‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 40 sur 168 · MADAME DE WILLER MAWLAZ. IO · texte numérisé non relu

MADAME DE WILLER MAWLAZ. IO

Il en est encore de plus touchantes : ce sont celles de Tamour. Or, dans cet épouvantable orage, la célébrité de Beaumarchais attira sur lui les regards d'une femme douée d'esprit et de beauté , d'un cœur sensible et d'un caractère ferme, propre à le soutenir dans les combats cruels qu'il avait encore à livrer.

Elle ne le connaissait point , mais son âme, émue par la lecture de ses Mémoires, par la renommée de son courage appelait celle de cet homme célèbre; elle brûlait du désir de le voir. J^étais avec lui lorsque, sous le frivole prétexte de s'occuper de musique, elle envoya un homme de sa connaissance et de celle de Beaumarchais le prier de lui prêter sa harpe pour quelques moments.

Une semblable demande, dans une telle circonstance, décelait son intention. Beaumarchais la comprit, il y fut sensible; il répondit : a Je ne prête rien ; mais si elle veut venir avec vous, je l'entendrai avec plaisir et elle pourra m*entendre. » Elle vint. Je fus témoin de leur première entrevue. t

J'ai déjà dit qu'il était difficile de voir Beaumarchais sans l'aimer; quelle impression ne devait-il donc pas produire quand il était couvert des applaudissements de tout Paris, quand on le regardait comme le défenseur de la liberté opprimée, le vengeur du public! Il était encore plus difficile de résister au charme attaché aux re-

gards (i), à la voix, au maintien, aux discours de madame de Willer Mawlaz(2); et cet attrait que l'un et l'autre inspiraient à la première vue augmentait d'heure en heure par la variété de leurs agréments et la foule des excellentes qualités qu'on découvrait en eux, à mesure qu'on les connaissait davantage.

Leurs cœurs furent unis dès ce moment d'un lien que nulle circonstance ne put rompre, et que l'amour, Testime, le temps et les lois rendirent indissolubles. Ainsi, Beaumarchais, condamné par le Parlement, justifié par sa conscience, applaudi du public, honoré parles princes, cher à sa famille, aimé de ses amis, épris d'une belle femme et lui inspirant un sentiment semblable, jouissait encore d'un destin digne d'être envié de ceux mêmes qui Taimaient; comment ses ennemis auraient- ils pu le supporter?

(i) «... Il était encore plus difficile de résister aux regards, à la voix, au maintien, aux discours de cette jeune femme... » (Mss. L.)

(2) Marie-Thérèse-Emilie WiMer Mawlaz, née à Lille le i3 novembre ijbd, était fille d'un Suisse originaire du canton de Fribourg (Voy. Jal). Elle mourut à Paris, le i" avril 1816. M. de Loménie, qui avait vu un portrait d'elle peint dans sa jeunesse, et où elle était représentée avec la fameuse coiffure à la quesaco, déclare qu'elle devait être « ravissante ». Beaumarchais ne l'épousa que le 8 mars 1786, à Saint-Paul; mais il en avait eu une fille (Amélie-Eugénie), née à Paris le 5 janvier 1777, dont il sera question plus loin.

Page 1