissons.

Guillaume Tell, tragédie de Lemierre, avait reçu pour sous-titre : les Sans-Culottes suisses et subi aussi quelques retranchements. Le fameux hémistiche de Caîus Gracchus :

Des lois et non du sang 1

fit dénoncer Marie-Joseph Ghénier par son collègue Billaud-Varcnne comme un mauvais citoyen.

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