‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 48 sur 168 · CHANSON SUR SON PROCÈS. I · texte numérisé non relu

CHANSON SUR SON PROCÈS. I

Je ne sais pas trop comment vous V désigner, C'pendant, on dit qu'il a nom Charle.

Quand il promet, son bon cœur est garant

Qu'il ira plus loin que sa parole.

Cpendant quelqu'un me dit qu'il est Normand; .

Oui, oui, mais c'est V Normand d'Etiolé. Quand V paysan a d' l'amour sans argent.

Le plaisir va comme j' te pousse, Mais not' seigneur, qui sait c' qui faut z'au cœur.

Lui fait la cadence du pouce.

L'hiver passé j'eut un maudit procès

Qui m' donna bien d' la tablature.

J' m'en vais vous V dire : ils m'avions mis exprès

Sous c'tte nouvelle magistrature ; Chariot venait, jarni, Me consolait, s'fiti :

Ami, ta cause est bonne et ronde.

Ah! comme i m'ont jugé, pargué!

V'ià-t-il pas qu^est bien chié, morgue ! Est-ce qu'on blâme ainsi le pauvre monde?

Ce couplet, si singulièrement amené, était le cachet de Fauteur; il le décela à toute Tassemblée et lui attira des applaudissements universels. Il passa immédiatement de bouche en bouche, fut chanté dans tout Paris et devint un nouveau déboire pour ces malheureux juges abreuvés d'opprobres et de dégoûts.

L'opinion publique s'était si fortement prononcée contre eux que toute la puissance royale ne pouvait les soutenir sans dégénérer en tyran-

nie. Louis XVI n'aspirait qu'à se faire aimer, et, cenain du vœu public, il résolut de révoquer le parlement du chancelier Maupeou, de rappeler les anciens magistrats et de leur rendre leurs antiques attributions, qu'on n'avait pu leur enlever qu'en violant la loi fondamentale qui les déclarait inamovibles; mais ce rappel pouvait avoir de grands inconvénients. Les ministres se divisèrent d'opinion sur les moyens d'opérer ce rappel; ils consultèrent Beaumarchais, et lui demandèrent un Mémoire court, élémentaire, où ses principes, exposés sans enflure et sans orneràents, fussent propres à frapper tout bon esprit qui pourrait manquer d'instruction.

Il leur obéit, et leur donna, sous le titre A' Idées élémentaires sur le rappel du Parle» ment, un Mémoire qui contient les notions les plus justes et les principes les plus purs, tant sur l'établissement de ce grand corps que sur le droit qu'il avait d'éclairer le Roi par de sages remontrances; il y marque la borne où le Parlement doit s'arrêter lorsque le P.oi s'obstine, afin que la fermeté du magistrat ne dégénère ni en faiblesse ni en rébellion. Ce Mémoire remis aux ministres, Beaumarchais le lut chez le prince de Conti, regardé comme l'un des plus grands fauteurs de l'opposition du Parlement, par son inébranlable fermeté, et il parut si conciliatoire que ce prince s'écria que si c'étaient les principes contenus dans ce mémoire que le Roi adop-

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