‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 116 sur 168 · FIGARO ET LES MERES NOURRICES. 35 I · texte numérisé non relu

FIGARO ET LES MERES NOURRICES. 35 I

Les disciples de ces philosophes étaient plus portés à louer qu'à blâmer une comédie oîi leurs ennemis prétendaient qu'on trouvait quelques principes de philosophie et quelques traits de leur caractère. Mais La Harpe, attribuant aux philosophes tous les délits du siècle, confondant avec eux tous ceux qui prenaient leur masque pour se faire croire digne d'estime, à peu près comme les hypocrites se donnent pour dévots afin de se faire croire gens de bien.

Et voilà justement comme Ton écrit l'histoire (i).

Voici quelques faits qu'elle ne doit pas omettre, en dépit de tous les grands critiques qui se sont plu à décrier les mœurs du dix-huitième siècle.

Jean-Jacques dans son Emile, Voltaire dans la Comtesse de Givrjr, Buffon dans son Traité de la nature de V homme, avaient rappelé les femmes au devoir de nourrir elles-mêmes leurs enfants. Elles n'avaient pas été insensibles à la voix des sages , et les plus riches avaient repris Tusage d'allaiter. Les plus pauvres, surtout celles des ouvriers, ne le pouvaient guère. Beaumarchais chercha à leur en procurer les moyens. Il écrit aux rédacteurs du Journal de Paris ^ propose une souscription en faveur des mères nourrices, et leur consacre ce qui lui revenait pour

(i) Voltaire, Chariot ou la Comtesse de Givry, acte I, se. VII. Éd. Fournier a fait observer que la même exclamation est formulée dans une lettre à madame du DefFand, du 24 septembre 1766;

sa part d'auteur dans les représentations du Mariage de Figaro, C'était un don d'environ quatre-vingt mille francs/

Cette lettre et cette générosité firent une grande sensation. Les artistes consacrèrent cette bonne œuvre par une gravure oli ils représentèrent Figaro secourant les mères et ouvrant les prisons des pauvres pères détenus pour n'avoir pu payer les mois des nourrices. Cette estampe fut aussi vendue, si je ne me trompe, au profit des pauvres mères (i).

Cette application des fruits du génie et des

(i) Je n'ai pu, malgré toutes mes recherches, trouver la trace de cette planche, qui manquait aux collections Laterrade et Hennin. Par contre, celle-ci renferme (tome CXV, p. 37), les deux rarissimes caricatures représentant Beaumarchais entrant à Saint-Lazare et fustigé par un Frère de Saint-Yon; la seconde est en partie coloriée. On a longtemps ignoré le nom de Tauteur de ces médiocres estampes; mais M. Ludovic Lalanne a retrouvé, précisément dans les papiers du fonds Hennin, à la bibliothèque de l'Institut, et publié dans le Couri'ier de VArt (1882, p. 498), deux lettres du graveur Vangelisty, qui avoue sa faute et réclame l'intercession de M. Hennin auprès de Le Noir, le lieutenant de police ayant fait emprisonner à la Force madame La Gardette, marchande d'estampes, pour avoir mis en vente les fameuses caricatures. Elles étaient primitivement jointes toutes deux à un exemplaire de la Folle Journée appartenant à la bibliothèque de l'Arsenal; elles se trouvent classées aujourd'hui dans un recueil de portraits. Une autre épreuve ornait un exemplaire de la même comédie, relié par Bozérian, et qui a passé, en 1879, dans la première vente du docteur Desbarreaux-Bernard; il provenait de la vente Pixérécourt (1097).

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