VISITES DOMICILIAIRES
La vérité ressemble à la fable. Toujours quelque chose d^extraordinaire se mêlait aux événements qui arrivaient à Beaumarchais.
Ce ménagement de toute une populace fut le premier fruit qu'il retira des bienfaits quMl avait versés sur les pauvres de son quartier. S*il n'en eût pas été aimé, s'il n'eût pas été cher à ses domestiques, tous ses biens auraient été dissipés par le pillage.
Après plusieurs heures d'une recherche alarmante, un homme bienveillant dressa une espèce de procès-verbal, par lequel il était attesté que le peuple, après avoir visité toute cette maison, n'y avait trouvé ni armes, ni rien qui fût suspect, et il le fit signer par tous ceux qui dans cette foule savaient écrire leur nom.
Ces inquisiteurs sans mission s'étant retirés, Beaumarchais rentra dans sa maison et y dîna, plus étonné de la voir entière et de retrouver ses effets qu'il n'eût été surpris de la voir dévastée. Cependant, après les avis qu'il avait reçus, les lettres anonymes où on le menaçait, il était à craindre qu'une autre fraction de la populace ne vînt le visiter et ne fût pas si débonnaire. Il retourna passer la nuit dans la maison qui lui avait servi d'asile; ses maîtres l'avaient abandonnée et avaient fui à la campagne; il n'y restait qu'un vieux domestique.
La même nuit, il est réveillé en sursaut par ce domestique; il entend des cris effrayants.
a Réveillez-vous, monsieur, lui dit ce serviteur tremblant, assurément c'est vous qu^on cherche, la maison est enveloppée de gens armés, on frappe à coups redoublés, on crie qu'on va enfoncer les portes. » Il se lève en hâte, s^approche des fenêtres, voit à la clarté de quelques flambeaux la rue couverte de gens en armes et d^hommes en guenilles. Il ne doute plus qu'on en veuille à ses jours; ne pouvant ni fuir ni se cacher, il se place à tout hasard derrière les portes d'une grande armoire tout ouverte pour être visitée. Il se persuade qu^on a découvert la maison qui le recèle, que ses domestiques ont été forcés de Tindiquer aux brigands. Il passe plusieurs heures dans les angoisses de cette mortelle inquiétude, suivant de Tœil la clarté des flambeaux, et de Toreille tous les bruits de ces mouvements tumultueux assez semblables à une ville prise d'assaut. Dans cette contention d'esprit, ses forces s'épuisent.
La bizarrerie de la destinée, qui se mêlait à tous les événements de sa vie, avait fait que, cette même nuit, mon frère, sorti de son logis en habit de garde national, son fusil sur l'épaule, dans le dessein de veiller autour de la maison de Beaumarchais, avait rencontré cette troupe de gens armés. Reconnu, appelé, forcé de la suivre, il fut bientôt surpris de voir que ce n'était pas une patrouille, mais un détachement suivi par la canaille; il le fut bien davantage en entendant crier