NOUVEAUX DEUILS
oncle, et, n'écoutant que sa haine, il* aima mieux essuyer un procès.
En vain Beaumarchais employa tous les moyens qui sont au pouvoir d'un honnête homme pour éviter de plaider; en vain il déposa son titre et les lettres de M. Duverney chez son notaire, et les exposa aux yeux de son légataire ; en vain il offrit de lui donner toutes les explications qu'il pourrait désirer, l'obstiné légataire demeura sourd (i), et sa passion lui persuada que M. de Beaumarchais n'oserait le.fraduire en justice, ou que lui, le plus riche, le plus noble, le. plus décoré par son titre de maréchal de camp, accablerait aisément un homme mal dans Tespric de son Roi depuis peu, et déjà en butte à tous les traits de la calomnie (2) quil avait répandue lui-même sous toutes les formes, et par ses discours et par une foule de lettres anonymes.
Pendant ces altercations, des malheurs plus sensibles déchiraient le cœur de M. de Beaumarchais; il voyait une» épouse qu'il aimait dépérir chaque jour dans ses bras. Elle avait une constitution délicate; sa poitrine, naturellement faible, s'était enflammée depuis ses couches. Undes caractères de cette maladie est de readrieiJ|i^|^ . cœur plus sensible , les affections plus vivea, lès ; inquiétudes plus fréquentes; elle aimait passion- >
(i) « Inflexible. » (Mss. L.)
J3) La {)hrase s'arrête ici dans le Mss. L.
nément, et' plus elle dépérissait, plus elle craignait que son mari ne portât son amour à une autre.
« Monsieur de Beaumarchais, lui avait-elledit ayant de Tépouser, je suis veuve, je n'ignore pas combien la plupart des hommes sont peu retenus par le serment qu'ils font aux autels, je sens combien il est difficile de ne vous point aimer, je sais combien vous chérissez les femmes, mais vous êtes homme d'honneur; promettez- moi, et je vous en croirai, que vous ne me délaisserez point, que vous ne me laisserez point pleurer dans un lit solitaire, en proie à tous les soupçons de la jalousie. »
Beaumarchais le lui promit, et tint sa parole. Jamais, sous aucun prétexte, il ne passa une nuit dehors, jamais il ne prit une autre chambre que celle de sa femme, ni même un autre lit.
Quand elle fut atteinte d'une maladie mortelle (i), mais longue et contagieuse, il fut encore plus assidu auprès d'elle. Il lisait dans ses yeux les craintes dont elle était dévorée; il cherchait à les dissiper par ses soins, ses caresses , cette foule de petites attentions qui ont un si grand prix pour les cœurs qui s'entendent; elle les recevait avec d'autant plus de reconnaissance qu'elle ne pou-
(i) « (Après sa seconde coilche). » (Mss. L.) Jal ne mentionne pas la naissance de cet autre enfant.