LE PARLEMENT MAUPEOU
nous abandonnions au plaisir de nous aimer et de ne découvrir dans le fond de nos âmes que des motifs de nous chérir de jour en jour davantage, qu'il plut au chancelier Maupeou d'ébranler le royaume en renversant Tune de ses colonnes.
Il ne présuma pas que la commotion qui en résulterait agiterait toutes les parties de Tédifice et le rendrait moins solide. En vain, Rousseau, dont le grand sens avait si bien prévu Técroulementdesgrandes monarchies, avait annoncé que si Ton touchait aux bases qui composaient l'ensemble du gouvernement français, le contrecoup s'en ferait ressentir jusqu'aux extrémités de l'Europe : on n'y fit aucune attention. Le chancelier Maupeou osa, le premier, y porter une main inconsidérée, et crut qu'avec les mem bres du grand conseil et quelques jurisconsultes pris çà et là, il formerait un parlement.
Sans vue pour le bien public, ou trompé dans ses intentions, se proposant particulièrement d'avoir une cour souveraine plus docile, il ne fit que rendre la nation plus opiniâtre et plus . récalcitrante aux intentions du monarque.
Toutes les espèces de tribunaux ne furent pourtant pas détruits avec le Parlement et le Châtelet. On laissa subsister les Requêtes de Dhôtel, dont Tinstitution était fort antérieure au temps où le Parlement avait été établi ou rendu sédentaire par Philippe le Bel.
yÔ HISTOIRE DE BEAUMARCHAIS.
Le procès de Beaumarchais avec le légataire universel de M. Duverney ressortissait à ce dernier tribunal, et comme cette affaire, inconnue à ce public, n'intéressait que les deux plaideurs, elle fut jugée avec toute l'impartialité et toute rintégrité qu'obtiennent ordinairement les causes communes. M. de Beaumarchais gagna tout d'une voix. Ce fut une seconde victoire qu'il remporta judiciairement sur la calomnie, car le légataire universel les avait prodigieusement multipliées (i).
Le légataire universel en appela au Parlement, à ce parlement que le public ne voulait reconnaître ni pour le sien ni pour celui du Roi, qu'il n'appelait que le parlement Maupeou, et devant lequel la plupart des avocats ne voulaient pas plaider.
Beaumarchais, à cette époque, était secrétaire du Roi, lieutenant général au bailliage de la Varenne du Louvre, jouissait d'une fortune de quinze à vingt mille livres de rente, et s'était défait de la petite charge qu'il avait à la cour. Il avaij perdu le Dauphin, qui l'aimait, et M. Duverney, qui lui avait inspiré le goût des affaires et travaillé à lui procurer un peu de fortune. Satisfait de celle dont il jouissait, débarrassé de toutes les chaînes que la cour et le besoin d'acquérir un peu d'aisance l'avaient obligé de sup-
(i) Cette phrase manque dans le Mss. L.