‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 149 sur 168 · UN PROJET DE CANAL A PAY^AMA · texte numérisé non relu

UN PROJET DE CANAL A PAY^AMA

de ce lac et des canaux qui joindraient les deux mers serait infailliblement la maîtresse du commerce du monde.

Beaumarchais croyait avoir entrevu que Pitt avait le dessein de rendre les Anglais maîtres de ce lac. Il avertissait le Directoire que Pitt fortifiait, par des garnisons envoyées en silence, les postes que les Anglais occupaient chez les Mos^ quitos, sauvages qui errent ou qui habitent sur la rive septentrionale de ce lac et de la rivière Saint-Jean.

Les Espagnols, en 1782, avaient détruit les établissements construits par les Anglais sur ces côtes; ils les en avaient exclus par le traité de 1783; mais, par un nouveau traité, en 1786, ils avaient permis à ces insulaires d'habiter les petites îles chez les Mosquitos et de couper du bois sur la côte.'

Beaumarchais pensait que les étonnantes victoires des Français pourraient forcer les Espagnols à leur céder cette province encore sauvage et ce lac dont ils ne semblaient pas soupçonner les avantages.

Outre ce grand projet que la victoire seule pouvait réaliser, Beaumarchais en avait conçu un autre, presque aussi vaste, pour ouvrir aux Français un commerce immense avec le nord de l'Europe et de l'Asie, par la mer Noire, par la mer d'Azof, le Tanaïs, le Borysthène et le Volga; projet qui nous a été révélé par lacorres-

pondance d'un voyageur, imprimée en 1807(1); mais ces projets, qui montraient un génie tel que celui des Dupleix et des La Bourdonnaye, et qui auraient été avidement saisis par le génie d'Alexandre le Grand ou de Pierre I**, ne pouvaient être ni saisis, ni adoptés, ni peut-être compris par un gouvernement trop nouveau

(0 Gudin fait allusion ici à un livre intitulé : Mémoires particuliers extraits de la correspondance d^un voyageur avec feu M, Caron de Beaumarchais sur la Pologne, laLithuanie, la Russie blanche, ett., Hambourg et Paris, 1807, in-8<*. Ces Mémoires, édités par M. D... (pseudonyme de Méhée de La Touche, selon Quérard), sont en réalité des fragments de lettres écrites par un jeune négociant à l'auteur du Mariage de Figaro, L*avertissement, fort peu explicite, dit seulement qu'en 1787 une puissante maison de commerce de Marseille, liée avec Beaumarchais, avait songé à faire descendre par le Dniester, dans la mer Noire, toutes les denrées exportables des provinces polonaises, et qu'elle avait envoyé un voyageur explorer à ce sujet les frontières méridionales de la Pologne. « Les circonstances présentaient des facilités nouvelles dont ces habiles négociants eussent profité, si un homme, alors puissant et sur la coopération duquel on devait nécessairement compter, n'eût, par des arrangements particuliers, ruiné des espérances que peut-être on n*eût pas dû fonder sur son caractère. » Ce passage, singulièrement énigmatique, on l'avouera, n'est pas de nature à nous édifier sur une entreprise dont M. de Loménie n'a rien dit et sur laquelle je n'ai rien appris de plus en parcourant VEssai historique sur le commerce et la navigation de la mer Noire , d'Antoine-Ignace Anthoine, baron de Saint-Joseph (Paris,. i8o5 et 1820, in-8"; la première édition est anonyme; le Catalogue des Russica de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg indique une traduction allemande).

Page 1