ASSEMBLÉE DES ÉLECTEURS
offrir de candidats, afin que, personne ne sachant à qui donner sa voix, il la donnât au hasard ou sur la foi de quelques hommes adroits qui indiqueraient ceux que les ministres désiraient. Ce défaut de candidats mis en évidence, et dont les talents, les intérêts, les mœurs, les opinions auraient été connus, discutés et scrutés longtemps avant le jour de Pélection, est la plus grande faute qu'on ait commise. Elle est peut-être l'origine de tous nos malheurs et la cause du renversement de la monarchie; car beaucoup de gens qu'on a nommés au hasard n*auraient pas osé se présenter comme candidats, et s'exposer à l'examen préalable du public.
Beaumarchais et moi nous fûmes à l'assemblée qui se tenait au couvent des Blancs- Manteaux; quelques voix s'élevèrent et prétendirent que Beaumarchais devait aller voter à rassemblée des nobles, car la noblesse s'assemblait séparément, aussi bien que le clergé, ces assemblées de section n'étant que pour la bourgeoisie. tt Je n*ai point pris, repartit Beaumarchais à ceux qui voulaient l'éloigner, je n'ai point pris, après vingt ans d'exercice , des lettres de vété' rance (i) parce que je ne fais cas que de la dignité d'homme. Je savais bien qu'en ne présentant point ces lettres je perdais les privilèges de
(i) Les lettres de vétérance transmettaient une charge au éls de celui qui Tavait occupée, ou conservaient aux
la noblesse, et que je rentrais dans la bourgeoisie. C'est ici ma place. »
La majorité des voix se déclara pour lui. On ne peut douter que chaque parti ne se soit efforcé d'entraîner Beaumarchais et de lui inspirer ses fureurs. On ne peut douter qu'il n'ait eu besoin de sa fermeté et de son habileté pour résister à tant d'intrigues, et n'être constamment que du parti de la saine raison et de la modération.
On plantait alors le jardin de la maison qu'il faisait construire : il écrivit sur la porte :
Ce petit jardin fut planté L'an premier de la liberté.
Les bosquets offraient partout des témoignages de sa sensibilité. Il avait inscrit au bas d'une statue de l'Amour :
Toi qui portas le trouble en plus d'une famille, Je te demande, Amour, le bonheur de ma fille.
Dans un autre bosquet, il suspendit le médaillon de son ami, M. Dupaty, auprès de la statue d*une jeune fille en larmes, et mit au bas :
Et nous aussi, nous le pleurons.
Sou^ une voûte obscure, il éleva un sarco-
anciens titulaires les privilèges et honneurs attachés à Toffice qu'ils avaient exercé durant vingt ans. Delamare, dans son Traité de police, cite (livre I, titre xi, § IX) un certain nombre de lettres de vétérance accordées à des magistrats ou à des fonctionnaires du Châtelet.