‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 44 sur 168 · AVIS A LA BRANCHE ESPAGNOLE. I · texte numérisé non relu

AVIS A LA BRANCHE ESPAGNOLE. I

ner de son zèle pour mon service. A Marly, 10 juillet. »

Il fit faire aussitôt une boîte d'or ovale, y renferma ce billet, et le porta suspendu à son cou avec une chaînette d'or. Ces mots : Émulation dans mes travaux étaient gravés sur cette boîte; elle paraissait enfermer un portrait, écartait les soupçons et lui donnait Tair d'un homme plus occupé d*amour que d'affaires politiques.

Il s'agissait encore d'empêcher qu'on infectât l'Europe d'un libelle pestiféré, intitulé : Avis à la branche espagnole sur ses droits à la couronne de France, à défaut d* héritier. Assurément, la branche de Madrid n'avait pas besoin d'un avis semblable (i), et n'avait pas l'absurdité de supposer que trois femmes aussi jeunes que Ja Reine et ses deux belles-sœurs, dont la plus âgée ne comptait pas vingt ans (2), mourraient

(i) En effet, Charles III avait eu de Marie-Christine, fille d'Auguste II, roi de Pologne, onze enfants de 1740 à lySy; on en trouvera la liste dans la Maison de Bourbon, de M. L. Dussieux. Au moment où VAvis à la branche espagnole fut imprimé, — si tant est qu'il le fût jamais, — on pouvait craindre que la couronne de France ne passât tôt ou tard sur la tête d'un prince étranger, puisque le premier Dauphin, fils de Louis XVI, ne naquit qu'en 1781, que le comte de Provence n'eût pas d'héritiers, cl que le duc d'Angouléme, fils du comte d'Artois, vint au monde le 6 août 1775, c'est-à-dire plus d'un an après la fabrication du libelle.

(2) Marie-Antoinette était née le 2 novembre i755; Marie-Joséphine-Louise de Savoie, comtesse de Provence,

toutes trois sans postérité, quoique aucune déciles ne fût mère encore. Ce n'était donc qu'une insigne méchanceté, calculée pour engendrer des troubles. Les instigateurs de ces libelles savaient les précautions que Beaumarchais avoit prises; ils ne s'étaient donc pas adressés, pour publier celui-ci, à Tun de ces malfaiteurs fugitifs de la France, cherchant un refuge à Londres, y vivant du criminel produit de leur plume. Le quidam qu'ils avaient choisi, également étranger à la France et à l'Angleterre, changeait de nom et de forme selon le pays où il se trouvait. Sa bassesse et son ignorance attestaient qu'il ne . pouvait être l'auteur, ni même l'éditeur, d'un libelle, quelque plat qu'il fût; il n'avait que deux talents, mais il les possédait bien : celui de tromper et celui d'échapper aux perquisitions des inspecteurs préposés en tout pays pour arrêter les fripons.

Son astuce profonde faisait imprimer en même temps deux éditions, l'une à Londres, l'autre à Amsterdam, afin que, si l'une était arrêtée par un événement imprévu, l'autre n'en parût pas moins. Il fallut découvrir cet homme et deviner ses manœuvres. Or, dans un pays où l'on ne peut violer les lois, où les ordres ministériels n'emprisonnent ni n'épouvantent personne arbitrai-

le 2 septembre lySS, et sa sœur Marie-Thérèse de Savoie, comtesse d'Artois, le 3i janvier 175^.

Page 1