SES SŒURS
nature avait doué d'un cœur amoureux de la liberté et d'un esprit vaste, chez qui toutes les idées se présentaient avec des formes dramatiques.
Il avait cinq sœurs, toutes nées avant lui (i). Nul esprit ne fut plus gai, plus folâtre, plus original dans ses jeux, et n'imagina des espiègleries plus propres à le faire aimer et à donner une grande idée de son intelligence.
Je ne sais par quelle circonstance son père ne
(i) D'après les recherches de Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, H. Pion, 1867, gr. in-8®, André- Charles Caron n'eut pas moins de dix enfants : i» une première fille, qui reçut les prénoms assez singuliers de Marie- Vincent, née le 26 avril 1 723, et dontM. de Loménie n'a pas soupçonné l'existence; 2* Marie-Josèphe, née le 1 5 février 1725, mariée le 27 mars 1748 à Louis Guilbert, qualifié de « maître maçon » par l'acte de la paroisse de Saint-Jean en Grève, celui-là même qui prit le titre d'architecte du roi d'Espagne et qui mourut fou à Madrid en 1772; 3* une troisième fille (17 novembre 1726) dont Jal a oublié de nous donner les prénoms; 4» Augustin-Pierre (9 janvier 1728); 5« François, né en 1730, mort le i6mars 1739; 6«Marie-Louise(io janvier 173 1), la fiancée de Clavijo, morte à une date encore inconnue, sans doute au couvent des Dames de la Croix, à Royeen Picardie; 7» Pierre-Augustin; 8" Madeleine-Françoise (3o mars 1734), mariée en 1756 au célèbre horloger Jean-Antoine Lépine;9®Marie-Julie(24décembrei735},lacollaboratrice aux Mémoires de son frère et qui mourut célibataire en mai 1798; 10® enfin Jeanne-Marguerite, née, selon toute vraisemblance, à la campagne, mariée en 1767 à Octave Janot de Miron, intendant de la Maison royale de Saint - Cyr, morte en 1773. Comme le prouve cette énumération, les dires de Gudin et aussi ceux de M. de Loménie avaient besoin d'être rectifiés.
le fit étudier ni à TUniversité, ni chez les Oratoriens, ni chez les Jésuites, trois grands corps dont Pardente émulation donnait alors un si grand éclat aux études^ et produisit une si grande multitude d'hommes de génie et de vrais savants.
S'il eût étudié chez les Jésuites, ces demimoines, excellents instructeurs, auraient connu son génie, lui auraient donné sa véritable direction; Aristophane, Plante, Térence auraient enflammé sa jeune imagination; la gloire des lettres lui eût paru la plus belle; sa vie eût été toute différente.
Il fut envoyé à TEcole d'Alfort (i); il y acquit plus de connaissances qu'on ne cherchait à lui en inculquer; mais ses instituteurs ne soupçonnèrent pas son talent. Il l'ignora longtemps lui-même, et se crut destiné à n'être qu'un homme épris de tout ce qui est beau, soit dans la nature, soit dans les arts. Son père le rappela bientôt, résolu de l'élever dans sa profession et de lui laisser un établissement tout formé. C'é-
(i) Aucun des biographes de Beaumarchais n'a retrouvé la trace de cet établissement, antérieur à la création de l'Ecole vétérinaire ( 1 765). Je n'ai pas été plus heureux que mes devanciers et je n'ai rien recueilli à ce sujet dans un factum publié par J. L. de l'Héraud, baron de Bormes, qui avait vendu au Roi les terrains et le château d'Alfort. M. Goubaux, directeur actuel de l'École, qui prépare un travail sur son fondateur, Bourgelat, n'a pu également me renseigner.