‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 15 sur 168 · ANNÉES HEUREUSES · texte numérisé non relu

ANNÉES HEUREUSES

plus gai, plus content, plus heureux que le chancelier de France ou le doyen des pairs. Il acheta même dès lors une maison à Paris (i) ; il eut la douce satisfaction d'y réunir son père, ses sœurs, une de ses cousines et d'y vivre au sein de sa famille. Il était à cette époque, comme il l'avoue lui-même dans ses Mémoires, la plus fortunée créature du monde, puisque ce qu'il y avait de plus grand, de plus vertueux et de plus auguste en France ne dédaignait pas de le recommander à M. Duverney, le plus digne ami.

Cette félicité dura sept ou huit ans. Ce n'est guère, dira-t-on peut-être. Je dis que c'est beaucoup : garder sa franchise, ne nuire à personne, rendre des services, dire la vérité et être bien accueilli pendant sept ou huit ans à la cour,

corder de rares autorisations; le huitième et le neuvième (compris entre Villejuif et Bourg-la-Reine) étaient dévolus au capitaine et aux officiers de la Varenne; sur celui de la Saussaye, les permis étaient donnés par ces fonctionnaires. La suppression des capitaineries, en 1789, mit iin à des abus scandaleux et à de perpétuels conflits.

(i) Cette maison, qui porte aujourd'hui le n» 26 (et non 36, comme l'a dit Ed. Fournier) de la rue de Condé, appartient à M. Robert de Bonnières, le romancier et critique bien connu. Elle a conservé extérieurement le même aspect qu'il y a un siècle, et les ferrures des fenêtres et des balcons du premier étage portent encore les initiales A. C. (Augustin Caron). Parmi ses locataires, Beaumarchais compta mademoiselle Devienne, de la Comédie-Française. En 1786, il céda sa maison au grandpère du propriétaire actuel.

c'est un espace de temps d'une assez belle étendue.

Eh ! qui sait combien les agréments qu'il versait alors sur toutes ses actions auraient prolongé cette manière d'être, sans une lettre arrivée d'Espagne, sans l'amitié fraternelle, sans son courage, sans toutes les vertus que les illusions de la cour, l'espoir de la fortune et les charmes de Paris n'avaient point altérées? Il quitta toutes les douceurs dont il jouissait, pour voler au secours d'une de ses sœurs que son père avait envoyée à Madrid ; je ne conterai point cette aventure qu'on lira dans son quatrième Memofre(i); elle y est décrite avec l'intérêt tendre qui l'animait et l'originalité qu'il mettait dans ses écrits, comme dans ses actions et ses discours. Je dirai qu'il partit avec les plus belles recommandations auprès de l'ambassadeur de France (le marquis

(ij Elle est trop connue, en effet, pour qu'il ne suffise pas de la rappeler brièvement. Un pubîiciste espagnol, Joseph Clavijo, s'était épris de Marie-Louise Caron, qui avait accompagné à Madrid madame Guibert, sa sœur; il lui avait promis de l'épouser, puis s'était désisté en laissant planer sur la jeune fille des soupçons injurieux. Beaumarchais avait arraché à Clavijo une rétractation formelle, quand il apprend que son adversaire a obtenu contre lui un ordre d'expulsion. Furieux, Beaumarchais se justifie sans peine auprès de Charles III, et fait destituer Clavijo de sa place de garde des archives. Plus tard, il est vrai, celui-ci rentra en faveur, et il mourut en i8oô, vice-directeur du cabinet d'histoire naturelle de Madrid. Sur les divers drames inspirés par ce conflit, voir une note de la seconde partie de ces Mémoires.

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