‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 125 sur 168 · MORT DE VERGENNES · texte numérisé non relu

MORT DE VERGENNES

J'ose même présumer que le courage entreprenant de ces deux hommes de génie serait parvenu à vaincre tous les obstacles d'une telle entreprise, si la Révolution n'en avait pas apporté d'inexpugnables.

Beaumarchais, quand sa fortune était médiocre, reculait les bornes du théâtre, et, devenu riche par des entreprises d'un commerce utile à son pays, il employait sa fortune à étendre les limites des arts. Dans tous les temps, il fit un noble usage de sa fortune, et jamais on ne put lui reprocher ni faiblesse ni servilité. Personne ne sut mieux, dans toutes les circonstances, conserver la dignité de Thomme.

Lorsqu'il s'occupait à bâtir, à planter, à disposer la retraite de sa famille, le comte de Vergennes vint à mourir, et, avec ce ministre habile, disparurent tous les plans de sagesse et toute énergie dans le cabinet de Versailles; Louis XVI frappait d'une main faible des coups d'autorité qui n'ébranlaient que lui et qui n'abattaient point ceux qu'il menaçait.

L'enlèvement de deux magistrats, l'exil du Parlement, la détention des députés de Bretagne indisposaient les esprits; l'attente des États généraux les disposèrent à la résistance.

Les comédiens, voyant les troubles diminuer

leurs recettes, voulurent donner la reprise du

j Mariage de Figaro. Beaumarchais s'y opposa;

■ il leur manda : « Il peut paraître étrange, et

peut-être indécent, que la Comédie choisisse un instant d'affliction, de trouble et de deuil pour remettre au théâtre la pièce la plus gaie qu'elle ail au répertoire, et surtout à cause de Taudience du troisième acte, qui pourrait être envisagée comme un projet formé par les comédiens et par moi d'opposer le tableau du ridicule d'un sot juge à la véritable douleur dans laquelle la magistrature est plongée.

« L'instant de remettre la Folle Journée est mal choisi pour la décence publique. Je m'oppose donc, autant qu'il est en moi, à ce qu'on donne la Folle Journée; et, si j'avais quelque crédit, j'irais plus loin sur le spectacle, etc. »

Ces lettres ne justifient-elles pas ce que j'ai avancé quand j'ai dit qu'il n'avait pas voulu que CQXtQ Folle Journée ïût joiiée pendant le cours d'une guerre désastreuse, et qu'il attendit la paix pour en offrir la première représentation au public ? Cette conduite n'est-elle pas celle d'un excellent citoyen? N'annonce-t-elle pas une grande moralité?

Au milieu de ces désordres qui, depuis, ont été si funestes, j'eus le malheur de perdre ma mère. Elle avait quatre-vingt-trois ans ; elle mourut environnée de ses enfants, tous unis d'une amitié qui ne s'est jamais démentie. Beaumarchais vint aussitôt me voir, m'ofîrir toutes les consolations de l'amitié, et réclamer la parole que nous nous étions donnée depuis longtemps,

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