‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 137 sur 168 · DÉLIVRANCE INATTENDUE · texte numérisé non relu

DÉLIVRANCE INATTENDUE

mort, et il eût péri en efifet, s'il n'eût pas été bienfaisant; mais les bienfaits ne sont pas toujours perdus.

Le sixième jour de sa captivité, sur les cinq heures du soir, lorsqu'il s'entretenait assez tristement avec ses compagnons d'infortune, un guichetier entre et lui dit : a — On vous demande. — Eh qui? — M. Manuel. » Et il se retire.

On pâlit, on se regarde.

« — N'est-il pas votre ennemi? » lui dit quelqu'un, a Je ne sais. Nous avons eu quelque discussion; nous ne nous sommes jamais vus. Mon heure est peut-être arrivée. »

Tout le monde se tait et frémit. Beaumarchais sort et, voyant plusieurs municipaux, demande quel est M. Manuel.

<c C'est fnoi, lui répond-il; je viens sauver un innocent. Votre dénonciateur (Colmar) (i) est reconnu coupable. Il est en prison, vous êtes libre; sortez à l'instant. » Aussitôt on le fait monter en voiture, et on le mène chez le ministre des affaires étrangères (Lebrun), Le ministre, étonné de le voir accompagné de municipaux qui certifient son innocence, fait à toutes les ques-

(i) Celui-ci a publié un factum omis par Quérard et décrit par M. Henri Cordier: Réponse de M. Colmar y membre du comité général de la Commune.,, Pièce de conviction servant de réplique à M, Martin, officier municipal, qui se déclare le défenseur officieux de Caron Beaumarchais. In-8®, 8 pages.

tions relatives à son affaire des réponses évasives, remet au lendemain, puis au surlendemain à lui en faire de plus positives.

Les comités de surveillance et de salut public lui donnent les certificats les plus satisfaisants; ils attestent a qu^ayant examiné avec la plus scrupuleuse attention tous les papiers du sieur de Beaumarchais, il résulte de cet examen quMl ne s'y est trouvé aucune pièce manuscrite ou imprimée qui puisse autoriser le plus léger soupçon contre lui ou faire suspecter son civisme. Il n'est nullement coupable des faits à lui imputés et n'est pas même suspect... Il a droit de poursuivre son dénonciateur devant les tribunaux».

Beaumarchais ignorait alors et ignora longtemps qu'une femme à laquelle il avait rendu d'éminents services avait été solliciter Manuel et avait obtenu qu'il rendrait la liberté à son bienfaiteur (i).

L'aspect de Paris était effrayant : les portes fermées; des gardes aux barrières; les malfaiteurs courant les rues et respirant le carnage; les gens de bien emprisonnés ou menacés de mort.

Les bourgeois en armes, divisés d'opinion,

(i) Selon M. Bettelheim, cette femme serait madame Houret de la Marinaie, qui aurait été la maîtresse de Manuel, après avoir été celle de Beaumarchais; M. de Loménie ne fait qu'une allusion rapide à son intervention.

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