IL QUITTE DE NOUVEAU PARIS
quelles ce cautionnement devait être rendu.
Cette opération faite, le gouvernement restait le maître d'employer ces armes dans les colonies ou de les faire repasser en France, si elles y étaient nécessaires.
Indigné justement, Beaumarchais laisse en partant une protestation secrète contre tant de trames obscures, ourdies artificieusement pour le perdre, et il part avec moi le 22 septembre. Il cachait ses chagrins sous l'apparence de la sérénité. Sortir de Paris, de cette ville jadis si sédui^ santé et que nous avions tant aimée, était alors un si grand bonheur que nous goûtions quelque joie à nous en éloigner.
Nous fûmes arrêtés plusieurs fois dans notre route par des municipalités surveillantes, particulièrement à Yvetot, oU les municipaux voulurent m'arrêter, sous prétexte que je voyageais sans passe-port et que j'étais peu éloigné des fron* lières.
Je répondis en vain que j'allais au Havre, qUe la moitié du canal de la Manche appartenait à la France, et que j'étais ainsi plus éloigné des frontières que les décrets ne l'exigeaient. Us demandaient des citoyens qui répondissent de moi. Je connaissais madame la comtesse d'Al...^ qui, parmi ses titres, portait celui de reine d'Yvetot(i),
(i) La comtesse d*Âlbon, femme de Camille III, comte d'Albon, seigneur d'Yvetot.
mais Ibrdre du jour notant pas favorable aux reines, je me gardai bien de proférer son nom. Beaumarchais déposa pour moi une caution de mille écus, qu'on promit de lui rendre aussitôt que la municipalité du Havre aurait répondu de moi. Ils furent en effet rendus aussitôt que cette formalité fut remplie, a Assurément, dis-je alors à ces fiers municipaux, nous ne devons pas craindre de perdre notre liberté. Elle est trop bien gardée ! »
Enfin, nous arrivâmes au Havre, et Beaumarchais eut encore le bonheur d'embrasser sa femme^ sa fille et sa sœur. Chaque jour, nous jetions les yeux sur cet océan qui devait élever entre nous une barrière peut-être éternelle ; car quelle prudence humaine pouvait prévoir les événements qui allaient succéder à tant d'événements sinistres? Le courage de Beaumarchais soutenait encore le nôtre. Nous le voyions s'éloigner avec douleur, et cependant nous étions [ ravis de le voir sortir de ce gouffre.
L'Assemblée législative s'était séparée le 21 septembre 1792, et avait installé et revêtu de tous .es pouvoirs une nouvelle assemblée sous le nom de Convention, C'était le nom qu'avait porté l'Assemblée nationale des Anglais en 1 689, lorsqu'elle déclara le trône vacant par la fuite de Jacques 11^ et qu'elle le donna à Guillaume II; car nous prenions alors, non le génie des Anglais^ mais les mots de leur langue, tels que
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