‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 13 sur 168 · MOT DU DAUPHIN SUR LUI · texte numérisé non relu

MOT DU DAUPHIN SUR LUI

aussi funestes, et que la légèreté multiplie beaucoup plus que la bravoure.

Avant que le chevalier fût mort, lorsqu^il était encore incertain s'il ne laisserait pas échapper le secret qu'il voulait garder, et si sa famille n'en demanderait pas vengeance, Beaumarchais réclama la protection de Mesdames, qu'il instruisit de toutes les circonstances de ce malheureux événement. Elles en prévinrent le Roi; sa bonté paternelle lui fit répondre : « Faites en sorte , mes enfants, qu'on ne m'en parle pas. » Ces augustes princesses prirent toutes les précautions que la générosité du mort rendit inutiles.

Les efforts qu'on faisait perpétuellement con tre Beaumarchais ne servaient qu'à augmenter envers lui la bienveillance de la famille royale. Le Dauphin le goûtait particulièrement ; il dit même un jour que Beaumarchais était le seul qui lui parlât avec vérité. Ce mot ne diminua pas le nombre de ses ennemis. Mais ces ennemis, mais les efforts de l'envie fortifièrent ce caractère à qui la nature avait donné tant d'énergie. Il apprit à veiller sans cesse sur lui-même, à maîtriser l'impétuosité de ses passions, à conserver, dans les circonstances les plus scabreuses et les plus imprévues, le sang-froid le plus ferme et la présence d'esprit la plus active. Tout ce qui semblait préparé pour lui nuire tournait à son avantage et le rendait supérieur aux événements.

Il était jeune encore, ne cherchait qu'à plaire,

à rendre des services, à être utile à sa famille; il n^oubliait pas même ses anciens camarades et ne revenait guère à Paris qu'en descendant chez son père, il n'allât revoir et embrasser ses voisins et ceux qui avaient été les témoins de ses premiers travaux. Se montrant aussi éloigné de la sotte vanité qui rougit de son origine que de l'orgueil stupide qui se pare de celle qu'il n'a point, il faisait oublier par sa gaieté et son affabilité, non-seulement jusqu'à son changement de fortune, mais quelquefois même jusqu'à la supériorité de son esprit. Dans l'intérieur de sa famille, il était un homme de mœurs simples et même ce qu'on appelle un bon homme.

Satisfait de voir sa fortune s'augmenter par les affaires auxquelles l'amitié de M. Duverney le faisait participer, il ne songeait guère qu'à se livrer aux charmes de la société, portée alors dans Paris au plus haut degré de civilisation, à jouir du plaisir que les beaux-arts, et surtout les lettres, procuraient alors aux esprits capables d'en savourer les avantages et de s'éclairer par leur culture.

L'esprit humain acquérait chaque jour de nouveaux développements. Buffon, d'Alembert, Marmontel, Helvétius, les encyclopédistes ajoutaient un nouvel éclat à la gloire que Voltaire et J. J. Rousseau répandaient sur la littérature. Les économistes cherchaient à rendre durable cette splendeur en avertissant de ne point dissi-

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