JOIES PATRIOTIQUES
pour Tautre cette estime qui unit les âmes fortes lorsqu'elles se rencontrent. Beaumarchais admirait avec transport la grande idée de conquérir r Egypte, conquête qui devait asservir à la France la Méditerranée et la mer Rouge, nous mettre à portée de disputer à l'Angleterre les Indes Orientales et le commerce du monde.
Il était transporté surtout de Tespérance que ce seraient les Français qui, après tant d'égarements, auraient la gloire d'arracher à la barbarie et de rendre aux sciences, aux beaux-arts, à la liberté, au bonheur, ce peuple antique, si dégradé aujourd'hui, si grand autrefois, ce peuple si savant, si hardi dans ses conceptions, et dont le génie instruisit les Grecs, qui ont instruit l'Europe. Les victoires déjà remportées par le héros, chef de cette entreprise, ne lui laissaient aucun doute sur ses succès et enthousiasmaient son cœur patriotique.
S'il voyait avec regret nos places publiques dépouillées des beaux monuments qui les avaient décorées autrefois, il admirait avec une sorte de reconnaissance le courage qui recueillait les débris des arts dispersés par la Révolution et qui les rassemblait avec un goût particulier dans le jardin-élysée du Muséum créé par M. Lenoir.
République française; quatre mois après, selon la remarque de M. de Loménie, le coup d'État du 18 fructidor proscrivait la moitié au moins des convives.
Mais lorsqu'il alla visiter le cabinet d'histoire naturelle pour y contempler Pâmas des merveilles de la nature que la main de la victoire venait d'y transporter de tous les endroits oîi elle avait guidé nos drapeaux, il fut frappé de la plus juste indignation en trouvant au milieu de cette immense collection de tous les animaux du globe, le corps du plus sage, du plus célèbre, du plus digne des héros du siècle de Louis XIV, en un mot le corps de Turenne. En vain, on lui dit avec quelle adresse, quelles précautions, quels dangers, des savants et des sages avaient soustrait le corps de ce grand homme à la fureur des cannibales ou plutôt des ogres que la Révolution avait déchaînés contre tout ce qui était illustre et lui avaient procuré cet étrange asile, où, du moins, il était placé au milieu des productions les plus rares de la nature; il ne put supporter Tidée de le laisser dans un lieu qui ferait toujours accuser les Français d'ingratitude et d'indifférence pour la mémoire des grands hommes. Il résolut de s'exposer encore une fois à la fureur des ennemis du bien public, en les faisant rougir de leurs forfaits, et il fit insérer dans le journal intitulé : la Clé du cabinet des souverains, UTïQ lettre qui émut toutes les âmes sensibles (i). Ce fut un germe qui fructi-
(i) Cette lettre du i" brumaire an Vil (i i novembre 1798), adressée à François de Neufchâteau, a été reproduite dans les éditions Gudin et Fournier.