‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 31 sur 168 · PROJETS DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

PROJETS DRAMATIQUES

porter, atnoureuX; de la liberté, il ne songeait plus qu'à jouir de ses propres talenis, à cultiver l'amitié, la musique et le théâtre. Je vois, par sa lettre à la duchesse de *** (i), qu'il formait déjà des projets pour agrandir le genre dramatique, pour donner à la scène française plus de vérité, plus de variété, plus d'intérêt; mais, comme il aimait beaucoup la musique, il voulait aussi essayer d'en faire au théâtre un nouvel emploi. Ces projets l'occupaient seuls, lorsque je fis connaissance avec lui (2).

Le procès qu'il avait gagné en première instance ne l'inquiétait nullement; il croyait qu'il lui était impossible de le perdre; mais ce procès était la pierre d'achoppement qui devait détruire son bonheur, lui arracher le pouvoir de disposer de sa propre volonté et de vivre à sa fantaisie. Il le précipita dans une suite d'événements qui ne lui permirent jamais de rentrer dans la carrière tranquille qu'il s'était proposé de parcourir. Sa vie, destinée aux plaisirs et aux beauxarts, devint un combat qui ne cessa plus. C'est ainsi que les événements disposent souvent des hommes malgré eux.

(i) Cette lettre à la duchesse de ***, datéedu 1 1 juin 1 77 1, a été publiée pour la première fois par Gudin, et repro- <luitedans les autres éditions collectives. Rien n'y trahit la personnalité de la destinataire.

(2) Cette -phrase et le paragraphe suivant manquent <iansleMss. L.

Pendant les délais accordés par la loi et ceux que les circonstances exigeaient, Beaumarchais composa un opéra-comique fort gai, qu'il orna de couplets, sur des airs italiens ou espagnols qu'il avait rapportés de Madrid, au moins pour la plupart. Il lut cette pièce aux comédiens dits Italiens, qui étaient alors en possession déjouer ces sortes d'ouvrages. Le soir, en soupant chez mademoiselle M... (i), femme d'esprit, où se rassemblaient quelquefois Marmontel, Sedaine, Ru- Ihières, Ghamfort, quelques hommes qualifiés, tels que le duc de Chaulnes, le comte de H.... (2) et quelques autres, Beaumarchais nous apprit que sa pièce avait été refusée le matin au théâtre des chansons. Nous l'en félicitâmes; nous connaissions sa pièce, nous rassurâmes que les comédiens français seraient plus sensés, qu'il n'y aurait de perdu que les couplets, et que le Bar^

(i) Sans doute mademoiselle Ménard, dont il va être question un peu plus loin, à propos de la fameuse querelle de Beaumarchais et du duc de Chaulnes. Après avoir exercé, dit-on, le métier de bouquetière, elle avait obtenu en février 1770 un ordre de début à la Comédie- Italienne; elle parut en effet sur cette scène, au mois de juin suivant, dans le rôle de Louise, du Déserteur. Grimm lui trouve Tait « un peu gaupe », et ce que nous savons de sa vie ne dément pas cette appellation sévère. Devenue peu après la maîtresse du duc de Chaulnes, celui-ci l'aurait fait peindre par Greuze, toujours selon Grimm; mais le sort de ce portrait ne nous est pas connu aujourd'hui, si tant est même qu'il ait jamais existé.

(2) Le Mss. L. porte : « le comte de Hau... »

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