‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 150 sur 168 · RETOUR EN FRANCE · texte numérisé non relu

RETOUR EN FRANCE

pour avoir du crédit, et trop agité par des factions pour être stable. Ces projets, perdus peutêtre pour jamais, et que l'on appellera, si Ton veut, les rêves d'un bon citoyen, comme on a nommé ceux de l'abbé de Saint-Pierre les rêves d'un homme de bien, serviront du moins à constater l'étendue du génie de Beaumarchais ; et si l'on songe qu'il les proposa dans le temps qu'il était proscrit, dépouillé de ses biens et opprimé par des tyrans en horreur au monde entier, on se convaincra qu'il s'oubliait lui-même pour ne s'occuper que des intérêts de son pays. Jamais il ne voulut porter ses talents à d'autres nations qui les auraient bien payés; jamais il ne perdit l'espoir de voir la France sortir de la fange où elle était plongée.

Je ne sais à quel point son zèle le servit, mais je sais que ni le Directoire, ni les ministres, ni les deux conseils ne pouvaient, dans leur for intérieur, le considérer comme émigré (i). Ils le rayèrent donc de cette effroyable liste, la plus abominable peut-être qu'on ait vu paraître dans les fastes de l'histoire, depuis les tables de proscriptions affichées dans Rome par Sylla et par les Triumvirs.

Il reçut l'acte de sa radiation dans la retraite profonde où il s'ensevelissait à Hambourg, seule

(i) a La radiation fut très-difficile à obtenir. )> (Mss. L.)

ville d'où il put être encdre utile à sa famille et à son pays.

Il en partit sur-le-champ et arriva à Paris le jour même oîi le général Moreau gagna la bataille de Rastadt (i).

Tel était Peffet de sa destinée, qu'il avait à faire à la fois le mariage de sa fille, à renouer les nœuds du sien et à demander justice à l'Etat des iniquités commises envers lui par l'Etat.

Il se réunit bientôt à cette femme courageuse qui, en se conformant aux ordres de la tyrannie, avait attesté l'innocence de son époux, le regret de s'en séparer et l'espoir de lui rendre cette main qu'elle ne donnerait jamais à un autre*

Il accepta pour gendre le jeune homme que sa femme avait choisi pour être l'époux de sa fille, et qui joignait au plus ardent amour toutes les qualités propres à faire présumer qu'il serait un excellent mari (2). Son respect filial, dans ces

(i) Le 6 juillet 1796.

(2] Eugénie dç Beaumarchais avait dû tout d'abord épouser M* Raimond de Verninac; V Amateur d'autographes sl publié (16 septembre i865, .n"> 90) deux longues et curieuses lettres de Beaumarchais, datéesde Hambourg, 2 décembre 1 795, et de Paris, 3 prairial an V (22 mai 1 797 j, adressées au prétendant qu'il éconduisait. Celui-ci épousa un peu plus tard Henriette Delacroix, la sœur aînée du grand peintre. Quant au gendre de Beaumarchais, M. Louis-André-Toussaint Delarue, né à Paris le i" novembre 1768, il est mort dans la même ville le i*'' juin 1864, à quatre-vingt-quinze ans.

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