‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 135 sur 168 · VISITES DOMICILIAIRES · texte numérisé non relu

VISITES DOMICILIAIRES

halte, et en voyant investir la maison où il savait que Beaumarchais devait passer la nuit. Il crut qu'on Favait trahi, que cette troupe était commandée pour l'enlever ou le massacrer. Il frémit de se trouver à une telle expédition; mais il reste , déterminé à tout braver pour le sauver ou pour périr avec lui.

Le commissaire qui dirige la troupe lit son ordre : il portait de fouiller cette maison et d'y saisir un dépôt d'armes. Mon frère croyait être sûr qu'il n'y en avait point; mais que devenait Beaumarchais, sUl était rencontré caché dans une maison dénoncée comme recelant des armes à l'usage des ennemis de la Révolution?

Tandis qu'on allume, qu'on éclaire et qu'on visite les appartements, mon frère cherche dans l'ombre celui qu'il veut avertir et sauver; il parvient à la chambre où il devait coucher; il le cherche à tâtons dedans et sous le lit qu'il venait de quitter, va partout où il croit qu'il peut être, et, plus inquiet de ne l'avoir point trouvé, il rejoint le commissaire et lès visiteurs qui montaient d'étage en étage jusqu'aux combles. Nul dépôt d'armes ni de poudre n'étant trouvé, on dresse un procès-verbal. Toujours persuadé que Beaumarchais peut être découvert par la foule qui parcourt tous les recoins de ce logis, mon frère prend son parti et apprend au commissaire que cette maison, qui n'est plus suspecte, est celle où Beaumarchais s'est retiré. On l'appelle, on

ramène au commissaire; il s'imagine qu^il rêve, que ses sens troublés le livrent à quelque vision, quand il voit mon frère et un honnête homme de ses voisins parmi cette foule qu^il croit acharnée à sa perte. Il apprend que ce n^est pas lui qu^on cherche, que le hasard a mêlé à cette troupe inquisitoriale des gens qui seraient morts pour le défendre, que la perquisition qu'on vient de faire a justifié le maître de la maison, qu^il y peut demeurer en paix, qu^il n^a rien à craindre. Le commissaire se retire, emmène les gardes et force la populace à s^éloigner, malgré ses murmures et le mécontentement qu^elle témoignait de ce qu'on n'avait rien trouvé.

Ce fut ainsi que, pour la seconde fois de la journée, Beaumarchais fut délivré des mains de ces terribles sans-culottes, si peu disposés à épargner les riches.

Mais cette populace si prompte à s'irriter, à massacrer, à s'apaiser, n'était pas l'ennemi le plus dangereux pour lui. Échappé à tant de périls, il revint habiter cette maison qu'il avait élevée, qu'il avait crue l'asile de sa vieillesse et qui n'était plus qu'une retraite dangereuse, placée sur un volcan oîi il pouvait être abîmé d'un moment à l'autre.

Depuis Pabsence de sa famille, nous demeurions seuls dans cette grande habitation, occupés à méditer sur les malheurs de l'État et quelquefois sur ceux qui nous menaçaient.

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