HONNEURS FUNÈBRES RENDUS A TURENNE
fia. Cinq mois après, un arrêté du Directoire (i) fit transporter le corps de Turennedans cet Elysée où M. Lenoir rassemblait les tombeaux, les urnes cinéraires, les monuments de tant de siècles que la piété de nos pères avait consacrés dans les églises renversées par la démence révolutionnaire : jardin vénérable, jardin expiatoire de tant de crimes oti le génie des arts dispute au génie de la destruction la renommée des grands hommes, où Ton n'entre point sans être pénétré de regrets et de reconnaissance, sans verser des larmes, sans éprouver un mélange délicieux de douleur et de joie. Oh! de quelle satisfaction Beaumarchais eût été touché, sMl avait pu prévoir quelle main héroïque transporterait un jour les reliques de Turenne, de cet Elysée dans le temple de Mars (2) !
Hélas! lorsqu'il s'occupait des honneurs qu'on devait rendre aux mânes de ce héros, il était tourmenté par les insectes de la Révolution et assiégé par des inquiétudes cruelles sur sa destinée, sur celle de sa famille. Il cherchait en vain à se consoler de ses pertes par les soins de l'amitié. J'étais loin de lui. Nos cœurs s'enten-
(i) L'arrêté du Directoire est du 27 germinal an VII (16 avril 1799). Les pièces relatives à la translation des restes de Turenne, de Molière et de La Fontaine ont été publiées par Lenoir dans son Musée des Monuments français, tome VIII {182 1), p. i65.
(2) Cest-à-dire aux Invalides.
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daient cependant: }c in~a£Bîgeaîs de sa sîtoadon, et il s'occupait de mes intérêts cocnine des siens. Il me manda qa*il Tenait de traiter avec an imprimeur d*une manière qui me serait aTantageuse, si je voulais fûre paraître endn les ou- Trages que f avais dans mon portefeuille, ouvrages proscrits sous le r^me superstitieux et timide de nos rois, et que j'avais refusé de pablier dans ces jours de calamité où tous les crimes de la presse avaient été autorisés.
Je revins donc encore une fois dans ma ville natale, ravi de revoir mon ami et de trouver sa famille réunie et augmentée.
Nous goûtions les douceurs de Famitié la plus intime. Je le voyais s^abandonner, dans nos entretiens, à Tcspoir le plus vif sur la prospérité de TEtat et le succès de nos armes. Je les désirais comme lui, mais trop instruit par Pétude de rhistoiresurles revers qui suivent les entreprises lointaines, je me livrais avec quelque appréhension aux mêmes espérances. Plus j^admirais la grandeur du courage et Taudace du génie qui présidait à nos armes, plus j'étais inquiet sur les suites d'un événement qui étonnait toute PEurope.
« L'Italie, lui disais-je, a été conquise plusieurs fois; elle a été, pendant quatorze années, soumise à la domination française sous le règne de Louis XII.
—n Oui, sans doute, me répondait-il, mais alors