MISE EN LIBERTÉ
résoudre à percer le cœur de sa femme et de sa fille, à les condamner à des larmes peut-être éternelles, dans le vain espoir d'arracher à la puissance Paveu d'une injustice.
Nous remmenâmes enfin. Des princes, des maréchaux de France, des personnes de tous les rangs s'étaient fait inscrire à sa porte pendant sa détention, et vinrent le féliciter à son retour. Nous eûmes la satisfaction de voir que cet abus du pouvoir ne l'avait point dégradé dans l'opinion publique.
Nous savions bien que les coups d'autorité ne déshonorent pas , de quelque manière qu'ils frappent, n'étant point précédés d'un examen réfléchi, d'une discussion contradictoire, comme les jugements des tribunaux, et, les victimes n'en ayant été ni entendues ni défendues avant d'être immolées, ils ne peuvent pas même entacher. Mais enfin celui-ci était si étrange qu'on pouvait bien être incertain de l'effet qu'il produirait.
Il fut ce qu'il devait être. Il inspira un grand intérêt pour l'opprimé, une indignation sourde contre les oppresseurs, et il fit craindre de voir dégénérer en tyrannie le règne d'un prince qui aimait la justice, qui voulait le bonheur public, mais qui se laissait aller à des emportements qu'on savait provoquer, et dont on tirait ensuite parti pour l'entraîner contre sa propre volonté. Heureux si celui-ci eût été le dernier î
Bientôt après, un autre accès de colère, un autre coup d'autorité vint effrayer le public et faire oublier celui dont Beaumarchais avait été frappé. « Votre ridicule aventure, lui dit-on, vient d'être ensevelie sous un chapeau rouge. » Ce fut ainsi qu'on lui annonça l'emprisonnement du cardinal de Rohan.
Il en fut affligé plus pouF l'État, qu'il aimait, que pour ce cardinal, qu'il connaissait, et qu'il avait tenté de dissuader de mettre sa confiance dans des charlatans; car, depuis la mort de ces grands hommes que l'Europe avait honorés du nom de philosophes, les Mesmer, les Cagliostro et d'autres empiriques cherchaient à se substituer à leur place. Ils tâtaient la nation, pour ainsi dire, et cherchaient à savoir si elle était véritablement éclairée, ou s'il y avait quelque moyen de la ramener aux absurdités du dixième et du onzième siècle. Ils ne trouvèrent que trop de partisans.
L'un faisait voir des ombres, l'autre guérissait avec des gestes et faisait découvrir des secrets par des somnambules; un troisième employait la baguette divinatoire. On semblait revenir au temps où les sorciers, les revenants, les loups-garous couraient les champs et troublaient les châteaux.
Beaumarchais s'en moquait. Il dit un jour au comte de Maurepas : « Vous pouvez offrir à Mesmer tout ce qu'il vous demandera, même la