‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 39 sur 168 · IL EST BLAME. I · texte numérisé non relu

IL EST BLAME. I

Nous sortîmes ensemble de chez sa sœur. J'ignorais si on ne veillait pas autour de la maison pour l'arrêter, j'ignorais ses desseins; je ne voulus point le quitter. Après avoir fait assez de chemin pour nous être assurés qu'on ne le cherchait pas où il était, il me congédia et me donna rendez-vous pour le lendemain dans Tasile qu'il s'était choisi ; car il était à craindre que, en exécution de Tarrêt, on n'allât le chercher dans sa propre maison.

Mais cet arrêt avait été si mal reçu de la multitude assemblée aux portes delà chambre, les juges avaient été si conspués en levant l'audience, quoique plusieurs se fussent évadés par de longs corridors inconnus du public et qu'on appelle les détours du Palais , ils voyaient tant de marques de mécontentement qu'ils ne furent pas tentés de mettre à exécution un jugement qui ne leur attirait que le blâme universel.

Le lendemain, la nouvelle s'en répandit dans tout Paris et indigna tout le monde. Le prince de Conti passa à la porte de Beaumarchais et, ne le trouvant point, il y laissa un billet finissant par ces mots : tt Je veux que vous veniez demain. Nous sommes d'assez bonne maison pour donner l'exemple à la France de la manière dont on doit traiter un grand citoyen tel que vous. »

Ce prince daigna faire plus : informé de la maison où il s'était retiré, il y passa. Beaumarchais courut au-devant de lui, monta dans

sa voiture et eut Thonneur de Pentretenir longtemps. J'étais chez lui dans ce moment.

Tous les gens de la cour, toutes les personnes les plus distinguées de Paris se firent inscrire à la porte de Beaumarchais. On ne parlait que de lui. Chacun cherchait à le voir. C'était pour lui un véritable triomphe. C'était, de la part du public, un éclatant désaveu de l'arrêt du prétendu parlement.

Beaumarchais alla passer la journée chez le prince de Conti. La cour la plus brillante semblait s'y être réunie pour Thonorer et lui montrer qu'une condamnation injuste tourne à la gloire de celui qui l'éprouve.

Grâce au Dieu protecteur de l'innocence, les tribunaux n'ont pas le pouvoir de flétrir l'honneur d'un homme de bien! Nous en avions déjà vu dans ce siècle un grand exemple. J. J. Rousseau n'avait point été entaché par les arrêts du vrai parlement de Paris , ni par celui des magistrats de son propre pays.

Son admirable lettre à Christophe de Beaumont, archevêque de Paris , et les Mémoires de Beaumarchais sont deux monuments immortels de la manière dont le faible peut repousser les attaques du fort et triompher de l'injustice.

Grâce au ciel, il est encore des consolations plus douces pour les cœurs infortunés. Ce sont celles de l'amitié. Je ne quittais point mon ami dans ces temps de calamités.

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