‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 122 sur 168 · TARARE · texte numérisé non relu

TARARE

française ! On exigeait plus de Beaumarchais que des autres auteurs lyriques, et on avait raison. Outre l'estime que Ton avait pour son talent, il était Juste de vouloir que le style répondît à la grandeur du sujet. Il y personnifiait la Nature; il la représentait au moment oti elle s'occupe à créer une génération nouvelle. Il la mettait en scène avec le Génie du feu élémentaire, sans lequel nul individu ne peut être animé. Il n'avait point appelé Tune Cybèle, ou Vesta, ou Rhée, ni l'autre Apollon, selon Pusage de la mythologie. C'était une liberté qu'un poëte pouvait prendre ; c'était agrandir son sujet, c'était sortir de toutes les routes connues; mais plus cette conception était vaste, plus il devenait nécessaire que le dialogue y répondît. Elle aurait eu besoin du style éclatant de Voltaire et de la mélodie harmonieuse de Racine.

Beaumarchais, qui n'avait jamais écrit une seule pièce en grands vers, ne possédait pas assez le mécanisme de la versification pour exprimer heureusement des idées si fortes et si élevées qu'il serait même difficile de les exprimer en prose avec élégance.

Je ne lui dissimulai point que je croyais impossible de mettre ce prologue en musique. Salieri (i), formé à une école accoutumée à surmonter les difficultés, en vint à bout.

( i) Antoine Salieri, compositeur italien, né à Legnano

3yS HISTOIRE DE BEAUMARCHAIS.

L'opéra qui suivit ce prologue était le développement très-rapide d'une de ces révolutions trop communes dans les États despotiques de TOrient, qui montrent ce que l'estime publique et la force du caractère peuvent quelquefois contre la tyrannie.

L*idée de terminer ce spectacle par ramener le spectateur dans les plaines de l'immensité, et par faire reparaître au-dessus des nuages la Nature et le Génie du feu, considérant la terre où cette révolution venait d'arriver, encadrait, pour ainsi dire^ cet opéra, et ne faisait qu'un seul tout du prologue, de la pièce et de cette dernière scène.

La Nature, prononçant du haut des airs, devant le peuple encore assemblé, et couronnant Tarare, ces belles paroles, cette grande vérité morale :

Mortel, qui que tu sois, prince, brame ou soldat, Homme, ta grandeur sur la terre N'appartient point à ton état :

Elle est tout à ton caractère,

et cet oracle se traçant en lettres de feu sur les nuages, formaient un spectacle aussi magnifique qu'il était neuf. Cet opéra eût certainement triomphé de ses critiques, si la versification eût égalé la grandeur du sujet.

en 1750, mort à Vienne en 1825, a donné un grand nombre d'opéras, dont les moins inconnus sont aujourd'hui Las[are et les Danaides.

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