‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 156 sur 168 · ACCORD DU PHYSIQUE ET DU MORAL · texte numérisé non relu

ACCORD DU PHYSIQUE ET DU MORAL

ont un esprit mou, léger, incapable d'application. Chez Beaumarchais tout était d'accord. Sa stature, sa physionomie, sa santé, son esprit, son caractère formaient un ensemble parfait; c'est pourquoi il se trouva toujours le même dans les circonstances les plus opposées.

Son esprit étonnait en France ; son caractère frappait davantage en Angleterre; des Anglais mettaient pour suscription de leurs lettres : « A Monsieur de Beaumarchais, le seul homme libre qu'il y ait en France. » Et les administrateurs de la poste lui envoyaient ces lettres.

Depuis qu'il eut une charge, Beaumarchais vécut toujours comme un homme du monde. Il ne voulait point, disait-il, se classer; il fit des mémoires, sans être avocat; un grand commerce, sans être négociant ; des affaires, sans être financier; des opérations de politique, sans être attaché aux bureaux des ministres, et des pièces de théâtre, sans avoir la prétention d'être homme de lettres. S'il eût embrassé un état, tous les gens de sa profession se seraient honorés de ses talents ; mais, n'étant d'aucune classe, il eut des envieux dans toutes, sans trouver des défenseurs dansaucune (i).

On sait et j'ai dit qu'il aima les femmes avec

(i) En écrivant ceci, Gudin avait très-certainement sous les yeux le fragment que M. de Loménie a publié en partie (tome II, p. 538), dont le refrain est : Inde irœ; et dont M. Lintilhac a depuis retrouvé la minute*

passion. L^amour était pour lui une espèce de culte; il ne pouvait souffrir ni les paroles, ni les actions qui le dégradent ou qui le rendent grossier et brutal. Il ne concevait pas le goût du tabac, ni comment on pouvait placer près de l'organe voluptueux des lèvres un parfum aussi désagréable à la vue qu^à Todorat. Il supportait bien moins encore Tidée de compromettre une femme qu'il avait aimée ; il réconcilia plusieurs ménages et n^en brouilla aucun.

Dans Pun de ses voyages, Thôte d^une auberge oîi il descendit lui conta quMl avait dans son logis une femme de qualité attaquée d^une maladie grave, qu'elle était à toute extrémité, manquant d'argent et de secours. Il s'arrête, fait venir un médecin, fournil à tous ses besoins et ne la quitte point qu'elle ne soit guérie. Sa convalescence lui découvre qu'elle est jeune et jolie; il la ramène à Paris. Elle l'a toujours aimé depuis.

Dans un autre voyage sur les côtes de la Normandie, la rumeur publique lui apprend qu'une grande et belle personne vient d'être abandonnée sur la rive par un officier de marine qui Ta enlevée, qui s'est embarqué sans elle, et qu'il la laisse sans argent, sans secours, sans espoir, incertaine si elle ne doit pas se jeter dans la mer. Beaumarchais use d'adresse pour l'engager à le voir. Il lui porte des paroles de consolation, lui fait entrevoir des moyens de se réconcilier avec sa. famille. Elle était belle , très-irritée de l'ou-

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