TARARE
Mais, en convenant de ce défaut, en convenant que le passage du terrible au comique n'y est pas peut-être assez savamment ménagé, il faut convenir que la marche de Faction en est trèsrapide, qu'il y a de beaux mouvements, de grands contrastes, un beau jeu de passions fortes et bien opposées Tune à l'autre, de la sensibilité, et quelquefois de beaux vers remplis d'une pensée juste ou d'un sentiment vrai, et qui appartiennent à la situation :
Ah ! vous n'avez pas eu Tarare pour amour.
D'autres, remplis d'une moralité touchante, même dès le prologue, tels que ceux-ci :
Enfans, embrassez- vous, etc..
jusqu'au vers :
Qu'un homme commande à sa fureur.
Tels encore que ceux-ci dans la pièce :
Où trouve-t-il, dis-moi, cette félicité... etc.
jusqu'à ce vers :
Le ciel, les malheureux, la patrie et son maître.
De tels vers seraient applaudis au Théâtre- Français dans la plus noble des tragédies. Aussi ai-je vu les comédiens proposer à Beaumarchais de leur donner cette pièce, et lui répondre qu'elle aurait un grand succès, quoique dénuée de musique; mais la Comédie française avait assez de pièces intéressantes. Beaumarchais voulait savoir si l'on pouvait intéresser à TOpéra par des situations fortes.
38o HISTOIRE DE BEAUMARCHAIS.
On trouve aussi dans cet ouvrage une foule de vers pleins de fierté et d'énergie, tels que ceux-ci :
Calme ta fureur, Altamort; Ce sombre feu, quand il s'allume, Détruit les forces, nous consume ; Le guerrier en colère est mort...
Qu'elle soit juste ou non, je demande la mort. Je ne peux mourir qu'une fois.
Quand je m'engageai sous tes lois, Atar, je te donnai ma vie; Elle est tout entière à mon roi.
Au lieu de la perdre pour toi.
C'est par toi qu'elle m'est ravie; J'ai rempli mon sort, suis ton choix; Je ne puis mourir qu'une fois.
Va, l'abus du pouvoir suprême Finit toujours par l'ébranler; Le méchant qui fait tout trembler Est bien près de trembler lui-même.
Ceux qui aiment l'antiquité et qui se plaisent à connaître ce qu'on lui emprunte, remarqueront que ces quatre derniers vers sont tirés de Ménandre, dans sa comédie du Bouclier, etqu*ils ont été traduits sur le théâtre de Rome par Labienus, chevalier romain, que César força de jouer la comédie. Il affaiblit ainsi la pensée de Ménandre :
Necesse est enim multas timeat quem muHi tintent.
Lorsque les grandes conceptions de l'opéra de Tarare étonnaient les spectateurs, agitaient les