‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 142 sur 168 · PÉTITION A LA CONVENTION · texte numérisé non relu

PÉTITION A LA CONVENTION

siècles, et qui déjà mettait en accusation le monarque infortuné que la Législative avait emprisonné et que TAssemblée constituante avait reconnu pour légitime, conformément à toutes les lois antécédentes.

Tous ces excès paraissaient tellement incroyables dans les pays étrangers, que quand on y vit Beaumarchais chargé d*une mission et cependant dénoncé, on crut que sa dénonciation était une feinte pour lui donner l'apparence d'un proscrit, tandis qu'il ne serait en effet qu'un agent secret, chargé de fomenter en Angleterre des désordres semblables à ceux qui bouleversaient la France.

Il devenait suspect à Londres dans le temps qu'il s'empressait à revenir en France, lorsque déjà même il avait adressé à la Convention une énergique pétition par laquelle il demandait qu'il lui fût permis de venir rendre compte de sa conduite, et priait qu'on lui donnât pour examinateur son propre dénonciateur, comme le juge le plus intéressé à le trouver coupable.

Repoussant tous les traits avec sa dialectique claire et persuasive, tantôt ironique, tantôt foudroyante, il y couvrait de ridicule ce malheureux Gorsas (i), méprisable journaliste qu'il avait

(i) Antoine-Joseph Gorsas, né à Limoges en i75i, mort sur Péchafaud le 18 septembre lygS. Si Ton en croit sa Déclaration au sujet des lettres de Beaumarchais citées dans la cause de M. Kornmann {i*' avril 1789, in-4», 10 p.), c'est lui qui avait fourni à Bergasse et à son client

fait déclarer autrefois calomniateur par le Parlement de Paris, et qui, maintenant, répandant les calomnies sur ce qu'il y avait eu de plus respectable en France, osait imprimer que Beaumarchais avait acheté les arrêts du Parlement et les jugements des comités, et les suffrages de tous ceux qui avaient reconnu son innocence ou son civisme.

Beaumarchais allait suivre sa pétition et se jeter au travers des furieux, lorsque le négociant qui lui avait prêté trente mille livres pour qu'il passât en Hollande, sachant sa personne décrétée, ses biens saisis, sa fortune détruite, le fait arrêter et confiner à Londres dans la prison qu'on appelle le Ban du roi.

Enfermé, proscrit dans une terre étrangère, suspect partout, ne pouvant communiquer avec sa famille ou ses amis sans exposer leurs jours, il commence un mémoire justificatif, divisé en six époques, où Ton trouve tous les détails de cette malheureuse affaire. 11 adresse en

les soi-disant preuves de culpabilité de leur adversaire dans la captation de Théritage du sieur Franquet et dans ses démêlés avec les parents de sa première femme. Beaumarchais, dans sa Pétition à la Convention nationale, se flatte d'avoir fait condamner Gorsas comme calomniateur; mais il est à remarquer que Parrét du Parlement ne le désigne point expressément. L'Ane promeneur, ou Critès promené par son ane (1786, in-8»), renfermait déjà contre Beaumarchais de perpétuelles attaques que Gorsas renouvela dans son Courrier de Versailles,

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