‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 17 sur 168 · LE PRINCE DE CONTI · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE CONTI

Inutile à ramusement de ces princesses et

fort peu jaloux d'exercer les fonctions de sa

belle charge de contrôleur, il s'en défît peu de

temps après son retour. Secrétaire du Roi, juge,

comme il le disait quelquefois, non des pâles

humains, mais des pâles lapins, en siégeant sur

le tribunal de la Varenne du Louvre, occupé

d'affaires graves avec M. Duverney, des soins

de l'amitié, de ceux de sa famille, du mariage .

d'une de ses sœurs, à laquelle il donna une dot

considérable, et livré aux plaisirs de la société,

il jouissait encore du sort le plus désirable.

Sur ces entrefaites, il eut une querelle assez vive avec le prince de Conti(i), au sujet des privilèges de la chasse, à propos de je ne sais quel mur de jardin que le prince avait fait abattre comme le gênant dans ses plaisirs, et que M. de Beaumarchais, en sa qualité de juge et de protecteur des droits de la propriété des particuliers, avait fait reconstruire.

Le prince était fort irrité. M. de Beaumarchais monte à cheval, va le trouver au milieu d'une

(i) Louis-François de Bourbon, prince de Conti, d'abord comte de la Marche, né à Paris le i3 août 17 17, mort au Temple le 2 août 1776. Sainte-Beuve a tracé de lui, à propos de sa maîtresse, madame de BoufRers (Marie-Charlotte-Hippolyte de Campet-Saujon), un portrait auquel nous renvoyons \Q\ectQur {Nouveaux Lundis, tome IV). Le prince de Conti était également un curieux émérite, et la vente de son cabinet produisit plus d'un million.

chasse et lui dit qu'il vient lui rendre compte de sa conduite. La discussion s*engage; ce prince avait beaucoup d'esprit, et, ce qui peut-être est plus rare dans un homme de ce rang et d^un caractère assez absolu, il avait des idées libérales. « Certainement, lui dit Beaumarchais, Votre Altesse obtiendra tout ce qu'elle voudra; son rang, sa puissance... — Non, lui repartit le prince, c^est comme avocat que je prétends avoir raison. — Si telle est votre volonté, je demande à Votre Altesse d'être Tavocat de sa partie adverse et de plaider devant elle. Je la prends pour juge. » 11 exposa Taffaire avec tant de clarté, de précision, d'éloquence, d'énergie et d^égards que le prince avoua ses torts, et prit dès ce moment Beaumarchais dans la plus grande affection. Il était difficile de le voir et de ne le pas aimer. Le Dauphin, Mesdames, le duc de la Vallière, le duc de Chaulnes, et généralement tous ceux qui avaient eu occasion de le voir, avaient éprouvé le même sentiment.

On peut être Phomme le mieux venu à la cour, le plus recherché dans le grand monde, le plus accueilli des femmes, et être absolument inconnu du public. Toutes les querelles de Beaumarchais avec des courtisans, avec Clavijo, avec le prince de Gonti, lui donnaient moins de célébrité que sa première dispute avec Le Faute, plaîdée devant l'Académie des sciences. Il ne pouvait même plus aspirer à l'honneur d'être de

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