SON OPINION DANS LA QUESTION
convinrent que ces frais seraient évalués à sept cents francs par jour.
Les comédiens appelés français, les plus riches de tous, et les seuls qui n'eussent point à payer le loyer de leur salle, refusèrent de souscrire à cet arrangement, et demandèrent neuf cents livres pour leurs frais journaliers.
Beaumarchais fut de nouveau prié d'examiner cette affaire, car les auteurs ne voulaient qu'être bien instruits, afin d'être justes. Ils désiraient que le théâtre fleurît. C'était le premier et le plus cher de leurs intérêts.
Après plusieurs difficultés, les acteurs communiquèrent leurs registres. Beaumarchais y vit que leur recette montait, dans les années les moins productives, à cinq cent mille livres, et, dans les surabondantes^ à un million, mais que, ordinairement, elle était de sept cent trente-cinq mille livres; que, les frais évalués à sept cents livres par jour, il restait un produit net de quatre cent quatre-vingt-dix mille livres; que les acteurs partageaient ce produit en vingt-trois parts, ce qui faisait vingt et une à vingt-deux mille livres pour chaque part.
Il observa ensuite qu'il y avait environ chaque année vingt à vingt-trois auteurs qui travaillaient pour le théâtre, en y comprenant ceux qui faisaient des pièces en un, ou deux, ou trois actes^ aussi bien que ceux qui en donnaient de grandes en cinq actes^ et que jamais ces auteurs^
pris en masse, ne retiraient annuellement de la comédie plus de dix-sept mille six cents livres, si ce n'est dans les années surabondantes, où les auteurs avaient eu trente-sept à trente-huit mille livres à partager, quand les acteurs touchaient un million.
Il en résulte que toutes les pièces de Corneille, de Molière, de Racine, de Voltaire, de Regnard, de Destouches, de tous les auteurs qui composent le riche répertoire de la Comédie, toutes celles mêmes qui doivent l'augmenter par la suite des temps, etqui produisent à la Comédie un revenu net de quatre cent quatre-vingt-dix mille livres, ne lui coûtent qu'une rente de dixsept mille livres. Cette rente ne représente que le fonds de trois cent quarante mille livres. Je ne crois pas qu'il y ait au monde un aussi grand revenu acheté aussi bon marché. Il est vrai qu'il fut acquis à la charge de prendre le plaisir de jouer les chefs-d'œuvre des plus grands maîtres, les pièces les plus agréables à représenter, et de recevoir les applaudissements du public.
Beaumarchais en concluait que, pour procu^ rer une recette de vingt sols à un auteur, il fallait qu'un acteur touchât vingt-sept francs. (( Cela est juste, disait-il dans son rapport^ parce qu'on ne jouait pas tous les jours des pièces nouvelles; parce que les comédiens ont des chances de revers auxquelles les auteurs ne sont point soumis; parce que leur état^ exigeant