‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 37 sur 168 · PROCES LA B LACHE · texte numérisé non relu

PROCES LA B LACHE

For-PÉvêque pour une intrigue de comédie. Le résultat de cette sévérité fut de faire perdre au public une excellente actrice, et J'appréhendais que les injustices dont on abreuvait Beaumarchais ne le déterminassent à se retirer en Espagne, o\i\\ avait été si bien accueilli, ou en Angleterre, le refuge de tous ceux que l'intolérance, le malheur ou le despotisme poursuivent en Europe.

Nous nous flattâmes d*abord; l'injustice nous paraissait trop criante pour devoir être longue. « Ce n'était, disions-nous, qu'une petite satisfaction que le ministre se donnait aux dépens des maréchaux de France; elle lui paraîtra bientôt suffisante. Si c'est une complaisance accordée aux Micromégas pour les apaiser, il faut croire qu'après leur avoir montré ce genre d'égards, on en aura pour la justice, et qu'on rendra la liberté à celui qui n'a pas mérité de la perdre. » On ne la lui rendit pas; mais M. de Sartînes, le connaissant mieux, et ayant plus d'esprit que le ministre, adoucit autant qu'il le put une captivité qu'il ne pouvait finir.

Nous apprîmes bientôt que le légataire universel de M. Duverney mettait à profit ces moments pour faire appeler sa cause et la faire juger à ce parlement où personne ne voulait être jugé. La plupart des plaideurs aimaient mieux s'accommoder que d'y être traînés.

Je ne doutai point que les ennemis de mon

ami nMntriguassent pour lui faire perdre son procès, et que, s'appuyant ensuite sur le jugement inique qu'ils auraient arraché, ils ne le calomniassent dans l'esprit du Roi et ne lui surprissent Tordre de l'enfermer pour toujours dans quelques-uns de ces horribles châteaux que le président de Montesquieu appelait des châteaux d'oubli. Je me trompais; on ne fut pas si méchant. Beaumarchais avait de puissants ennemis, mais il avait aussi de puissants et dévoués amis.

Il obtint la permission de quitter sa prison pendant quelques moments chaque jour, et d'aller, accompagné d'un exempt, solliciter ses juges. Ses visites faites, l'exempt le ramenait.

J'allais le visiter tous les soirs, et j'étais avec lui lorsqu'on vint lui apprendre que, s'il voulait donner de l'argent à la femme de son rapporteur, il en obtiendrait des audiences, hélas! trop nécessaires dans notre misérable manière d'examiner les causes. Je me rappelle très-bien le courroux qui le saisit à cette proposition et la fierté avec laquelle il la rejeta.

Je me rappelle très-bien lui avoir dit que, dans un temps où l'autorité l'accablait sans motif et semblait ne chercher qu'un prétexte pour le perdre, il lui était d'une telle importance de gagner une seconde fois ce procès, qu'il avait gagné en première instance devant un tribunal sans reproche, qu'il ne devait avoir aucun scrupule sur les moyens, puisque ses ennemis ne

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