LES SIX ÉPOQUES
devaient prendre, où, bientôt après, elle le fut à l'Espagne; de sorte que la France fut en guerre avec toutes les puissances qui l'environnaient.
Ce fut pourtant à cette époque odieuse que Beaumarchais osa reparaître dans Paris, au risque d'être déchiré par les massacreurs, dont les mains fumaient encore du sang de tant de personnes illustres.
Le scellé n*était plus sur ses effets. Madame de Beaumarchais avait eu le courage de défendre son mari et de faire lever ces scellés, apposés par l'inconséquence de ses accusateurs. Le décret d'accusation porté contre son mari fut même suspendu (i).
Beaumarchais se présente à son dénonciateur; il lui remet, sous le nom des Six époques les plus pénibles de ma vie, l'histoire de sa conduite et celle des fautes du ministère. « Tels sont, ditil, après avoir fait Ténumération de leurs indignes manœuvres, tels sont les gens qui mènent nos affaires, en faisant du gouvernement un réceptacle de vengeances, un cloaque d'intrigues, un tissu de sottises, une ferme de cupidité... J'ai soixante ans passés, quelque expérience des hommes; nul sur ce continent n'a plus contribué que moi à rendre libre l'Amérique : Jugez si j'adorais la liberté de notre France! J'ai laissé parler tout le monde et me tairai encore après
(i) Cette phrase manque dans le Mss. L.
ce peu de mots. Mais, si vous hésitez à prendre un parti généreux, je vous le dis avec douleur : Français, vous n'avez plus qu'un moment à exister libres! et le premier peuple du monde, enchaîné, deviendra la honte, le vil opprobre de ce siècle et répouvante des nations. »
Son dénonciateur, convaincu, s'effraye à son tour des iniquités qu'on lui révèle. Use rétracte, retire sa dénonciation, éclaire les comités, et Beaumarchais est encore une fois justifié. Il retrouve la confiance qu'on ne put jamais lui refuser après avoir examiné ses actions. On renouvelle sa commission et on le charge encore des intérêts de la République.
Satisfait du courage qu'a montré son épouse, il lui donne la procuration de régir et d'administrer activement tt passivement ses biens pendant son absence, et il retourne encore une fois en Angleterre, chercher par quels moyens on terminera une affaire contre laquelle les puissances étrangères et les ennemis secrets de la prospérité française étaient également conjurés.
Il part, il nous laisse encore une fois le cœur navré de son éloignement, et cependant moins inquiets sur son existence que s'il fût resté parmi nous.
Ce fut en effet après son absence que la Convention, divisée en factions, s'agitant au hasard, entreprit de changer toutes les conventions sociales établies en France avant son règne, atta-