LETTRE DE GARAT. 44 I
France une lettre au ministre de la justice (i),lui mande qu'il n'est point émigré, qu'il n'a jamais songé à Tétre, qu'il s'occupe des moyens de repasser en France purger son inconcevable décret d'accusation, et confondre ses accusateurs, qu'il se présentera à la barre de l'Assemblée aussitôt que ses amis d'outre-mer lui auront envoyé de quoi satisfaire le négociant justement alarmé qui le retient en prison. Il lui demande une sauvegarde contré les assassins qui l'attendent. — « Il déposera, lui dit-il, pour que sa mémoire ne soit pas flétrie, une copie de la lettre qu'il lui écrit, au greffe de la ville de Londres. »
Ce ministre lui répond, le 3 janvier 1793, une lettre, « la seule raisonnable, dit Beaumarchais, qu'il ait reçu d'un homme en place dans toute cette affaire ».
« Je ne puis qu'applaudir, lui mande ce ministre, à l'empressement que vous témoignez de venir vous justifier devant la Convention nationale, et je pense qu'aussitôt que vous serez libre, rien ne doit retarder une démarche si naturelle à un accusé sûr de son innocence. L'exécution de ce projet, si digne d'une âme forte et qui n'a rien à se reprocher, ne doit pas même être retardée par des craintes que des ennemis de votre tranquillité ou des esprits trop prompts à s'alarmer peuvent seuls vous avoir suggérées...
(i) D. J. Garât.
Vous demandez une sauvegarde à la Convention nationale pour pouvoir avec sûreté lui présenter votre justification; j^ignore quelle sera sa réponse, et je ne dois pas la prévenir; mais lorsque l'accusation même portée contre vous vous remet entre les mains de la justice, elle vous place spécialement sous la garde des lois... Marquez-moi dans quel port vous comptez vous rendre et à peu près l'époque de votre débarquement. Aussitôt, je donnerai des ordres pour que la gendarmerie nationale vous fournisse une escorte suffisante pour calmer vos inquiétudes et assurer votre translation à Paris. Vous pouvez vous-même réclamer cette escorte de l'officier qui commande la gendarmerie dans le port où vous descendrez... »
Cette lettre est du 3 janvier, et le Roi, Tinfortuné Louis XVI, fut égorgé le 21 de ce mois, avec des formes qui ressemblaient à des formes judiciaires, si toutefois on peut donner ce nom à celles qu^aucune loi antérieure n'avait autorisées.
L^horreur qu^un tel jugement inspira en France et même à toute l'Europe aurait pu retenir hors des frontières le courage le plus intrépide, et le déterminer à ne plus rentrer dans un pays où la rage des factions ne respectait plus la vie d'aucun homme, où la guerre venait d'être déclarée inopinément à l'Angleterre et à la Hollande, encore incertaines du pani qu'elles