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LE THÉÂTRE DU MARAIS

Beaumarchais surmonta presque toutes les difficultés du sujet; la situation est si forte qu'elle entraîne, et l'intérêt si touchant qu'il arrache des larmes de tous les yeux. Ce drame fut joué pour la première fois par une nouvelle troupe qui venait d'ouvrir son théâtre au Marais (i). Les comédiens français, qui ne voulaient pas laisser réussir cette troupe encore timide, formèrent une puissante cabale et furent vivement secondés par les ennemis de l'auteur; par les perturbateurs du repos public, alors si nombreux; par les envieux des talents, et par les jaloux de la fortune de Beaumarchais.

Malgré leurs efforts et les huées du premier jour, cette pièce s'acheva, fut accueillie le lendemain avec transport et se soutînt avec honneur, quoique jouée faiblement par des acteurs peu accoutumés à créer des rôles et à supporter les rumeurs d'une cabale; mais en s'efForçant de faire tomber là Mère coupable, les comédiens

(i) Sur cette nouvelle salle de spectacle édifiée par les soins et aux frais de Beaumarchais, voy. un article de F. de Marescot dans le Théâtre, revue bi-mensuelle (1874), p. 14 et suivantes. L'emplacement de cette scène, située rue Sévigné n*> 1 1 (ancienne rue Culture-Sainte- Catherine), est actuellement occupé par un établissement de bains. La Mère coupable eut alors quinze représentations. Reprise en 1797, P"^^ ^^ i799> ^ ^^ Comédie française, avec un certain succès, elle n'a été donnée qu'une seule fois à l'Odéon en 1848, et fut à grand'peine écoutée jusqu'au bout.

français en sentaient si bien le mérite qu'ils ne cessèrent de cabaler auprès de Pauteur pour obtenir de la jouer, et quand ils en eurent la permission , ils la représentèrent avec le plus grand succès (i). Aucune pièce ne produisit des effets plus frappants; des femmes s'y trouvèrent mal, beaucoup en sortirent en se promettant de réfléchir sur un tel sujet. Des situations aussi fortes et aussi attachantes ne s'obtiennent guère sans être amenées par de grands sacrifices, tels que ceux que Corneille a faits pour avoir le dé-noûment de Rodogune.

L'auteur du Cours de littérature s'est élevé plus fortement contre cette pièce que contre les autres drames de Beaumarchais; il lui reproche non-seulement quelques fautes de style; mais, par haine pour le genre, il y relève même des défauts qui n'y sont pas : par exemple, il trouve de l'invraisemblance dans l'empressement de Begearss à précipiter une explication qui doit brouiller à jamais le comte Almaviva avec sa femme, et il oublie que Begearss fait précisément ce qu'il lui reproche de n'avoir pas fait. Il veut, au contraire, retarder cette explication , il dit positivement : « Ne risquons pas ce soir un dénoûment si scabreux ; il sera temps demain quand j'aurai bien serré le doux lien sacramentel qui va les enchaîner à moi. »

(i) La fin du paragraphe manque dans le mss. L.

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