‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 157 sur 168 · BIENFAITS DIVERS · texte numérisé non relu

BIENFAITS DIVERS

trage qu'elle venait d'essuyer. Beaumarchais avait le don d^inspirer la plus parfaite confiance. Elle accepta qu'il fût le réparateur des torts qu'elle éprouvait; s'abandonnant' entièrement à ses conseils et à sa générosité^ elle consentit à revenir avec lui à petites journées. Arrivé à Paris, Beaumarchais la conduit dans une maison bien famée et propre à écarter tous les soupçons. Le père et la mère de cette jeune personne étaient de bons marchands, désespérés d'avoir perdu leur fille. Beaumarchais va chez eux, leur fait des emplettes assez considérables, étudie leur caractère, éprouve leur sensibilité, leur demande s'ils n'avaient pas une fille, voit s'émouvoir le cœur de la mère, saisit cet instant pour leur apprendre le repentir de leur fille, le désir qu'elle a de rentrer en grâce, obtient son pardon, les fait consentir à la laisser quelque temps dans un coQvent afin de voiler sa faute; enfin il la remet entre les bras de sa mère.

J'entends déjà quelques rigoristes le condamner et prétendre qu'il est très-coupable de s'être conduit avec ces deux femmes comme auraient fait tous les chevaliers du Cygne ou ceux de la Table Ronde. Et moi, je leur demande s'il eût mieux valu qu'il imitât le Pharisien de l'Evangile et qu'il passât sans s'arrêter, sans porter le moindre secours aux malheureux, au lieu de verser du baume sur leurs blessures, comme il a fait à l'exemple du bon Samaritain. Oh! Pha-

risiens du dix-neuvième siècle, que vous êtes durs! Je ne vous conterai pas une foule d^autres aventures que je sais et que je dirais volontiers à Toreille du bon La Fontaine ou de la bonne reine de Navarre, qui possédaient bien autant de vertus que vous, mais qui n^avaient ni votre sécheresse de cœur, ni votre aridité d^esprit.

Beaumarchais, bien éloigné d^'avoir votre rigidité, pardonnait comme le bon pasteur à la brebis égarée, ne jetait la première pierre contre personne, secourait les infortunées au risque de les aimer et d'avoir des aventures plus dangereuses que vos invectives. Je Tai vu quelquefois dans un cercle, lorsqu'il était encore jeune, enchanter toutes les femmes par ses discours animés et par la grâce de toutes ses manières, écarter par des réparties vives, spirituelles, inattendues, tous les hommes qui hasardaietit de jouter d^espritou d^agrément avec lui, et se faire souvent des ennemis de tous ceux qui voulaient lui disputer la préférence. Voilà son plus grand tort (i).

Conservant la dignité de Thomme, il ne s^avilit jamais à faire servilement sa cour, même aux plus grands du royaume. Il dédaignait ces formules que la bassesse des petits emploie pour flatter la vanité des puissants. £n traitant les

(i) (( Un de ceux que les hommes à prétention ne pardonnent guère et dont ils seraient honteux de convenir. » (Mss. L.)

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